Les défis de notre agriculture globalisée 6
L'imminence d'une nouvelle donne agricole mondiale du fait de l'évolution démographique fait, depuis les années 2000, l'objet de nombreuses publications en France, principalement de la part d'agronomes (comme Bruno Parmentier, Michel Griffon ou François de Ravignan) mais également de géographes (comme Sylvie Brunel ou Gilles Fumey). Nous vous proposons dans ce billet de découvrir l'approche du géographe Jean-Paul Charvet, notre invité dans l'émission Planète Terre ce 15 décembre à travers son dernier ouvrage Atlas de l'agriculture : comment pourra-t-on nourrir le monde en 2050 ? paru chez Autrement.
Ce billet est réalisé en partenariat avec le dernier numéro du magazine Carto "Nourrir le monde en 2050".
L'espace agricole mondial : un clivage Nords-Suds toujours pertinent ?
Bien que l'espace agricole mondial soit très intégré (comme en attestent notamment cette carte des échanges commerciaux agricoles ou cette carte de la production de la volaille), il se caractérise par une hétérogénéité importante. Pour s'en faire une idée précise, consultez cette carte du monde agricole, qui propose une typologie agriculture paysanne / agriculture commerciale depuis les exploitations les plus intensives jusqu'aux plus extensives. De façon plus schématique, certains indicateurs permettent de repérer un clivage Nords/Suds assez marqué. Ainsi, le Nord (Europe et Etats-Unis) productiviste et certains pays émergents (Brésil, Argentine, Mexique etc.) voient leurs nombre d'agriculteurs et d'exploitations chuter et leurs rendements augmenter. Au contraire, le secteur agricole de certains pays émergents (comme l'Inde ou la Chine) et des PED - surtout pour les pays qui n'ont pas bénéficié de la Révolution Verte - mobilise encore beaucoup d'agriculteurs pour une production souvent insuffisante.
1er indicateur : le nombre d'agriculteurs
La carte ci-dessous fait état d'un écart croissant entre une population agricole déclinante au Nord, des suites du productivisme, et un nombre croissant d'agriculteurs au Sud, notamment en Asie et en Afrique. Selon Jean-Paul Charvet :
"S’ils ne représentent plus que 2 % de la population active en Amérique du Nord ou en Allemagne et 3 % en France ou aux Pays-Bas, les agriculteurs regroupent encore 54 % de la population active asiatique et plus de 55 % de la population active africaine".
Cette progression dans les continents indiens et africains explique que le nombre d'agriculteurs dans le monde ait augmenté de façon continue, passant de "de 900 millions à la fin années 1960 à 1 milliard 350
000 millions actuellement, ce qui correspond à une population agricole de plus
de 2 milliards 600 millions de personnes."
L'évolution du nombre d'agriculteurs par pays dans le monde. Source : FAO, 2007 ©éditions autrement 2010 (atlas de l'agriculture)
2ème et 3ème indicateurs : les superficies cultivées et les rendements
Deux autres données permettent de saisir avec plus de précision ce clivage de l'espace agricole mondial : les superficies cultivéees, et les rendements moyens selon les régions du globe. C'est la vision synthétique proposée par cet ensemble de cartes "Des mondes agricoles très divers" de La Documentation Française.
Conséquence aux Nords : des espaces ruraux en redéfinition
A titre d'exemple, les mutations rapides du secteur agricole européen ont modifié les équilibres des espaces ruraux de cette région, comme l'explique Jean-Paul Charvet :
"Les populations agricoles sont devenues marginales dans les campagnes de l’Europe de l’Ouest. En France, les agriculteurs représentent désormais non seulement moins de 4 % de la population active, mais aussi moins de 10 % de la population des campagnes. Si, dans les espaces ruraux, l’agriculture continue à occuper – avec les forêts – la plus grande part des superficies, d’autres activités l’emportent souvent : activités résidentielles, récréatives et touristiques, production industrielle, etc. Leur cohabitation dans ces campagnes européennes «multifonctionnelles » peut poser des problèmes, mais aussi créer des synergies favorables aux agriculteurs."
Cette carte illustre la diversité des usages de l'espace rural en Allemagne :
Les différents types d'espaces ruraux en Allemagne ©Editions Autrement 2010 (atlas de l'agriculture)
Le principal défi de l'agriculture du XXIème siècle : la sécurité alimentaire
Notre planète fait face à un enjeu alimentaire colossal : selon le rapport de la FAO How To Feed the World in 2050, la production alimentaire mondiale devrait augmenter de 70% d'ici 2050 pour satisfaire les besoins énergétiques moyens de la population mondiale. Plusieurs facteurs interviennent néanmoins dans cette prévision : l'évolution de la population mondiale (souvent estimée à 9 millions de personnes, ce qui suppose selon l'INED une fécondité "haute") ; l'évolution des comportements alimentaires (en particulier la consommation de viande, du fait de ses conséquences sur la disponibilité des céréales pour l'alimentation humaine cf cette carte) ; l'évolution de la production agricole mondiale (qui dépend elle-même de scénarios de croissance très différents cf les scénarios Agrimonde élaborés par l'INRA).
L'opinion publique perçoit le caractère à la fois urgent et potentiellement dramatique de ce problème en 2008, au moment des « émeutes de la faim » (cf la courte vidéo ci-dessous) qui surgissent dans le Sud suite à la hausse du prix des céréales et des denrées alimentaires en général. A partir de cette date, la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim croît à nouveau (alors qu'elle diminuait depuis 2000). Cette insécurité alimentaire touche, de façon assez paradoxale en apparence, en priorité les populations rurales : cela s'explique en fait par la structure des échanges agricoles internationaux. En effet, les PED se sont souvent spécialisés dans l'agriculture d'exportation (cacaco, coton, café, banane) et dépendent des importations de céréales (riz, blé) européennes ou américaines, puisque leurs cultures de céréales traditionnelles (comme le mil ou le sorgho en Afrique) sont souvent devenues trop faibles.
La part du réchauffement climatique dans la crise alimentaire de 2008, bien que controversée, a été soulignée par la FAO dans sa déclaration de la conférence sur la sécurité alimentaire de juin 2008. Autre facteur majeur : la hausse des prix des denrées alimentaires, amorcée dès le début des années 2000 et dont les causes sont complexes, comme l'explique cet extrait de l'émission Le Dessous des Cartes:
Un autre phénomène, sans doute moins médiatisé, manifeste l'acuité du problème agricole mondial : le développement d'une forme de néo-colonialisme agraire à travers la location et l'achat de terres à l'étranger (cf mon article sur ce point). Comme l'explique Jean-Paul Charvet :
"Les terres agricoles devenant des ressources stratégiques, des relations se nouent entre pays d’accueil d’investissements fonciers et agents économiques étrangers publics ou privés. Des États, directement ou au travers de sociétés publiques et de fonds souverains, cherchent à mieux assurer leur sécurité alimentaire, malmenée lors de l’envolée des prix des denrées agricoles de base de 2007 et du début de 2008."
Conséquence : les Etats les plus démunis,
ou en quête de fonds, lancent des annonces comme celle du Soudan qui "en août 2008 […] a publié dans le Financial Times cette annonce :
« État cède 880 000 hectares de terres labourables »". (Jean-Paul Charvet)
Contrôle de terres agricoles dans les pays étrangers depuis 2000. Source : Le Figaro. ©Editions autrement 2010 (atlas de l'agriculture)
Qui sont les acquéreurs et les loueurs dans ces transactions éthiquement problématiques ?
"Les acquéreurs sont des agents économiques publics et privés. Les
groupes privés visent essentiellement des profits liés à la vente de produits
agricoles ou/et à la revente de terres agricoles. Le groupe britannique Landkom
ou le groupe suédois Black Earth Company contrôlent aujourd’hui des centaines
de milliers d’hectares en Ukraine et en Russie méridionale. On retrouve
également dans ce grenier en pleine résurrection que constitue l’Ukraine le
groupe américain Morgan Stanley ou l’agro-holding français Agrogénération de
Charles Beigbeder. D’autres firmes françaises, productrices d’orge de
brasserie, y sont également présentes : Malteurop, filiale de Champagne
Céréales et le groupe privé Soufflet. S’intéressent aussi à l’Ukraine les
producteurs de semences, qu’ils soient mondiaux comme l’américain Monsanto, l’allemand
Bayer ou le suisse Syngenta ou français tels Pau Euralis, Maïsadour ou Limagrain." (Jean-Paul Charvet)
Quelles solutions pour nourrir la planète ? Des approches contrastées
Si les agronomes sont d'accord pour chercher à accroître les rendements, car les quantités de terres arables sont limitées, ils divergent sur les méthodes à adopter.
1ère stratégie : la foi dans les biotechnologies
Le recours aux OGM s'est banalisé à une vitesse impressionnante lors des deux dernières décennies. Les productions OGM constituent aujourd'hui une part importante de l'agriculture d'Amérique du Nord et des grands émergents (Brésil, Inde, Chine, Argentine notamment), comme en atteste la carte ci-dessous (que l'on peut éventuellement comparer avec cette autre carte proposée par la cartothèque de Sciences-Po) :
Les OGM dans le monde. Source : ISAA Publications. ©Editions Autrement 2010 (Atlas de l'agriculture)
Jean-Paul Charvet commente la carte ci-dessus de la manière suivante :
"Alors qu’elles occupaient moins de 100 000 hectares dans l’Union européenne en 2009, les superficies cultivées avec des plantes OGM ont poursuivi leur progression à un rythme soutenu dans le reste du monde entre 2008 et 2009, passant de 125 à 134 millions d’hectares. Dans la longue histoire de l’agriculture mondiale, aucune innovation technique ne s’est diffusée aussi largement aussi vite. Uniquement cultivées en champs d’expérimentation avant 1996, les plantes OGM occupent désormais près de 10 % des terres arables de la planète et 15 % de celles cultivées en grains."
Et l’auteur de s’interroger sur les réticences de l’UE à entrer dans cette course, apparemment effrénée aux OGM : "l’Union européenne est-elle en train de passer à côté d’une révolution agricole majeure ?" La question mérite d'être posée, tant le décalage de l’UE vis-à-vis des grandes zones développées ou émergentes du monde est important, comme l'explique Jean-Paul Charvet : "en 2009, on a cultivé davantage de plantes OGM au Burkina Faso que dans toute l’Union européenne à 27".
Pour autant, les grandes institutions internationales en charge de ces questions, moins la FAO que la Banque mondiale dans son rapport 2008, mais surtout le rapport 2008 du panel international d'experts IAASTD (qualifié par certains de "GIEC de l'agriculture") émettent de nombreuses réserves sur la question des OGM. Ces prises de position reflètent probablement les divergences épistémiques entre agronomes sur ce point (cf ce reportage de France24 sur l'Australie) :
2ème stratégie : l'agroécologie, la tendance qui monte ?
Pourtant pour d'autres agronomes, la défense des biotechnologies, sous couvert de progrès, se situe dans un paradigme devenu obsolète : celui du productivisme mécaniste et scientiste. "Le modèle agricole des années 1960 qui a permis de négocier assez efficacement le passage de 3 à 6 milliards d'individus dans le monde est épuisé" affirme ainsi Michel Griffon dans une interview. Selon eux, il est à la fois nécessaire et possible d'accroître les rendements agricoles tout en préservant l'environnement. Cette combinaison du biologique et de la productivité, assez contre-intuitive, mérite quelques explications :
Les premiers pas de l'expertise agricole globale, à travers le panel d'experts IAASTD, semble particulièrement sensible à cette vision des choses (cf la vidéo ci-dessous, en anglais). Le rapport de ce groupe d'experts a d'ailleurs été interprété par certaines analyses comme un appel en faveur d'un changement de paradigme agroécologiste (cf cette note du Ministère de l'Agriculture et cette newsletter du CNRS). Reste à savoir quelle sera la portée de ce premier rapport de l'IAASTD, auxquels les médias n'ont accordé qu'une importance minime.
Atlas de l'agriculture ©autrement
Sources :
Les cartes et les citations ci-dessus sont extraites de l'Atlas de l'agriculture de Jean-Paul Charvet, paru en 2010 chez Autrement.
Pour aller plus loin :
Carto n°3 ©Areion/Capri
Retrouvez en kiosque le magazine Carto n°3 "Nourrir le monde en 2050", partenaire de l'émission Planète Terre cette semaine.
- Sur les ouvrages de Jean-Paul Charvet : comptes-rendus de lecture sur le site des Cafés Géographiques
"Atlas de l'agriculture" (Autrement, 2010)
"L'agriculture mondialisée" (La Documentation Photographique, 2007)
"Géographie agricole et rurale" (Belin, 2004)
- Sur la sécurité alimentaire et les « émeutes de la faim » de 2008 : réflexions globales
"L'agriculture et l'alimentation dans le monde : images médiatiques et réalités" (Jean-Paul Charvet) (décembre 2007)
"Crise et sécurité alimentaires : vers un nouvel ordre alimentaire mondial ?" (mars 2010)
"Biocarburants et sécurité alimentaire" (juillet 2007)
"Quelques grammes d’histoire pour des tonnes de riz : produire plus suffira-t-il à éradiquer la faim dans le monde ?" (novembre 2008)
Un compte-rendu "Edgard Pisani (dir.) 2007 Une politique mondiale pour nourrir le monde, Ed. Sringer" (septembre 2008)
- Le secteur agricole et ses défis par région
AFRIQUE
"L’agriculture de conservation à la croisée des chemins en Afrique et à Madagascar" (décembre 2009)
"L’étalement urbain au péril des activités agro-pastorales à Abidjan" (sur l’agriculture urbaine en Côte d’Ivoire) (septembre 2010)
"Le Burkina Faso, un producteur de coton face à la mondialisation et à la dépendance économique. Regard sur un Sud" (janvier 2007)
ASIE
"Les défis de la sécurité alimentaire chinoise" (mai 2007)
"Impacts du changement climatique, sécurité hydrique et enjeux agricoles. Le cas de la Chine du nord" (janvier 2007)
AMERIQUE
EUROPE
"La refondation de la PAC : un objectif ambitieux mais nécessaire" (juillet 2007)
"Après le bilan de santé de la PAC : quelle politique agricole commune après 2013 ?" (mars 2010)
- Débats sur l’avenir de l’agriculture
"Les impacts des plantes transgéniques dans les pays en développement et les pays en transition" (novembre 2009)
"Étude sur la dimension sociale des aliments transgéniques ; le cas tunisien"
"La permaculture au sein de l’agriculture urbaine : Du jardin au projet de société" (septembre 2010)
"Agriculture biologique et agriculture familiale au Brésil. Pour une inscription territoriale des agriculteurs écologistes" (septembre 2009)
Thème(s): Sciences| Agriculture| Géographie| Environnement| agroécologie| espace rural| IAASTD| mondialisation| OGM| sécurité alimentaire






6 commentaires
De façon générale, et ici en particulier vu l'enjeu, les enjeux, et afin de permettre aux auditeurs/auditrices qui ne vont pas ensuite lire votre blog et les commentaires qui peuvent faire équilibre aux propos de l'invité, et apporter d'autres informations, éventuellement contradictoire, rectificatrices, de façon générale, disais-je, il serait bon, voire nécessaire d'avoir au moins un interlocuteur/trice en fin d'émission pour apporter la contradiction argumentée.
Car ici, c'est encore une chanson univoque, un plaidoyer pour une idée, une chambre d'écho comme un sermon, une leçon, une parole de missionnaire. C'est gênant et forcément partial, partiel.
D'où la longueur des commentaires que cela a éveillé. Fort intéressants et qui montrent bien le danger de la formule de votre émission qui ne donne qu'une parole. Et comme c'est celle d'un "spécialiste", cela peut être pris pour parole d'Evangile... ce qui ici en l'occurrence est hélas, mille fois hélas, faux. Tout simplement faux.
Je ne rajouterai pas grand chose sur le contenu des propos de votre invité, d'autres l'ayant fait fort bien. Je ne peux qu'insister sur la nécessité et la possibilité d'une agriculture locale destinée à nourrir les habitants locaux et leur fournir de plus un revenu. Sans OGM -on sait à présent que ça ne fonctionne pas et que cela produit au contraire bien des dégâts (assujettissement économique aux compagnies transnationales de grands vendeurs de semences, vendeurs de produits "phytosanitaires" de toutes sortes, besoins persistants de ces produits au contraire de ce qui est annoncé, suicides (!!)), sans pompage de l'eau à outrance (au contraire du maïs dont on arrose... les feuilles au lieu des racines avec un goutte à goutte adapté, ciblé, économique, écologique) grâce au BRF (Bois raméal fragmenté) -selon la possibilité-, le compost, le semis direct (pas de tassement des sols, notamment-, etc. CF les techniques de Pierre Rabbhi, Claude et Lydia Bourguignon, des agricultures biologiques, ... Les succès sont à chaque fois là, nous donnent rendez-vous, et redonnent vie aux être humains et au sols. Vie et non mort (suicide, des sols, eau, air, économie et société...).
Voyez comme l'enjeu est de taille : la vie! ni plus, ni moins! Et c'est Théodore Monod le premier qui le disait, préférant ce mot à ceux d'environnement, d'écologie -tous anthropocentriques- voire de nature.
Et le simple fait d'avoir ici invité une parole rétablissant les choses dans ce sens aurait changé la donne et permit de sortir de ces sempiternelles affirmations au ton docte et assuré de grand spécialiste technicien en la personne de M. Charvet, géographe. Affirmations contredites frontalement par la réalité crue du terrain. Comme quoi n'est pas savant celui qu'on croit ou peut croire. Les faits sont têtus, et la sagesse un art difficile. Le gros problème est encore et toujours les dégâts commis... et pis encore, au nom de "nonnes intentions"... dont on sait ce qu'elles pavent.
L’enjeu est la vie. Sous toutes ses formes.
C’est cela qui doit être au cœur de nos agissements, de nos actes et de paroles.
Il faut pour cela redevenir conscients, sensibles, et donc ici comme ailleurs, que notre perception des choses soit plus directe, et que nos facultés d’analyses ne soient pas « hors sol », car c’est aussi le gros problème de notre monde intellectuel occidental et en particulier en France : la tête coupée des jambes, la sectorisation des disciplines, le rejet de l’approche empirique, (depuis Descartes, comme disent certain(e)s, entre autres, mais pas seulement).
Etre à l’écoute c’est s’offrir la possibilité de s’entendre, au propre comme au figuré.
Il ne s’agit pas de propos de doux rêveur, au contraire, c’est bien concret.
L’exemple (déjà cité) de Pierre Rabhi et son efficacité peut être ici mis en exergue.
Je suggère que M.Charvet –et autres chantres d’approches d’agriculture dite raisonnée, OGM, etc.- aille voir sur place ce monsieur et d’autres comme Jacky Dupéty (qui applique avec succès la méthode canadienne du Bois raméal fragmenté sur des terres difficiles (causses…), et donc sans apport d’eau ni d’intrants…). De quoi le faire revenir à la réalité des choses, lui ouvrir de nouveaux horizons, les yeux et le cœur (peut-être ?).
Et enfin, merci de demander aux intéressés, après les avoir informé sur toutes les méthodes existantes avec leur réels effets, quel est leur choix, car dans tous les cas "agir local en pensant global", c'est bien sur tous les plans, et finissions de sortir de l'exploitation colonialiste, car ici elle persiste encore et encore! Cessons d'orchestrer et alimenter ce cycle de souffrance des hommes et de la Terre, préférons, osons la danse de la vie!!
Chers "Anonyme", Emmanuel, Alain et Patrick P,
Merci pour vos commentaires attentifs et pour votre intérêt pour Planète Terre.
Le choix de présenter dans Planète Terre les travaux de Jean-Paul Charvet se justifie par l'actualité éditoriale, et non par le désir de mettre en avant une tendance. Il s'agit en effet de la 8ème de nos émissions consacrée à l'agriculture : pour vous faire une idée de la diversité des vues qui y sont représentées, vous pouvez les réécouter à partir du billet "Géographie rurale et paysages agricoles sur Planète Terre (2007-2010)".
Concernant la ligne éditoriale de France Culture, vous pouvez, cher Emmanuel, écrire à la rédaction si vous le désirez.
Enfin, nous vous remercions, cher Alain et cher Patrick P., pour vos suggestions concernant de nouveaux invités sur les espaces agricoles.
Bien cordialement,
Sylvain Kahn
Bon me revoici, j'ai préféré poster deux messages puisque le contenu du précédent était plus de l'ordre de la réaction par rapport à la "ligne éditoriale" de France Culture.
Au sein du débat d'ailleurs peu controversé mais adroitement et heureusement complémentaire - ce qui est rare et dépasse le débat - bien vu donc le coup de l'agronome et de l'écologue, je m'étonne de la simplicité et du peu de développement de l'argumentaire des protagonistes quant au problème OGM, la figure de l'écologue en particulier est un assez caricaturale puisqu'il réduit - en bon chercheur - le problème à sa composante génétique. J'ai moi-même étudié la biologie et connais assez bien les tropismes qui motivent les équipes de recherche en génétique des populations, l'Université de Dijon a d'ailleurs joué un rôle majeur dans l'émergence de ce volet fondamental de l'écologie, il est naturel que notre écologue ici interviewé fasse mention de cette problématique, bien qu'en fait la barrière inter-spécifique ne suffise pas à invalider la dissémination horizontale d'un gène dans l'environnement comme pour l'exemple du maïs, mais ce qui me gêne le plus c'est que cet homme apparemment très intelligent, de même que son homologue, semble se refuser - comme sous l'effet d'une pression, d'une contrainte externe à leur propos - à poser les questions suivantes: pourquoi chercher à cultiver des milieux extrêmes - secs, salés - avec des espèces par conséquent naturellement inadaptées? ces milieux abritent on le sait des écosystèmes très riches en biodiversité et aux fonctions écologiques connues depuis des millénaires par les autochtones, il y a là une contradiction d'avec leur propos en la matière. D'autre part cela ne signifie-t-il pas qu'on doive cultiver ces terres parce que les autres sont cultivées pour les agrocarburants? si l'on réservait en effet les OGM à la cultures de milieux extrêmes - ce qui paraît absurde, pourquoi pas planter du riz au sommet de l'Himalaya - pourquoi en planter en Europe? le PNUE a publié une étude en juin 2009 (article dans "Le Monde") quant aux gains de productivités des OGM: en effet, dans les conditions de cultures extrêmes, ce gain existe bien, pourtant en condition normales, les études montre que ce gain se transforme en perte!!! quant au constat qu'aujourd'hui les populations affamées sont essentiellement des petits agriculteurs, qui ignore aujourd'hui que ce n'est pas du fait de leur production mais de ce qu'ils ne peuvent vendre leurs produits car les produits d'exportations de l'Europe, voire de la Banque alimentaire mondiale sont vendus ou donnés à des coûts bien inférieurs aux leurs. La vérité c'est que les OGM sont le fer de lance de l'industrie agroalimentaire productiviste qui affame ces paysans!!! l'Europe, et la France en premier a principalement une agriculture d'exportation grâce à la PAC, alors QU ON ARRETE DE NOUS DIRE QU IL FAUT PRODUIRE PLUS POUR NOURRIR LE MONDE OU POUR LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE DE NOTRE PAYS!!!!! c'est FAUX FAUX et ARCHI FAUX! tout agronome honnête devrait avoir le courage de le dire! savez-vous qu'en moyenne un agriculteur français touche 2 fois plus de primes qu'il ne dégage de salaire!!!! qu'on soit clair: les OGM sont faits pour produire PLUS mais plus cher pour pouvoir exporter, non seulement la productivité n'est pas au rendez-vous, les professionnels sont les premiers à le savoir mais leur plan va bien plus loin que cela: les OGM ne sont qu'un prétexte, ET SEULEMENT CA!!!!! au brevetage du vivant! il faut le dire ça! autre point à réfuter: les OGM évite l'épandage de pesticides, là encore le premier venu qui sait ce qu'est un OGM et s'est un peu penché sur la question sait que c'est faux, voire le contraire. On le voit très bien dans le documentaire en Australie: soit disant le gars veut planter des OGM en milieux très sec, et que voit-on sur ses sacs de semences "round up ready", vous ne comprenez pas? ça veut dire que les plantes seront résistantes au round up, or qu'est-ce que le round up? un herbicide, en fait ça veut dire que le gars va arroser comme un malade et que pour éviter la concurrence des autres plantes il va devoir traiter à fond au round up: deux contradictions puisqu'il va devoir utiliser "obligatoirement" de l'herbicide - il n'attendra pas que les graines germent, il fera d'abord un premier traitement préventif obligatoire, qu'on me dise si je me trompe - ensuite il prétend que les OGM vont lui permettre de cultiver en zone désertique mais il va devoir arroser comme un malade, il y a de l'eau visiblement, la preuve il y a des agriculteurs bio sur ces terres... qui cultivent ici depuis des générations sans OGM. Bon j'arrête là, mais si vous en voulez encore...
Votre dossier est d'une assez bonne qualité, globalement bien documenté, ceci dit on perçoit encore de manière très nette de l'équipe journalistique voire du directoire de France culture qui affiche des positions très claires - et d'une démocratie de majorité - sur des problèmes facilement catalogables "gauche" comme le féminisme, la lutte contre les inégalités, le capitalisme, les sans papiers, des positions syndicales aussi très ostensibles,... ce en quoi je vous approuve globalement mais là n'est pas la question: visiblement comme une grande partie de l'électorat classique et un peu vieille école de gauche, vous n'avez pas saisi les implications sur les courts et longs termes de la crise écologique, le point de vue social que vous défendez tant sur certains sujets rejoint le terrain environnemental qui le précède d'ailleurs. On a l'impression que vous prenez les problèmes d'écologies par le petit bout de la lorgnette en lui refusant tout terrain politique et en traitant les personnes engagées en écologies politique pour de grands enfants adeptes du naturalisme et je ne sais quoi encore. Concernant le débat sur l'environnement à l'échelle planétaire, quelque soit le sujet, votre position est celle d'un status quo apeuré qui ne voudrait ni froisser les susceptibilités centristes ni les adeptes du tout économique fussent-ils marxistes. En gros vous hausser les épaules quand la planète crève en refusant de voir que tous ceux dont vous défende chaque jour les droits - et je vous en félicite - vivent non simplement dessus, mais d'elle. Secouez votre indifférence, intéressez-vous, Le Capital c'est la Terre, et Marx n'y est pour rien... et puis arrêter de prendre les écolo pour des benêts - je sais c'est très hype dans les milieux de gauches de nous considérer comme des sous-hommes de la politique. Oui, il y a en France une écologie politique, très peu sollicitée par votre antenne soit, en fait vous semblez éviter les extrêmes, sauf un peu le NPA indirectement ("les pieds sur terre" émission dont le parti pris est excellent et très intéressant mais dont les diversité des sujets reste finalement pauvre), vos ondes sont bien souvent réservées au PS et UMP, le reste serait-il trop minoritaire? Ceci dit, dans l'ensemble j'apprécie tout de même immensément votre radio - dont je reste un fervent auditeur - le travail fournit, la teneur de vos débats et le professionnalisme de vos intervenants. Salutations.
Bonjour,
Dommage que les meilleurs agronomes français soient absents de votre émission; Philippe Desbrosses, Marc Dufumier, Claude et Lydia Bourguignon sont désormais des monuments connus du public français et de Ruth Stégassy, mais pas de Sylvain Kahn apparemment.
Nous notons de graves contradictions dans le discours classique d'agronome "à courte vue" du XXè siècle de Mr Charvet: il fait encore l'éloge des intrans, alors que ceux-ci sont responsables de la destruction et de l'épuisement rapide des sols, alors qu'ils sont une impasse totale dépendante en plus des carburants fossiles.. alors que nous savons désormais que les "intrans" naturels (feuilles d'arbres, cultures alternées, déjections animales ou humaines ) sont les seules durables.
Les enjeux agricoles sont capitaux à brève échéance, comme vous le soulignez vous-mêmes; si nous n'adoptons pas un nouveau paradigme écologique 100% durable, l'humanité ira vers la faim et des guerres aliénantes auto-entretenues qui empêcheront tous les progrès nécessaires avant longtemps. Nous serons dans un cercle vicieux et infernal.
C'est pourquoi , à la faveur du scandale des locations-vente de terres agricoles des pays pauvres par des pays étrangers en surcharge démographique, il nous paraîtrait fort souhaitable et judicieux de mettre à l'ordre du jour des Nations-Unies un nouveau droit agricole et démographique incontournable, consistant en le "devoir de souveraineté alimentaire obligatoire", écologique et durable, pour tous les pays, avec pour corollaire "l'adaptation démographique également obligatoire de toutes les nations à leurs potentialités agricoles écologiques, animales et végétales, de leur territoire", couplée à une réforme du commerce des denrées alimentaires n'autorisant à coter et échanger sur les marchés que les excédents de production de chaque pays.
C'est au prix de nouveaux principes comme ceux-ci que les bases d'une véritable paix durable et d'un immense progrès dans les relations d'état à état pourraient s'établir, une vraie révolution planétaire, qui suppose bien sûr que les agro-industries s'effacent largement au niveau de la production, dans les champs et dans l'élevage inséparable des premiers, et que l'agriculture redevienne partout artisanale, mais artisanale écologique d'avant-garde et de main d'oeuvre qualifiée et formée à l'environnement, et pastorale et forestière, comme nos ancêtres l'avaient conçue empiriquement, instinctivement et judicieusement, mais assistée cette fois de certaines techniques pérennes n'ayant rien à voir avec les odieux et aléatoires brevetages du vivant, et assistée de machines d'avant-garde comme les géniales éoliennes à eau, etc...
On peut donc affirmer que le principal frein à la raison en agriculture sont en fait les intérêts financiers des agro-industries engagées de toutes parts dans tous les secteurs sur des voies non pérennes et formidablement dangereuses pour l'humanité, aboutissant à des échanges de marché complètement sauvages, à une "agriculture branche de l'industrie financière" digne de prédateurs irresponsables et irrespectueux des hommes et des peuples, couplée à un haut degré d'ignorance à tous les niveaux.
Jamais les industriels n'auraient dû supplanter la paysannerie traditionnelle, voilà l'enseignement n°1 de l'agriculture industrielle du XXè siècle !
En espérant être utile, 2 liens agronomiques fondamentaux !.
http://www.youtube.com/watch?v=9VhpaR8xcfc
http://www.youtube.com/watch?v=O348OVuA3sM&feature=related
Sincères salutations.
Le fait de placer comme axiome que l'agriculture doit être globalisée, tout comme les semences doivent être hybrides, sont des escroqueries caractérisées. Les semences anciennes sont aussi performantes que les ogm ou hybrides; la globalisation est un échec a terme. La recherche de l'autosuffisance est la seule démarche vertueuse. L'auto-organisation est le mode de gestion universel de la création (Prigogine). Seule l'arrogance humaine croit faire mieux en usant d'outils linéaires simplifiés qui montrent ts les jours leurs catastrophiques insuffisances.
Votre invité est soit crédule soit "en mission" pour le seul bénéficiaire de ces dérives : Le systèmes globalisateur.
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