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Une seule solution, l’hyperinflation ! 0

 

 

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Il n’est pas donné à toutes les générations de vivre un moment historique. A la mienne ont été épargnées - jusqu’à maintenant - les grandes saignées patriotiques (ou révolutionnaires) auxquelles les hégéliens reconnaissent, je crois, le passage de la “grande histoire”. Mais pas de doute, la crise économique que nous traversons est bien de portée historique. En réalité, si je n’écris plus sur ce blog depuis des semaines, c’est parce que tous les autres sujets d’actualité me paraissent, en comparaison, de peu d’importance. Et que je suis tellement occupé à classer et à tenter de digérer les informations au moment où elles tombent, qu’il ne me reste de temps que pour faire vivre notre émission quotidienne. Ces informations nous apportent, certes, des éléments d’éclairage sur ce qui est en train de se jouer. Mais le sens général de cette crise nous échappe encore très largement. Les meilleurs commentateurs débattent des causes de la crise. Ce qui importe vraiment, ce sont ses conséquences. Quelle “sortie de crise” ? Qu’est-ce que “la crise” va changer dans les rapports entre le politique et l’économique ? Allons-nous vers un renfermement sur elles-mêmes des nations - surtout désireuses de tenter de se défausser de la crise sur leurs voisines ? En quoi les comportements des personnes et des groupes en seront-ils affectés ? Assiste-t-on à un simple mouvement de balancier, qui nous ramènerait providentiellement aux modes de gouvernance des années 1950-1970 ? Ou, comme je le pense,  aborderons à des rives encore inconnues ?

Comme tout le monde, je me pose ces questions. Comme tout le monde, je cherche des réponses chez certains penseurs dont la boîte à outils conceptuelle semble offrir des pistes prometteuses. France Culture me semble bien placée pour les dénicher. En ce qui concerne “Du grain à moudre”, nous avons décidé de consacrer le mardi de chaque semaine au thème “penser la crise”. Ceci est donc aussi un appel à participation. Indiquez-moi les économistes, philosophes, sociologues, anthropologues, blogueurs, etc. qui vous paraissent intéressants dans le cadre de cet exercice.

Et pour commencer, je vous propose ce thème : les Etats pourront-ils financer les déficits déments que leur coûtent le sauvetage de leurs banques et leur fameux plans de relance, autrement que par un recours à une méga-inflation ?

Aujourd’hui, lundi 16 février, j’apprends par la presse économique que le Congrès américain vient d’accepter un plan de relance de 787 milliards de dollars. Ce plan Obama s’ajoute au Plan Geithner de soutien aux banques américaines et de constitution d’une “bad bank” de défausse des actifs pourris (total : 1 500 milliards $). Et il prend la suite des divers “Plan Paulson” -  crédits d’impôts, recapitalisations des banques et autres soutiens ciblés à tel ou tel secteur industriel, qui avaient été un moment chiffrés à quelques 7 400 milliards de dollars… Toujours pour ”combattre la crise”, ”éteindre l’incendie financier”. La crise est toujours là. Ces sommes faramineuses ne sont jamais suffisantes. D’où sort cet argent ? Qui va payer ?

A l’époque toute récente où les Européens faisaient encore semblant d’agir de concert et où la Commission annonçait crânement un “plan de relance européen de 200 milliards d’euros”, Angela Merkel avait été critiquée par les média français. Ils lui reprochaient d’avoir parler d’une “surenchère des plans de relance”. C’est exactement ce à quoi nous assistons à la petite échelle hexagonale. Sarkozy annonce 26 milliards. Aussitôt le PS en réclame 50 (soit 2,5 % du PIB). Et pourquoi pas 70 milliards ? Et pourquoi pas le double ?

La concomitance de tous ces plans de relance, censés “rétablir la confiance” - par le bluff des Etats - n’a, pour l’instant, en rien éteint le fameux incendie. Mais elle a pour effet de déchaîner la concurrence, sur les marchés de capitaux, entre les Etats fiables et ceux dont on entrevoit déjà le possible dépôt de bilan. - Car nous savons, depuis l’Islande, que ceux qui nous répétaient, notamment à l’OFCE, ”les Etats peuvent s’endetter toujours plus”, “un Etat ne peut pas faire faillite” - nous trompaient.

Les Etats - qui n’ont pas tous ces milliards dans leurs caisses - s’endettent donc. Les taux d’intérêt exigés sur les marchés obligataires ont commencé à monter. Le taux à 10 ans américain vient de passer de 2 à 3 % en trois mois - et ce n’est qu’un début. Personne ne semble se préoccuper de voir le taux français prendre 2 points - à 3,8 %. Cela signifie pourtant que le service de la dette publique va absorber un pourcentage de plus en plus important du budget de l’Etat, rognant d’autant ses capacités d’animation de l’économie.

Mais le plus préoccupant pour l’Europe, c’est le phénomène de ciseau qui est en train de saper la zone euro, entre pays “bien cotés” - comme l’Allemagne, et pays déjà suspects de ne pouvoir, un jour, honorer leur signature - appartenant généralement aux “cigales” du Club Med”, qui vivaient déjà à crédit quand tout allait bien… L’Espagne, la Grèce et le Portugal viennent de faire dégrader par Standard & Poor’s, le tour de l’Italie (dette publique = 106 % du PIB !) va bientôt suivre - en attendant la France ? Cette “dégradation” signifie simplement que la “crédibilité” de ces pays, la capacité de leurs Etats à rembourser leurs dettes publiques commence à poser problème. Et que les prêteurs ont commencé à réclamer des intérêts plus élevés - pour compenser ce risque de défaut… Non seulement, la dette augmente, mais son remboursement coûte de plus en plus cher, par euro emprunté. Comment est-ce gérable, avec une même monnaie ?

La croissance des dernières années était artificielle. Elle était dopée par le niveau d’endettement du consommateur “de dernier recours” - c’est-à-dire américain et britannique. En Grande-Bretagne, le taux d’endettement des ménages avait atteint le taux extravagant de 160 % du revenu disponible. Ce qui est en train de se passer correspond, comme l’écrit Patrick Artus, à “un transfert de dette privée vers la dette publique”.

Mais l’alourdissement sans précédents historiques du niveau d’endettement des Etats, de tous les Etats à la fois, va poser prochainement la question de la solvabilité réelle de ces Etats.  Déjà, on voit des commentateurs sérieux (Nicolas Barré) poser la question d’une “faillite” possible de la Fed - qui a été poussée à racheter non seulement des titres de créance des banques, mais beaucoup de “commercial papers” des entreprises. Toutes ces “créances”, on le sait, ne valent pas tripette… Le jour où la Fed va se retrouver en cessation de paiement, il ne restera plus que le recours à la planche à billets…

Nous savons bien qu’il n’existe que deux issues possibles au surendettement des Etats : faire payer le contribuable, une fois l’économie repartie, ou bien dégonfler artificiellement les dettes, en relançant l’inflation….  Je relève que de plus en plus d’économistes, de tous bords, annoncent que cette inflation est inéluctable. Cela va de Jacques Delpla “l’inflation, porte de sortie de la crise” (Les Echos du 14 janvier) à Jean-Claude Werrebrouck (”l’inflation, prémice d’une restructuration mondiale“, Contre Info du 3 février).  ”Une inflation de l’ordre de 10% à 15% sur cinq ans permettrait de réduire la dette américaine de 40% à 50%”, pronostique Delpla. Ce seront les créanciers asiatiques - et surtout chinois - qui paieraient ainsi l’addition de la relance américaine. Imagine-t-on qu’ils se laisseraient ainsi gruger de bonne grâce ? Pour Werrebrouck, l’inflation, c’est “le choix de la purge“, pour faire baisser “la pression sur les tuyauteries”. Il y voit un effet de redistribution des patrimoines - au détriment des seniors, qui est également au coeur de la réflexion de Patrick Artus. Dans sa note Flash économie n° 13 du 15 janvier, Artus annonce, pour après la crise, “un équilibre économique plus favorable aux jeunes (qui sont acheteurs d’actifs et emprunteurs)”. Alors que, le mois dernier encore, les commentateurs étaient obsédés par le risque déflationniste, c’est, en réalité, l’inflation qui s’annonce. Et elle n’est pas plus avenante.

 

Thème(s): Histoire| Economie| Crise| Finance

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