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"El chupi chupi", une sucette en travers de la gorge du pouvoir castriste 0

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La semaine dernière je vous parlais d’un film qui ne passait pas en Russie, aujourd’hui je voudrais évoquer cette chanson qui passe absolument partout à Cuba pour le coup, et qui déchaine les passions, elle s'appelle "El Chupi chupi".

 

 

                                                                                                                               Si vous ne comprenez pas l’espagnol elle doit vous sembler tout à fait inoffensive. Et pourtant...

C’est ce qu’on appelle du « reggaeton ». C’est comme son nom l’indique un genre musical qui dérive directement du reggae, plus rythmé, et qui a intégré des rythmes caribéens et latins. C’est un genre très populaire en Amérique Latine, en particulier à Porto-Rico depuis le début des années 90. Les rythmes sont très dansants, et les paroles tournent toujours autour de la femme et ses attraits, jamais de manière très chevaleresque – ce sont toujours des interprètes masculins et en général ça ne donne pas dans la dentelle. Cette fois ci "el chupi chupi" fait très fort dans le genre, puisque les paroles sont très explicites. « Chupi chupi », c’est une marque de sucettes à Cuba. L'analogie est facile… Dans la chanson on ne sait pas si la sucette est à l’anis, mais le refrain dit en substance, je traduis : « donne-moi une sucette, ouvre grand la bouche, avale tout/ donne moi une sucette, fais-toi belle et éteins la lumière ».

La chanson a posé problème  surtout à partir du moment où elle est devenue un immense succès populaire, c’est-à-dire depuis cet été. Elle a commencé à passer dans les boîtes de nuit , puis en boucle sur toutes les radios musicales, et donc à toute heure du jour et de la nuit dans les boutiques, les transports en commun etc. Le clip avait même était nominé pour un concours musical qui a eu lieu le 27 novembre dernier dans le théâtre Karl Marx de la Havane (ça ne s’invente pas),  « los premios Lucas », le prix « Lucas ». Le morceau avait été nominé dans la catégorie "meilleur clip vidéo" de l’année, et quelques jours avant ,des milliers et des milliers de Cubains avaient déjà voté pour ce morceau d’Osmani Garcia. Mais le 24 novembre une première sentence réprobatrice s’était exprimée, par la voix du directeur de l’Institut cubain de la musique, Orlando Vistel, lui-même compositeur - beaucoup plus traditionnel, qui avait qualifié la chanson d’"horrible". Le débat était lancé. Le lendemain, dans le quotidien national officiel « Granma », une tribune paraissait, sous la plume d’une professeure de musicologie, sous le titre « la vulgarité de notre musique : un choix du peuple ? » s’interrogeant sur le goût du peuple cubain pour le caractère ultra sexuel et machiste de ce genre de musique. Dernier coup de grâce pour « El Chupi chupi », le ministre de la culture en personne, Abel Prieto, a déclaré à la télévision qu’il serait bon de « revenir à la musique cubaine traditionnelle », visant ainsi ce genre ultra populaire et récent, très prisé des jeunes, le reggaeton.

Il est vrai que le reggaeton cubain est fortement influencé par la culture américaine, et c’est probablement ça qu’il faut entendre dans les déclarations officielles du pouvoir cubain. Le clip d’Osmani Garcia ressemble fort aux clips américains qui passent en boucle sur les chaines musicales type MTV : tenues hip hop, tatouages, décors clinquants et jeunes filles dénudées. Lea vidéo fait explicitement référence à l’un des derniers clips de la chanteuse américaine Katy Perry, dans lequel elle se ballade en maillot de bain dans un décor de bonbons géants. Tout cela relance la vaste question des liens étroits – trop étroits diront certains – qui unissent les contenus culturels au bon vouloir du pouvoir castriste. Sur les blogs, les internautes cubains s’interrogent : ce qui pose fondamentalement problème avec « El chupi chupi », au delà du caractère assez scandaleux du propos, c’est que la chanson passe en boucle sur les radios et les télévisions publiques, parce qu’il n’existe pas à Cuba, d’autres espaces de diffusion pour la culture, un espace où elle échapperait au jugement suprême du pouvoir.

Il y a donc nécessairement une forme de censure, et la chanson, à la veille de la remise du prix Lucas, a été retirée de la compétition sous la pression conjointe des diverses paroles officielles, qui s’exprimaient sur les même ondes qui diffusaient « El chupi chupi ». Finalement c’est le morceau de Raul Paz « Carnaval » qui a remporté le prix de la meilleure vidéo musicale, et là on est très loin de « Chupi Chupi »…

 

 

Thème(s): Arts & Spectacles| Musique| Censure| Cuba| Raul Castro| reggae| Sexe

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