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"Cachez cette ségrégation que je ne saurais voir !" (dixit la Coupe du Monde de foot aux Sud Africains) 0

Carte de Johannesburg vue par le MAE: focus sur l'insécurité ©MAE

 

"Après l'apartheid, la ségrégation sociale recoupant des critères raciaux s'est renforcée. Les anciens quartiers résidentiels blancs des classes moyennes ou aisées sont devenus les quartiers riches et sont les seuls à avoir connu un peu plus de mixité raciale, mais non sociale. Les quartiers noirs pauvres sont restés identiques socialement à ce qui existait sous l'apartheid" (notice Villes d'Afrique du Sud, wikipedia).

Tel était, en 2000, déjà, le diagnostic de Philippe Gervais Lambony et Myriam Houssay-Holzschuch. La ségrégation socio-spatiale, voilà qui ne colle pas trop avec les jolies affiches multi-colores du Mondial 2010 que le gouvernement sud africian a placardé sur les espaces publicitaires des panneaux de France et de Navarre.

Sur ce spot officiel du Mondial 2010, c'est bien simple: pas une ombre de ville. Pas de ville, pas de ségrégation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce spot publicitaire ci dessous vaut aussi son pesant de cacahuètes: après le roi Lion, voici venu l'Afrique du sud idyllique des gentils footballeurs. Toujours pas de ville. Il faudra pourtant bien s'y rendre pour aller au stade, non?

Les pouvoirs publics sont soupçonnés, voire accusés d'édifier des clotures, barrières et murs pour cacher les quartiers pauvres et les bidonvilles des supporters et des touristes internationaux. Sowetan, le grand quotidien national du Township de Soweto, s'en fait l'écho, s'agissant du Cap, dans un article du 1er juin. D'ores et déjà, le long de certains axes de communication menant des aéroports aux stades, ainsi que sur les terrains autour des stades, des habitants ont été expulsés et relogés ailleurs, et leurs bidonvilles effacés.

 

 

Quitte à parler des villes, parlons de l'insécurité:  voilà qui est plus sérieux et plus avouable que la ségrégation, au pays Arc en ciel, 20 ans après l'abolition de l'apartheid. En voici un tout petit signe: les conseils dispensés aux voyageurs par le Ministère des Affaires Etrangères de la France: le mot clé, c'est bien "insécurité". Le mot "ségrégation"? Inconnu au bataillon. On y trouve une belle carte du Cap, et une autre de Joburg. On y lit, par ex: "A Johannesbourg, éviter autant que faire se peut les quartiers de Hillbrow, Berea et Yeoville où les agressions sont fréquentes, notamment en raison du trafic de stupéfiants.
- Etre sur ses gardes dans le centre-ville et éviter ce quartier (sauf le secteur de Newton) dès la nuit et durant les fins de semaines.
- Eviter de séjourner dans le quartier de la gare routière située dans le centre ville de Johannesburg (CBD). De nombreuses agressions y ont eu lieu récemment, notamment autour de l’hôtel "Formula Inn". Ces recommandations sont suivies de cartes qui pointent les quartiers stigmatisés (cf celle de Joburg reproduite en haut du billet). Mais la ségrégation spatiale n'y est pas cartographiée. Comme si l'insécurité n'avait aucun ancrage, ni spatial, ni historique. (A contratio, cf l'article de Myriam Houssay-Holschuch sur la violence en Afrique du sud).

 

 

Signalétique tirée du film District 9 ©District 9

Un film (2009) sud africain épatant de Neill Blomkamp, District 9, a dit tout cela à la fois: le tabou et l'impensé  de la ségrégation, le leurre de la vision sécurtaire,  les effets pervers des discours humanitaires et des camps de réfugiés pétris de bonnes intentions, l'aliénation des reportages télévisés. Il raconte l'histoire d'une soucoupe volante qui tombe en panne au dessus de Johannesburg. Ses occupants, à l'allure de grandes crevettes androïdes, faute de vivres, et en quête de réparations, se rendent dans la ville. Ils sont "installés" dans des camps de réfugiés par les autorités municipales et gouvernementales.  Le film, sur un mode parfois burlesque, souvent parodique, pervertissant à la fois le genre de la série américaine et du film de SF, proposait, me semble-t-il, deux lectures de la réalité sociale sud-africaine. D'une part, la ségrégation produit de l'insécurité et pervertit le lien social. D'autre part, la stigmatisation dégénère en marchandisation et en déshumanisation (les extra -terrestres parqués dans les camps de réfugiés sont utilisés en secret comme cobaye médico-pharmaceutique par un puissant groupe industriel chimico-militaire et du BTP avec la complicité de certaines sphères gouvernementales). La question qui reste en suspens est: ce film est il une parabole sur l'Afrique du sud de l'apartheid ou de l'Afrique du sud de demain en train de se construire? Une certitude: l'héritage de l'apartheid travaille l'Afrique du sud, et pour longtemps sans doute. La figure singulière de la ségrégation socio-spatiale en Afrique du sud en est le signe. Sur ce site de critique de film amateur, un article sur le fimlm et plusieurs clichés.

Thème(s): Idées| Afrique| Géographie| Cinéma| Science Fiction| afrikaners| Afrique du sud| Apartheid| Coupe du monde de football| guerre urbaine| Johannesburg| ségrégation| télévision

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