Eclats de Nouakchott 0
Nouakchott Rue Arnaud Contreras©Radio France
Nouakchott Villes Mondes, diffusion sur l’antenne de France Culture, le dimanche 4 décembre 2011, de 14h00 à 16h00.
14h00 Lumière Blanche
La chanteuse et
sénatrice Malouma nous accueille dans son salon. Nous tentons d’enregistrer sa
rencontre avec l’ethnomusicologue Michel Guignard.
Profil d’aigle, œil de lynx,
l’auteur de « Musique, honneur et plaisir au Sahara » scrute le
téléphone portable de notre hôte.
Elle nous fait écouter un mix de sa voix avec
celle de son père, le célèbre musicien Moktar Ould Meidah. Un trip hop lounge
s’échappe du cellulaire.
Je m’attends à ce que le chercheur hurle au saccage.
Il dit simplement : « Je peux avoir cet
enregistrement ? ».
Malouma s’apprête à lui offrir, quand il ajoute
« Non… Je voulais dire un enregistrement de la voix de ton père. Je ne
l’ai pas celui-là ».
Ces deux-là se connaissent depuis longtemps, se cherchent, s’opposent, partagent l’amour de la musique mauritanienne. On pourrait croire au conservatisme de l’un, à la modernité de l’autre, mais quand on évoque tel instrument traditionnel amplifié, agrémenté d’une pédale wahwah, c’est bien l’auteure du mix qui s’indigne : « On touche à la musique, pas aux instruments traditionnels ». Et les amis rient de leurs contradictions.
18h00 Ombres Maures
Chaque matin, nous les croisons au petit-déjeuner, plus cernés que la veille.
Ils posent leurs
lourdes sacoches remplies de dossiers, s’assoient en chuchotant, se lèvent
brusquement toutes les cinq minutes pour recevoir ou émettre un appel.Des femmes aux
regards vides viennent à leur rencontre, dans la cour de notre maison d’hôtes.
Ils se lèvent avec fracas, les entraînent dans la bibliothèque, ferment les
portes.
Lorsque nous
passons à moins de cinq mètres d’eux, ils interrompent leurs discussions
passionnées, nous adressent un bonjour fuyant, tapotent leurs stylos sur des
poignées de photocopies contrastées.
Ils sont avocats, travaillent pour Amnesty International, visitent en prisons les maris salafistes des femmes qui leur confient leurs désespoirs, à deux tables de nous. Ils en cherchent certains, disparus depuis six mois lors d’un transfert d’une geôle l’autre.
22h00 Poursuite sourde
L’endroit se nomme « La Case ». De grandes tentures vertes dégoulinent sur une scène à ciel ouvert. Un responsable à casquette blanche s’en prend à deux jeunes assistants qui ont placé des parasols publicitaires, pile devant l’orchestre peul.
Des spots
balaient les rangées de sièges en plastique vert, tandis qu’un bassiste de deux
mètres cherche où ne pas cogner sa tête.
Le chanteur
arrive. Il nous accorde d’une voix douce un entretien dont le thème principal
est l’unité, la paix entre les communautés maures et négro mauritaniennes.
Son manager nous
autorise à capter quelques minutes de la balance.
Les spots
s’agitent, font rebondir des éclats verts sur les cymbales.
Le guitariste
entame un morceau lent, slow pour ascenseur de casino.
Le chanteur
s’approche du micro, se balance mollement en rythme.
Hurle un « AFRIIIIIIIKAAAAAAAAAA »
Nous reculons de 10 mètres, disons adieu à nos tympans pour la soirée.
00h00 Red Light
Nos chambres
auraient pu être d’excellents décors de film. Moustiquaires, lumières tamisées,
bois précieux.
Elles sont
devenues il y a quelques mois, sous la plume de Gérard de Villiers, les lieux de débauche de SAS.
Autre chapitre
que je ne décrirai pas, tant il a blessé de nombreuses personnes à Nouakchott.
GMT O
Retour à Paris, développement de pellicules impressionnées par tous ces éclats, et le son du Jagwar, les guitares trafiquées de la famille Ould Jeich Ould Abba:
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