Ce n'est pas de la radio, c'est de la littérature,
Monsieur, Madame ! Alors pourquoi en parler ? Parce que dans le cas qui nous
occupe, celui de Roland Dubillard, il est quand même beaucoup question de
voix, de son, d'ondes... Il y a quelques jours, dans L'Atelier du Son, le poète
Jérôme Game affirmait que la "performance" était pour lui une phase de
son écriture. Ecrire et dire (à la radio pour commencer) était aussi, pour certains textes, un même
mouvement chez Roland Dubillard.
Depuis quelques jours, R.D. n'est plus là. Il a
quitté la pièce un petit mois après Pierre Dumayet, son compère des premiers
essais radiophoniques. Le troisième larron de ces essais était François
Billetdoux. Trois patronymes qui faisaient croire à des pseudonymes poétiques,
alors que c'était leur état-civil d'origine, garanti sur facture.
Dans les biographies qui ont fleuri ces derniers
jours, on signale que Roland Dubillard a été salarié de la RTF en 1950 et 51. Mais son compagnonnage à la radio commence avant et va bien au-delà. Il semble qu'il rencontre Dumayet, Alain Resnais, le dramaturge Romain Weingarten à la Maison des Lettres en 1943. Ont-ils fait de la radio là-bas ? La Maison des Lettres a eu sa petite antenne, où Pierre Schaeffer ira chercher quelques talents (l'ingénieur du son Christian Hackspill m'avait raconté des choses à ce propos, qui avait monté un studio de son à cet endroit avec André Almuro).
Quoi qu'il en soit, Dubillard est au Club d'Essai en 1947. En 1953, sur une commande de la directrice de Paris Inter, Agathe Mella, il commence Grégoire et Amédée. Ce duo à succès a continué longtemps. Et
Bertrand Jérôme sur France Culture ne fut pas le dernier à l'encourager, le convier, l'inviter, notamment dans Mi-Fugue
Mi-Raisin. L'alter ego de Dubillard dans ses échanges fut successivement incarné
par Philippe de Chérisey, puis Claude Piéplu. C'est là la matrice de ses Diablogues.
Les Diablogues sont l'essentiel, une forme à l'os
débarrassée de tout le superflu. Et alors : tout est possible. L'ouverture à
l'absurde, les concertos sans note, l'alcool qui a le goût de l'eau, les
fauteuils à l'Académie française à gagner en mangeant du fromage... Et cette
forme, sans doute totalement théâtrale et poétique, est absolument
radiophonique. La simplicité des deux voix, en entente parfaite, au rythme
soigné, fait qu'on s'engouffre dans la logique bancale des deux personnages.
Ils sont tout le monde, ils sont chacun, ils ne sont personne.
Voilà comment Roland Dubillard a été un
écrivain à la/ pour la/ dans la radio, qui a su l'accueillir, et
peut-être l'inciter à écrire. Et il y a sa voix, traînante, dubitative, grave, capable de douces modulations, d'accélérations inattendues. Dubillard était un comédien à qui le micro allait à la perfection.
Rouvrons son journal, les Carnets en marge, chez Gallimard... C'est noir et sautillant, c'est désespéré, déchirant, une bataille quotidienne avec les fondamentaux : la vie, la mort, l'amour, les choses qui passent. Un extrait, en feuilletant : "Depuis le temps que j'essaye de faire comme tout le monde, il me semble que c'est un peu au tour de tout le monde d'essayer de faire comme moi".
3 commentaires
Réécoutables, où ça ?
On en avait diffusé un à la fin des émissions des 19, 21 et 22 juillet 2010, réécoutables sur le site (mais pas téléchargeables...)
amicalement!
Mais effectivement, j'étais persuadé que c'était réécoutable (les émissions restent réécoutables 1000 jours, normalement), et ça ne l'est pas :(
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