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Festival d’Aurillac 2011, chronique nº 1 de Lise Facchin 0

 

Punko-tradi, petites perles et bijou rare

Le Festival d’Aurillac est plus que foisonnant. On déambule dans les rues totalement investies, passant d’un spectacle à l’autre et changeant de monde. Des bulles d’univers s’offrent à tout venant, avec trois bouts de ficelle, des vieux vélos ou encore 10 000 tuiles. Chroniques d’un début de festival en deux parties.

Cooperatzia, le village © Vincent Muteau

 

Arrivée très tôt par le train, je commence tout d’abord par quelques cafés. À ma droite, un homme qui pourrait être le frère de Jacques Higelin et qui se trouve occuper la fonction d’adjoint au maire. Nous discutons. Le festival s’annonce bien, me dit-il, les festivaliers sont arrivés en grand nombre et les artistes officiels l’enchantent. Seule ombre noire : la S.N.C.F. qui a supprimé les trains de nuit au départ d’Aurillac, on doit donc repartir au plus tard à 17 heures. Nous déplorons ensemble, puis arrive l’heure de l’interview avec Fantazio.

La place des Carmes où il doit jouer son spectacle-commande est un fatras composé de tables et de chaises d’école, de poutres de bois, de composites rouges et blancs – de ceux qui sont utilisés sur les autoroutes –, de gigantesques palissades de plastique, le tout dans un désordre assourdissant. Il m’apprendra qu’il est en train d’en composer les mouvements, sur place et petit à petit.

Rock facile et violence vide place de l’Hôtel-de-Ville

Puis vient l’ouverture officielle avec le spectacle de Générik vapeur : Fuckin’ Cendrillon, compte de faits. Sous un solide cagnard, c’est une platitude assez quelconque. Une vraie déception de la part de ce collectif qu’on a connu mordant et subversif et qui ressert en version hurlée la vieille recette du conte que l’on écorche.

Leur habitude de prendre pour lieu de scène les façades et de pratiquer la suspension en l’air, souvent mouvante, reste ici figée. Cendrillon vomit des injures de son balcon et trois allégories étranges alitées dans le ciel déblatèrent sur le monde. Bon… Une formation de rock un peu sombre avec des accords de guitare saturés et toute la série des gros cordages pour « rendre-ça-violent-et-un-peu-sulfureux » occupe une scène en bas de la façade.

S’il est vrai qu’il toujours difficile de sonoriser des espaces ouverts, on attend tout de même autre chose que ce marasme dans lequel les sons se mélangent et dans lequel le texte se noie. Cela étant, on a plaisir à entendre les très belles voix de Séverine Le Blanc, la Cendrillon en mal d’amour et Géraud Bastard, le Loup au cri sensuel. Mais enfin, il n’y a là-dedans rien de nouveau sous le soleil, n’en déplaise à M. le maire, qui saluait le caractère subversif des arts de la rue.

Où l’on picore

Aurillac, c’est aussi et surtout une promenade au gré des inspirations, de l’écho des spectacles au détour d’une placette, au hasard des mouvements de foule. La station debout permet de passer d’une scène à l’autre, à mesure de l’envie ou de l’ennui, et chaque tracé est une aventure particulière.

L’après-midi fut donc bariolé. Un trio de musiciens installés sur le haut d’une margelle a inauguré ma promenade (1) ; ont suivi des jongleurs d’accordéon, les théories fumeuses du professeur Fou-Thèse, de drôles de bonshommes à vélo, l’histoire d’amour de deux mimes pour un phonographe, un poète public et sa vieille machine à écrire dispensant des vers à tout passant, et un coiffeur d’art fantastique, dont les créations végétales sillonnaient la ville sur les chevelures sculptées des festivalières. Mais j’en oublie pour sûr : « Pour un tel inventaire, il faudrait un Prévert ! » (2).

Je ne sais trop comment évoquer l’incroyable création du G. Bitaski intitulée Cooperatzia, le village, et qui avait choisi le collège-lycée Saint-Eugène pour théâtre – si l’on peut dire, car est-ce bien du théâtre ? De la performance ? Du cirque ? De la danse ? On ne sait.

Nous entrons par un double escalier dans la cour de l’établissement. Il fait nuit, et des hommes, vêtus de longs manteaux, munis chacun d’une antique torche à pétrole et d’un sac à main, semblent arpenter un chemin de ronde dans un espace tracé au sol par des tuiles canal. Dans cette cour, la tuile règne, formant des chemins, de drôles de sculptures en bris, de gigantesques prolongements des racines de l’arbre central, des couronnements de muret. Elle est partout déclinée, inventée dans l’espace et modelée par un éclairage d’une minutie virtuose.

Sous le préau, c’est la folie profonde. Calme. Isolée. Les murs sont tendus de noir, et quatre hommes, vêtus des mêmes paletots en feutrine sombre, sont assis qui devant des écrans, qui devant une coiffeuse, qui devant un portrait. L’ambiance est celle d’un salon bourgeois et à mesure que le public rentre et déambule à travers la cour, délicatement, ils se mettent la tête dans leur sac à main.

Un enregistrement sonore restitue ce qui semble être un discours, résonne avec toute la force et la beauté de la langue russe, à mesure que les minutes s’égrènent ; car le spectacle n’a pas encore commencé… L’atmosphère pourtant est déjà posée : un surréalisme léché qui échappe à la facilité, un esthétisme toujours renouvelé et surprenant, le tout baignant dans une sorte d’ironie grinçante.

Puis le spectacle commence et avec lui, les changements de lieux, les tableaux de lumière tuilée, les jeux d’ombres chinoises. Vingt-cinq figurants, hommes-tuiles ou hommes-sacs, c’est selon, viennent peupler ce monde entre folie, affrontement et dérision politique. Il y a autant d’émerveillement que de tableaux et, comme Cyrano pour les mots d’amour à sa belle Roxanne, je ne puis que vous « jeter en touffes, sans les mettre en bouquet » ces étincelles : un parterre de tuiles rendu brasier ou lac, une promenade de tuiles en laisse (3), un saint Hubert aux oiseaux-sacs, une grande bataille historique pleine d’intrigues et de sang, un jeu de ping-pong avec deux tuiles et une ampoule, l’infini d’une porte close, des luttes de suprématie, des vols de… je m’arrête, il faut bien vous en laisser. 

Lise Facchin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

(1) On ne connaît pas toujours le nom des spectacles que l’on croise.

(2) Georges Brassens, le Pluriel.

(3) C’est l’histoire du fou qui promène sa brosse à dents et qui croise un voisin : « Ce n’est pas un chien que vous avez là. — Non c’est une brosse à dents. » Et, une fois le voisin passé, en aparté : « On l’a bien eu, Médor ! ».

http://ww.aurillac.net

Du 16 au 20 août 2011

http://www.generikvapeur.com

http://www.bistaki.com

Thème(s): Arts & Spectacles| Théâtre| Aurillac| Avignon| critique| Générik Vapeur| lestroiscoups| Lise Facchin| salle| sortir| spectacle| théâtre| Vincent Cambier

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