Autisme : la France a-t-elle une génération de retard ? 0
Je ne le fais pas de manière générale. Mais le sujet me touchant beaucoup, j’ai décidé de mettre en ligne ce billet de présentation d’émission. Il s’agit de notre Grain à Moudre du 4 février
Le beau film que Sandrine Bonnaire a consacré à sa sœur Sabine remet la
question du traitement de l’autisme au cœur de l’actualité. Et ce témoignage
est décidément bienvenu, alors que le Comité consultatif national d’éthique a
récemment publié un rapport accablant sur « la situation en France des
personnes atteintes d’autisme ». Un Comité national de réflexion et de
proposition sur l’autisme a été récemment créé pour tenter de remédier à un
état de fait, qui demeure choquant.
Depuis des années, en effet, on nous répète que la France a eu tout faux sur
l’autisme, mais que, oui, cette fois, tout va changer. On nous assure que, fort
des expériences étrangères, notre pays a enfin commencé à transformer
radicalement son approche du problème des troubles envahissants du
développement. En attendant, les familles doivent faire face aux conséquences
d’un véritable gâchis humain. Ce sont pas moins de 400 000 personnes qui sont
concernées dans notre pays. Contrairement à ce qu’écrit une partie de la presse,
ce gâchis ne provient pas tant d’un manque de crédits et de moyens, que d’un
long aveuglement dans l’approche française de l’autisme. Une approche
influencée par la psychanalyse et par les thèses erronnées de Bettelheim,
aboutissant à culpabiliser les mères.
Où en sommes-nous pour que notre pays, qui se vante d’avoir « la meilleure
médecine du monde », soit contraint d’exiler 3 500 autistes en Belgique – où
l’on sait, paraît-il, s’occuper d’eux ? Comment qualifier un système où des
familles aisées en arrivent à déménager en Suisse, voire au Canada, afin de
pouvoir bénéficier d’éducateurs formés aux méthodes éducatives et
comportementales (TEACCH et ABA), – dont le développement a été longtemps
bloqué en France pour d’obscures raisons doctrinales ? Plus grave : dans quel
pays vivons-nous pour que des parents en arrivent à devoir déménager, à changer
de département, simplement pour pouvoir exercer leur libre de choix de prise en
charge ? Il faut savoir que notre pays a été condamné par le Conseil de l’Europe
pour non-respect de ses obligations d’accès à l’éducation des enfants souffrant
d’autisme. Non, décidément, le cas de Sabine n’est pas isolé.



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