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Islam, féminisme, démocratie 0

 

 

Taslima Nasreen ©taslimanasrin.com

 

Jeudi dernier, j’ai assisté, dans une salle de la mairie du 3° arrondissement de Paris, à un meeting passionnant. Il est rare que ce genre d’évènements mobilise des foules. Là, les organisatrices ont refusé une cinquantaine de personnes, qui n’avaient pas pris la précaution de s’inscrire… C’était bourré et l’ambiance était chaude. Pourquoi des femmes, parfois venues du midi de la France, s’étaient-elles inscrites en masse ? Pour entendre Irshad Manji, réformatrice musulmane, devenue une vedette de l’intelligentsia canadienne pour ses émissions de radio et de télévision et son livre, “the trouble with Islam”, traduit chez nous par “Musulmane, mais libre”, qui est réducteur. Il y avait aussi l’excellente Wassyla Tamzali, avocate et écrivaine algérienne, connue pour son combat pour les droits des femmes et contre la prostitution, qui vient de publier “une éducation algérienne” et enfin Mahnaz Shirali, une sociologue d’origine iranienne qui a choisi la France. On aurait pu inviter aussi (suggestions personnelles aux organisatrices) Chahdortt Djavann ou encore Necla Kelek (qui vit en Allemagne et publie dans cette langue, mais est traduite et éditée en français par Jacqueline Chambon). Sans oublier Taslima Nasreen, cloîtrée et subissant “une sorte de mort lente et lancinante”, et auxquelles les féministes françaises viennent de tendre la main en lui attribuant, à elle ainsi qu’à Ayaan Hirsi Ali, le premier Prix Simone de Beauvoir pour la Liberté des Femmes.

J’étais ému de retrouver des femmes de ma génération - souvent vétérans des combats féministes qui n’ont - contrairement à d’autres - renoncé à aucune de leurs idées sous des prétextes culturalistes et différentialistes. Non, pas question pour elles de consentir je ne sais quel “tarif réduit” de l’égalité entre hommes et femmes - à certaines cultures, sous prétexte de mieux “respecter leur différence”.

Leurs revendications ? L’égalité des femmes et des hommes dans l’interprétation des textes des différentes religions, l’égal accès à l’exercice des fonctions sacerdotales, le libre choix par chacun(e) de sa religion et la liberté de mariage entre personnes appartenant à des religions différentes ; le refus de l’instrumentalisation des religions à des fins politiques ; le refus des marquages archaïques du corps de la femme qui symbolisent son assujetissement ; le refus de la claustration des femmes et de leur confinement dans l’espace privé ; le refus des mariages arrangés et imposés aux femmes par les hommes de leur clan ; le refus des violences faites aux femmes au nom de lois barbares… (il y a des vidéos de lapidations qui circulent sur le Net, filmées à l’aide de leurs téléphones portables par certains des participants. C’est l’un des spectacles les plus accablants et les plus révoltants qu’on puisse imaginer.)

Question : où sommes-nous tombés pour que des revendications aussi basiques puissent à nouveau être considérées comme “révolutionnaires” ?

Michèle Vianès, qui introduisait cette manifestation a pris soin de souligner que leurs adversaires étaient “tous les intégrismes”. “Ma tolérance s’arrête là où commence l’intolérance de l’autre”, a-t-elle dit. La tolérance devient hypocrite lorsqu’elle prétend tolèrer jusqu’aux intolérants, dit aussi Kolakowski.

Le romancier anglais Martin Amis, l’un des meilleurs observateurs des moeurs contemporaines, a écrit : “But all men are not my brothers. Why ? Because all women are my sisters. And the brother who denies the rights of his sister, that brother is not my brother. At the very best, he is my half-brother - by definition. Osama [ben Laden] is not my brother.” (”The Age of Horrorism”, The Observer, 10/9/06)

C’était la suite de ma “semaine religieuse”…

Thème(s): Information| Radio| Télévision| Idéologie| Société| Religion

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