Les Maldives et les Kiribati : survol en images de deux archipels menacés par la montée des eaux 0
Ecoutez ici l'émission du mercredi 8 février "Climat : quels littoraux seront sous l'eau", enregistrée à la Cité des Sciences et de l'Industrie, clin d'oeil à l'exposition qui s'y trouve "Océan, Climat, Changement Climatique : un équilibre fragile?".
Un coup d'Etat vient d'avoir lieu aux Maldives. Mohammed Wahee occupe à présent la présidence de l'Etat que Mohammed Nasheed, élu en 2008, a quitté sous la contrainte. Lors de cet entretien accordé à Al Jazeera english sur le changement climatique, Mohammed Wahee était vice-président des Maldives.
Globe vous propose de parcourir en images, avec les invités de Planète Terre, deux archipels coralliens très visiblement vulnérables au changement climatique : les Maldives et les Kiribati
Les îles coralliennes de moins de 1 km2 comptent dans le monde près de quatre millions d’habitants. Leur peuplement est ancien de plusieurs milliers d’années. Elles figurent deux réalités apparement contradictoires :
L’adaptation à la contrainte.
Ces îles sont des territoires de contraintes, que les sociétés humaines ont maîtrisées :
- leurs territoires sont dispersés et éclatés (les Maldives comptent 1169 îles);
- leurs sols sont jeunes et pauvres ;
- il existe peu de matières premières, nécessaires à la construction d’infrastructures, mêmes élémentaires ;
- les ressources en eau potable y sont limitées et se renouvellent lentement ;
- elles sont régulièrement touchées par des évènements météorologiques majeurs, souvent dévastateurs.
Pourtant, le peuplement long de ces espaces archipélagiques et coralliens signale la capacité, sur le très long terme, d’adaptation, d’installation et d’innovation des sociétés humaines.Leur histoire permet de tirer des conclusions très éloignées de celles proposées par Jared Diamond dans l’Effondrement.
La vulnérabilité au changement climatique.
Depuis quelques décennies, des changements environnementaux touchent particulièrement ces espaces et ces sociétés :
- la diminution des ressources en eau potable par la salinisation des lentilles d’eau claire ;
- la raréfaction des ressources maritimes et l’incertitude quant à l’évolution des récifs coralliens ;
- l’érosion côtière ;
- les phénomènes de submersion plus fréquents et plus destructeurs.
Par ailleurs, la croissance démographique forte (entre 1995 et 2015, la population des Maldives aura doublé), le rôle prépondérant du tourisme comme source de revenu, sont autant d’éléments qui ont fait de la pression anthropique un facteur supplémentaire (et déterminant ?) de vulnérabilité, mais aussi de risque.
Les pressions anthropiques et environnementales forment ainsi un système, où le changement de l’un des facteurs entraine la modification et l’ajustement des autres. L’histoire longue permet d’être relativement optimiste sur les capacités des sociétés des îles coralliennes à faire face à ces effets. Il y a néanmoins une radicale nouveauté: les conditions de cette adaptation s’inscrivent actuellement dans la mondialisation et les transformations des rapports Nord-Sud. Les incertitudes liées aux effets du changement climatique relèvent ainsi pour une grande partie des effets de ce que d’aucuns qualifient le « mal développement ».
Virginie Duvat, l’une des invités de Planète Terre du 8 février, estime qu’il existe trois stratégies d’adaptation des sociétés face au changement climatique dans les espaces insulaires coralliens :
- « Rester » : cette solution appelle des adaptations techniques fortes et des décisions politiques déterminantes.
- « Penser à partir » : il s’agirait d’organiser l’émigration climatique, à la fois dans ses destinations, dans sa durée et dans ses conséquences (quels liens conserver avec les pays d’origine ? comment éviter une « fuite des cerveaux » ?)
- « Faire entendre sa voix à l’international » : deux évènements récents de politique internationale vont dans ce sens. Le premier a été la constitution en 2009 du Climate Vulnerable Forum, réunissant des pays en développement, menacés par les conséquences du changement climatique. Son objectif était à la fois de : pointer le peu d’effort fournis par les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre ; et de montrer qu’il devenait possible pour ces petits pays vulnérables de s’imposer comme des « leaders écologiques et éthiques ». Le deuxième a eu lieu en 2011, lors du Sommet de Durban. Les interventions du gouvernement des Maldives, et plus récemment de celui des Kiribati, y ont témoignés de l’utilisation du levier climatique dans un contexte global de remise en question de l’aide au développement.
interview du Ministre de l’Environnement des Maldives, Mohamed Aslam, au Sommet de Durban en 2011.
Virginie Duvat et Alexandre Magnan, invités de Planète Terre, décryptent pour Globe ces sotuations d’adaptation au changement climatique dans les archipels des Maldives et des Kiribati. Les îles Kiribati (dites aussi Îles Gilbert) se situent dans l’océan Pacifique. Les Maldives se trouvent au Sud-Ouest de l’Inde.
District urbain de Tarawa Sud, capitale des Kiribati (océan Pacifique central).
District urbain de Tarawa Sud, capitale des Kiribati (océan Pacifique central) ©V. Duvat
Ce district accueille plus de 50 000 habitants, soit la moitié de la population
des Kiribati, sur seulement 2% de la superficie totale du pays ! La
concentration de la population dans la zone centrale (île ou atoll jouant le
rôle de capitale) est le résultat de la forte croissance démographique et des
flux migratoires qu'ont connu la plupart des Petits États Insulaire en
Développement au cours des dernières décennies (recherche d'opportunités
économiques, attractivité du système éducatif et de santé de la capitale). On
retrouve le même type de situation aux Maldives où le tiers de la population
(plus de 100 000 habitants) se concentre sur les 1,8 km2 que couvre l'île
capitale de Malé.
Ces systèmes urbains qui culminent à moins de 4 m d'altitude (1,60 m pour Malé
et autour de 4 m pour Tarawa) constituent les territoires les plus exposés au
risque de submersion marine associé au changement climatique. Certaines parties
du district urbain de Tarawa sont déjà régulièrement submergées pendant les
marées de vive-eau mensuelles.
Habitat à Bangantebure, district de Tarawa Sud, Kiribati
Habitat à Bangantebure, district de Tarawa Sud, Kiribati ©V. Duvat
Les conditions de vie précaires de certaines sociétés insulaires constituent un facteur d'aggravation de leur vulnérabilité au changement climatique. Ici, des défenses en dur ont été édifiées pour protéger une petite parcelle gagnée sur la mer. Cette situation est très courante dans les îles coralliennes. L'altitude très faible (0,50 à 1 m) des côtes lagunaires des atolls expose fortement l'habitat à la submersion marine. Le changement climatique soulève ici une question centrale, celle de la capacité des sociétés exposées à y faire face.
Royal Island, île-hôtel maldivienne de l'atoll de Baa, Maldives
Royal Island, île-hôtel maldivienne de l'atoll de Baa, Maldives ©V. Duvat
Les Maldives comptent environ 90 îles-hôtels qui jouent un rôle économique capital à l'échelle du pays (environ 75% des devises et des revenus de l'État). Ces îles constituent des enjeux majeurs très exposés aux risques liés à la mer, et qu'il est difficile de protéger par des ouvrages de défense sans réduire leur attractivité auprès des touristes occidentaux qui les fréquentent.
Replantation de mangrove par un particulier, atoll de Tarawa, Kiribati
Replantation de mangrove par un particulier, atoll de Tarawa, Kiribati ©V. Duvat
La mangrove joue un rôle protecteur face aux risques liés à la mer : d'une
part, elle fixe les sédiments fins, ce qui favorise l'extension et
l'exhaussement des îles ; d'autre part, elle arrête les houles qui affectent
parfois la côte lagonaire des atolls et sont alors à l'origine de phénomènes
d'érosion et/ou de submersion. Cet écosystème a été fortement défriché dans les
"îles-capitales" au cours des dernières décennies afin de gagner de
l'espace sur la mer. Aujourd'hui, différentes actions sont engagées pour le
restaurer et reconstituer les défenses naturelles des systèmes insulaires.
C'est le cas aux Kiribati où le Gouvernement encourage les habitants à
replanter des palétuviers.
Juan de Nova, Iles Éparses (canal du Mozambique, France)
Juan de Nova, Iles Éparses (canal du Mozambique, France) ©V. Duvat
De nombreuses îles coralliennes ne sont pas habitées. Sur les Iles Éparses, la France entretient des bases militaires et scientifiques dans l'océan Indien. Le changement climatique pourrait y affecter une biodiversité exceptionnelle. Ces îles permettent de mesurer les impacts du changement climatique sur des territoires coralliens dans lesquels l'emprise anthropiques est limitée. Elles pourraient à ce titre jouer un rôle crucial dans l'élaboration future de stratégies d'adaptation au changement climatique.
Pour aller plus loin:
Sur la vulnérabilité des espaces insulaires face au changement climatique et leur capacité d'adaptation
Virginie Duvat, Alexandre Magnan, « Archipel en péril. Les Maldives et les Kiribati face au changement climatique », Vertigo, vol. 10, n°3, 2010.
Virginie Duvat, Alexandre Magnan, Ces îles qui pourraient disparaitre, Editions du Pommiers, 2012.
François Gemenne, « Tuvalu, un laboratoire du changement climatique ? », Revue du Tiers Monde, 2010.
François Bertrand, Elsa Richard « Adaptation des territoires insulaires », Vertigo, vol.10, n°3, 2010
Cazes-Duvat Virginie, Les littoraux des îles Seychelles, L’Harmattan, 1999. (prix A. Rousseaux).
"Des îles artificielles pour contrer la montée des eaux", Blog du Monde, 13/09/2011
Sur la Conférence du Durban
RFI, Conférence sur le Climat « le marathon de la dernière chance ».
France Culture : « Durban, vers un accord en 2020 ».
France Info : « les négociations s’éternisent à Durban »
« The Maldives need action at Durban Conference on Climate change », The Nation. Interview de Mohamed Waheed Hassan, vice président des Maldives ;
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