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Les deux Alexandres 1

Il y a 130 ans, le 13 mars 1881, les terroristes révolutionnaires de l’organisation « Volonté du peuple » attendaient l’empereur russe Alexandre II dans la rue Malaya Sadovaya qui mène de la perspective Nevsky au Manège de St.Pétersbourg. L’attentat avait été soigneusement préparé. Les terroristes avaient acheté une fromagerie pour l’utiliser comme base et avaient creusé un tunnel sous la rue pour y placer des explosifs. Au cas où l’explosion ne serait pas mortelle, d’autres terroristes, avec des autres explosifs, attendaient au coin de la rue…

Mais ce jour-la l’empereur a choisi un autre chemin pour se rendre a une revue militaire au Manège. Les terroristes ont du reconsidérer leur dispositif en urgence…

Pourquoi un tel acharnement ? 8 attentats, dont un à Paris, en compagnie de Napoléon III, au retour, également, d’une revue militaire…

Alexandre II était vraiment l’empereur russe le plus libéral. Il y a exactement 150 ans, c’est lui qui a aboli le servage. C’est lui, qui a créé les zemstvos – des assemblées territoriales. C’est lui qui a initié une importante réforme pour que le système judiciaire russe se rapproche des autres systèmes européens. D’autres reformes, encore, lui sont dues : création de la banque centrale, reforme de l’enseignement, reforme militaire, abolition de la censure préalable a chaque publication, etc.

Tout cela n’était pas assez pour les terroristes d’inspiration socialiste, qui voulaient la révolution sociale, le parlement et les libertés toute de suite ! L’assassinat de l’empereur, selon l’idée des comploteurs, devait créer la pagaille, et pousser les paysans à se révolter – autant de conditions qui auraient permis d’imposer les reformes a un successeur effrayé…

Alexandre II était juste un réformateur, pas un révolutionnaire. En sortant de la revue militaire au Manège de St.Pétersbourg, il se dirigeait vers le Palais d’Hiver pour y promulguer le décret transformant la Russie en monarchie constitutionnelle. Mais le destin en a voulu autrement.

Alexandre II est donc sorti du Manège. Il est passé prendre un thé dans le palais Mikhailovsky juste a coté, puis a poursuivi son chemin de retour vers le Palais d’Hiver. Les terroristes avaient eu le temps de se regrouper et de l’attendre là ou se dresse aujourd’hui l’église « la plus carte postale » de la Russie, l’Eglise de Saint Sauveur sur le Sang Versé. A chaque fois qu’un journaliste de télévision parle depuis St.Pétersbourg, c’est cette église que vous voyez juste derrière lui.

Le premier terroriste a jeté une bombé qui a endommagé la calèche. Alexandre II en est sorti  et a vu un garçon couvert de sang, une victime collatérale de cet attentat. Au moment où l’empereur s’approchait de ce jeune vendeur ambulant mourant, un deuxième terroriste, kamikaze cette fois-ci, a déclenché l’explosion fatale.

Le mot fatal est approprié ici pour divers raisons. Tout d’abord, dans sa jeunesse, une diseuse de bonne aventure à Paris avait prédit à Alexandre II qu’il serait tué après 7 attentats manqués. Fatal aussi parce que son successeur, l’empereur Alexandre III, contrairement à ce toutes les belles théories élaborées par les révolutionnaires, a donné un sacré tour de vice à la libéralisation de la Russie. Il a failli devenir, lui aussi, victime de la même organisation, « Volonté du Peuple », également un 13 mars !

Parmi les auteurs de cette tentative d’attentat du 13 mars 1887 contre celui qui devait sceller l’alliance franco-russe quelques années après, on trouve Alexandre Oulianov, grand frère de Vladimir, connu sous le pseudonyme de Lénine et Bronislaw Pilsudski, grand frère du Marechal Josef Pilsudski…Curieuse coïncidence, si on pense que les deux petits frères, Vladimir et Joseph, sont devenus les fondateurs de la Russie communiste pour l’un et  de la Pologne indépendante farouchement anticommuniste pour l’autre,  et ont fait la guerre entre eux !

Il y a exactement 130 ans la Russie a donc manqué une chance historique de se transformer en monarchie constitutionnelle. Elle l’a payé très cher ensuite. Une certaine histoire s’est arrêtée le 13 mars. A Saint Pétersbourg, une « église-carte postale », mais que je trouve belle, construite sur le sang versé, reste un monument aux promesses d’un avenir jamais arrivé. Une légende dit que chaque 13 mars, la nuit, on entend à l’intérieur les gémissements d’un empereur mortellement blessé …

Thème(s): Histoire| Europe| Commémoration

1 commentaire

Portrait de Anonyme Vinny25.04.2011

Good point. I hadn't thuhogt about it quite that way. :)

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