retour en haut de page

La diplomatie de sauna 1

 En 1960 Nikita Khrouchtchev se rend en Finlande pour le 60ème anniversaire du président Kekkonen. Les reportages de l’époque parlent des cadeaux, de la visite à l’usine, des pourparlers…

Moi, j’ai eu le privilège de rencontrer l’ancien premier-ministre finlandais, Johannes Virolainen, qui m’a raconté une partie très importante de la visite, mais complètement occultée dans ce reportage. Kekkonen a accueilli Khrouchtchev dans son sauna !

Pour les 2 hommes, ce fut  une façon tout à fait naturelle de discuter, dans une ambiance informelle, d’affaires très sérieuses. Notamment, m’a raconté Virolainen, c’est dans le sauna que le leadeur de l’URSS a accepté de louer une partie du territoire soviétique, situé autour du canal de Saimaa, aux finlandais. Ce territoire avait été perdu par la Finlande après la deuxième guerre mondiale. Dans les années 60 les 2 leadeurs ont même discuté de la rétrocession aux Finlandais de Vyborg, ville importante située  sur le golfe de Finlande,mais le camarade Khrouchtchev a été destitué par son politburo…

Depuis, en Finlande, on parle de la « diplomatie de sauna », comme une forme essentielle et efficace de diplomatie.

Venant du Nord, mais n’étant pas un grand amateur de saunas publics, j’ai reçu  une fois une leçon de comportement dans ce lieu public. C’était pendant une conférence diplomatique européenne qui se déroulait à Noordwijkerhout, au Pays bas.

Avant la conférence, très tôt le matin, je me suis rendu au sauna du centre des conférences. Ma méditation tranquille sur un banc a été interrompue par une dame, habillée en uniforme, qui est entrée dans le sauna.

« Onderbroek ! »

« Pardon ? »

« Take off your underpants! » « Enlève ton maillot de bain! »

Timidement, j’ai dû me déshabiller sous le regard d’une gardienne de l’hygiène.

Récemment, en Allemagne, j’ai fait une enquête sociologique sur la population d’un sauna public. Nous n’étions pas très loin du Rhin, et les français étaient majoritaires parmi les visiteurs. Il y avait également pas mal de russophones et, bien évidemment, pas mal d’allemands.

Les français restaient au rez-de-chaussée, dans une piscine. Seuls quelques uns ont eu le courage de s’aventurer à l’étage où est installé une « Saunaland ». Hommes et femmes ensembles, nus, seule une serviette est autorisée. Eh bien, si les français se servent d’une serviette pour cacher leurs parties intimes, les allemands le mettent sur le banc et se mettent dessus ! De que le gardien détourne le regard et  le français essaie d’enfiler son maillot de bain  en contrevenant aux règles, pourtant bien affichées partout : « Textil free zone »…

Et les russophones ? Eh bien, ils ne savent pas sur quel pied danser. J’ai entendu une conversation entre un couple de sexagénaires.

« Regarde, on ne peut pas y aller, ils sont nus ici… », dit la femme

« Et si on se met nus aussi ? », répond son mari.

« Mais chez nous on n’a jamais fait ça… »

« Et alors, il faut bien commencer un jour ? » Et les 2 enlèvent leurs maillots !

Un français pudique, une allemande impudique, une couple russe confus, tout ce petit monde était ensemble, dans un sauna fait de bois polaire lapon, séché naturellement pendant un siècle par les vents glaciaux de l’extrême nord…

En les regardant, je me suis dit « c’est ca, l’Europe de 2011 »…L’axe Paris-Berlin-Moscou, totalement mis à nu.

 

Thème(s): Histoire| Europe| Loisirs| Allemagne| Finlande| France| Russie

1 commentaire

Portrait de Anonyme Nikita06.01.2011

Cher Alexis Ipatovtsev,
tout d'abord BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2011!
E ce matin 6 janvier je vous écoute en buvant mon "petit noir" dans une tasse achetée à Rome, au café "Sant'Eustachio il Caffe dal 1938", il y a... 20 ans. Merci pour cette cure de jouvence.
Et permettez une anecdote: donc j'étais de passage à Rome et j'avais pris l'habitude d'aller boire mon café au Sant'Eustachio. Un jour j'ai voulu percer le secret de ce café "le meilleur du Monde" et je me suis postée près du percolateur en faisant mise de rien. Mais le préposé au café s'est approché de moi et m'a dit (en italien): "Mademoiselle, vos cheveux roux sont magnifiques, vous êtes mignonne, mais je sais que ce n'est pas moi qui vous intéresse, mais la confection de mon café. S'il vous plaît éloignez-vous d'ici, ma manipulation est un secret".
Et voilà comment je n'ai jamais connu le secret du café de Sant'Eustachio.

Votre commentaire

Type the characters you see in this picture. (Vérification audio)
Tapez les caractères que vous voyez dans l'image ci-dessus : si vous ne n'arrivez pas à les lire, soumettez le formulaire, une nouvelle image sera générée. Il n'y a pas de distinction majuscule minuscule.