Kustaa Saksi 0
En 1998 le bon peuple orthodoxe s’est rassemblé dans un quartier de Boutovo Sud, à Moscou, pour inaugurer, au son des prières, la statue du plus illustre des commandants des forces navales de la Russie impériale du 18eme et du début de 19eme siècle, l’amiral Oushakov. Tellement illustre, qu’il y a dix ans, l’Eglise orthodoxe russe l’a canonisé et en a fait le saint patron de la marine russe postsoviétique.
J’ai raconté ses brillantes victoires contre les turcs en mer Noire, comme contre les français dans la Méditerranée a un artiste finlandais, Kustaa Saksi, quand nous visitions ensemble, il y a 4 ans, une église orthodoxe en Carélie. J’avais remarqué parmi les objets vendus à l’accueil, une icône dédiée au nouveau saint. Kustaa, fasciné par l’histoire, en avait acheté une, une petite icône de l’amiral Oushakov.
Quel a été ma surprise de retrouver ensuite la même image, retravaillée, sur un teeshirt de Levi’s et dans des nombreux magazines spécialisés ! Le saint patron de la marine a pris des couleurs, s’est fait quelques tatouages, a acheté un perroquet et parait ainsi tout droit sorti du célèbre dessin animé des Beatles sur le sous-marine jaune

Kustaa Saksi, l’un des meilleurs designers graphiques finlandais du moment, a donc su créer encore un personnage de son formidable monde imaginaire, inspiré a la fois par la nature finlandaise et l’art psychédélique des années 60, a partir d’une icône ! Mais son inventivité ne s’arrête pas là. Il a demandé à l’un de ses amis à Helsinki de faire, a partir de son dessin, l’image en trois dimensions, en noir et blanc. Et puis, Kustaa a connecté son ordinateur a une imprimante et…click, il a imprimé, attention, une statue ! Une vraie, en trois dimensions ! Finalement, pas si éloignée de la statue, faite a l’ancienne, il y a 13 ans, a Moscou.

C’est une œuvre d’une imprimante 3D, une imprimante qui va sans doute révolutionner le monde. 2500 couches, superposées par l’imprimante pour fabriquer la statue d’Oushakov. Mais on peu faire pareil avec plus ou moins n’importe quoi. Imprimer une casserole, une pièce détachée d’avion, ou une porte pour une maison. De formes les plus simples au plus élaborées – cela coute la même chose.
Fini, donc, le design uniformisé ! Vive la « customisation » du monde ! Chacun désigne maintenant la forme de sa propre tasse de the. Et puis, on peu déjà voir venir le temps où on n’aura plus besoin de délocaliser en Chine pour une production de masse a bas prix, car la production de masse aura disparu ! On va retourner à l’Age des artisans ! Et puis, le prix à payer pour rentrer sur le marché de production de n’importe quoi baissera sévèrement. Vous imprimerez un ou deux prototypes d’une pièce dans votre cuisine, vous le testerez, et, si ca marche, vous irez vendre, non pas les pièces fabriqués dans votre cuisine, mais un fichier, avec un dessin en 3D de ladite pièce ! Les marchés ne dépendront plus des prix de production, mais de la qualité des idées ! Et qui bénéficiera de tout ca ? Eh bien nous, les consommateurs. Nous vivrons bientôt dans un monde beaucoup moins uniforme et beaucoup plus participatif.
Voila, ce sont quelques idées qui ont traversé ma tête en compagnie de Kustaa Saksi, dont je vous recommande chaleureusement les œuvres, parmi lesquelles la place d’honneur sera réservée a la première statue, imprimé, du saint patron de la marine russe, l’amiral Oushakov.
Thème(s): Arts & Spectacles| Informatique| Innovation| design graphique| nouvelles technologies



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