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A Bruxelles avec Georges "Play-Rec" 2

Alors que revoilà l'Ourapo... Kesaco, l'Ourapo ? C'est d'abord une référence à l'Oulipo. L'Ouvroir de littérature potentielle est un groupe constitué en 1960 autour de Raymond Queneau et François Le Lionnais, composé de joyeux drilles pour certains liés au Collège de 'Pataphysique, rassemblés sous la bannière de la "LiPo" afin de marier littérature et mathématique. L'outil oulipien par excellence est la "contrainte" : un ordre de départ qu'un auteur se donne à lui-même, libérant la main sur la feuille blanche. La contrainte la plus fameuse est peut-être celle que Georges Perec s'est imposée pour la rédaction de son roman "La Disparition" : récit rédigé en se privant de la lettre la plus répandue dans la langue française, la lettre e. L'Oulipo existe, il est toujours vif bien que certains membres soient "excusés pour cause de décès".

Les membres de l'Oulipo étaient dès les origines des gens familiers de la chose radiophonique : François Le Lionnais produisait des émissions scientifiques sur les ondes de France Culture, Jean Lescure avait dirigé les émissions littéraires de la radiodiffusion à la Libération, Queneau était familier des couloirs et studios du Club d'Essai de Tardieu, Jacques Duchâteau sera une figure de Culture. Plus tard, Bertrand Jérôme aimera inviter quelques oulipiens à ses micros (parmi d'autres originaux) : Perec lira ainsi ses "Je me souviens" à son micro.

Pour autant, ils n'avaient que très peu cherché à contraindre l'écriture radiophonique elle-même. Il y a eu quelques exercices phonétiques, publiés dans la bibliothèque oulipienne, où un même texte était enregistré dans un sens avec une signification, et qui, passé dans l'autre sens sur le magnétophone, faisait alors entendre un autre récit. Une sorte de palindrome phonétique. Luc Etienne, aussi, avait utilisé le magnétophone à bande pour des jeux de voix.

L'Ourapo, s'invitant dans la longue lignée des "OuXPo" (OuBaPo pour la bande dessinée, OuCuiPo pour la cuisine, etc.) a été imaginé en 2004 à Arte Radio. Il se propose d'appliquer des contraintes aux étapes de la production radio : enregistrement (et/ou) montage (et/ou) mixage (et/ou) diffusion. Cela a donné lieu à quelques productions, qui relèvent d'une forme de poésie radiophonique, sur Arte Radio (repostées pour la plupart sur ourapo.net) ou sur France Culture (dans Les Passagers de la Nuit, qui avaient aussi consacré une semaine à l'anniversaire de l'Oulipo en décembre 2010).

La place devant l'Eglise St-Josse de Bruxelles, lors de la tentative d'"épuisement" collective TB©Radio France

 

L'Ourapo est latent et potentiel (c'est écrit dessus). A Bruxelles ce week-end, l'Ourapo s'est réveillé, à l'invitation de l'ACSR. Christophe Rault et moi-même avons (r)ouvert la boîte à outil ourapienne, puis nous avons en groupe (une dizaine de "stagiaires") écouté, tenté, et commencé à fabriquer. "Son+7", "Z à A", "canons de boucle", "Marabourapo", "Sons dits"... : voilà quelques unes des contraintes qui ont été écoutées ou qui ont servi à produire des essais, parfois très concluants.

Par exemple, lors de la deuxième journée du stage, Georges Perec (qui fut très justement rebaptisé Georges "Play-Rec" lors de ce stage sonore par Hélène Coeur !) était la référence d'une expérience. La dizaine de stagiaires a été réunis, par unité ou par groupe de deux, sur la place en face de l'église St Josse, pour une mini-tentative d'épuisement du lieu (référence à son texte "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien", qu'il avait aussi adapté pour l'ACR, en 1978). Vingt minutes de description "infraordinaire", avec chacun son point de vue sur une même place. Le mixage devra réunir toutes ces descriptions orales, pour une vision sonore de la place, en mouvement et en trois dimensions !

L'Ourapo permet des productions strictement construites autour de la contrainte (formes courtes, tentatives souvent abstraites) comme des questionnements liés au média lui-même (repartir de formes classiques et très normées - reportage d'actualité, interview, etc... - pour les revisiter et exploiter leur potentialité). Ce week-end, les exercices ont tous permis une réflexion sur le hasard de l'enregistrement, et comment l'abolir tout en se ménageant une surprise à chaque coin de rue ou point de montage. C'était évidemment aussi une réflexion pratique sur la radio elle-même, son langage, sa grammaire, bousculés en l'occurrence par les contraintes. Tentative collective d'épuisement (donc), jeux de montage et de rythme, adaptation sonore de textes, réinterprétation d'un moment de zapping fm... La question de la contrainte a permis le décalage vers le "dispositif" (le "comment" faire ?). Et cette première partie du stage fait apparaître l'Ourapo comme ce qu'il est : une logique, un principe, un atelier informel aux portes grandes ouvertes, dont l'élan peut être contagieux. L'Ourapo permet d'envisager la radio par la structure de la production, par l'écriture, par les tics, par la grammaire, et de décaler tout cela. Pour entendre, pour ré-entendre, et ouvrir éventuellement d'autres espaces radio possibles. Les productions  de ce week-end sont encore dans les disques durs et en fabrication. Mais elles seront sans doute écoutables prochainement... A suivre.

Thème(s): Création Radiophonique| Création Sonore| Radio| acsr| Belgique| Oulipo| ourapo| stage

2 commentaires

Portrait de Thomas Baumgartner Thomas Baumgartner02.11.2011

Bonjour

 

Ah normalement toutes les émissions sont écoutables sur le site (http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-du-son). Effectivement, seule la dernière en date est podcastable... 

très cordialement

Portrait de Anonyme sv27.10.2011

Bonjour,
Je ne trouve pas de courriel pour l'émission L'atelier du son, alors j'utilise ce blogue pour rejoindre Thomas:
Je viens de m'abonner à la balado de L'atelier, mais seul le dernier épisode (21 oct 2011) est disponible. C'est normal ? Pourquoi ne pas donner accès à tous les épisodes passés ?
Merci,
sv

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