Oublier 68 ? 0
Dany le Rouge contre le philosophe-ministre, le trublion en chef du joli
mois de Mai - face à l’auteur du pamphlet ravageur « la pensée 68 »…. Nous vous
proposons jeudi 31 janvier et vendredi 1° février, à l’heure du thé, un débat
Cohn Bendit / Luc Ferry, enregistré, à Lyon, pour la Villa Gillet, quelques
jours plus tôt. Belle façon d’inaugurer notre partenariat avec Le Nouvel
Observateur, auquel cette émission s’associe pour vous proposer désormais un
débat mensuel en tête à tête, susceptible d’éclairer une question d’actualité.
Débat qui constitue la première mais, certainement pas la dernière - n’est-ce
pas Julie - des modestes contributions aux cérémonies du quarantième
anniversaire que nous comptons organiser.
A l’écoute de ce débat, vous constaterez que les lignes de clivages entre ce
qu’il est convenu d’appeler droite et gauche se sont déplacées de plusieurs
kilomètres en 40 ans. Ce qui n’est pas étonnant. N’attendez aucune nostalgie
émue pour ses vertes années de la part de Cohn Bendit. Pour lui, les Evènements
appartiennent à l’histoire. Les exigences du présent sont tout autres. Il regrette
d’ailleurs un certain nombre de dérapages anti-démocratiques du mouvement dont
il fut la figure de proue. Quant à Luc Ferry, il a surpris plus d’un
participant en mettant en cause la casse des valeurs culturelles, préalable,
selon lui, à un redéploiement dramatique du capitalisme.
Toute sorte d’études, inaugurée par « L’héritage impossible » de Jean-Pierre Le
Goff, ont mis en cause « les années contestataires ». Celles-ci auraient « sapé
les fondements éthiques et rationnels du politique et porté le doute sur la
possibilité même d’une reconstruction ». Dans la même veine, Marcel Gauchet
redoute, on le sait, que l’accomplissement de la « révolution individualiste
des droits », venue de plus loin, rende « problématiques la cohésion
sociale et la gouvernance même de nos sociétés ». Ce sont des questions
auxquelles Daniel Cohn Bendit réfléchit. Elles lui inspirent, on l’entendra,
des conclusions informées sur la nécessité de renforcer les processus de
gouvernance régionale (l’Union Européenne) ou mondiale (l’OMC).
De son côté, Luc Ferry développe des thèmes, esquissées par Christopher Lasch
et Daniel Bell dans le prolongement des « Evènements ». Il met en cause le rôle
joué par les philosophies du soupçon dans le déploiement d’un certain nihilisme
contemporain, nihilisme sur lequel surfe le consumérisme qui contribue à nous
décerveler. Nous manifestions il y a quarante ans contre la « société de
consommation ». « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ».
Aujourd’hui, il nous a rattrapés. Le marketing le plus up-to-date nous incite
en permanence à « oser être nous-mêmes », « sans tabous limites », à faire « la
révolution des prix » ou encore à « bouger dans nos têtes »…
Oui, le souvenir de 68 se perd, mais ses effets se révèlent bien éloignés de
ceux qu’en espéraient ses participants. Nous pouvons en témoigner… N’est-ce pas
François Armanet, rédacteur en chef du service Débats du Nouvel Obs, toi à qui
revenais le redoutable privilège de lancer le débat…
Thème(s): Information| Radio| Débat



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