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« L’intrus », d’Antoine Rault (critique d’Ingrid Gasparini), Comédie des Champs-Élysées à Paris 0

 

La métaphysique pour les nuls

Sur le papier, « l’Intrus » avait tout pour séduire : une variation sur le mythe de Faust avec, à la clé, un face-à-face entre deux immenses comédiens Claude Rich et Nicolas Vaude. À l’arrivée, on constate amèrement que ces grands virtuoses ne peuvent rien face à cette partition faiblarde qui déroule les poncifs existentiels jusqu’à plus soif.

l’Intrus © Lot

Au cœur de la nuit, un vieux savant alité et gémissant reçoit une étrange visite. Celle de son double juvénile, un histrion méphistophélique venu bousculer les certitudes du chercheur au crépuscule de sa vie. Les deux hommes s’affrontent avant de s’unir dans un pacte diabolique. Le vieillard déclinant obtient une rallonge exceptionnelle de vingt-quatre mois de jeunesse sans vraiment connaître la contrepartie de cet engagement. Ce sursis devient vite prétexte à un parcours tiédasse sur le sens de la vie avec profusion de banalités sur l’amour, le désir et la mort…

Tout s’annonçait pourtant si bien. On salivait à l’idée de voir Claude Rich en Faust sublimé donnant du fil à retordre à ce diable bondissant joué par Nicolas Vaude. On entendait déjà les accents sifflants de la séduction quand ce démon lui susurrerait : « Je suis la part de toi-même qui doute, qui critique, qui se révolte, qui refuse… ». Mais le texte d’Antoine Rault ne tient malheureusement pas ses promesses. L’argument pourtant efficace finit par se dissoudre dans une intrigue qui multiplie les fausses pistes et qui perd de vue son enjeu. De ce nuage narratif n’émergent que quelques aphorismes hasardeux au cœur d’un tunnel de texte indigeste.

Une vision carton-pâte en noir et blanc

Inutile de chercher son salut du côté de décors qui collent à la pièce dans une vision carton-pâte en noir et blanc. Sol en damier, lustres suspendus, miroirs semi-réfléchissants, perspectives accentuées… Autant d’effets qui contribuent à l’asphyxie du regard. La mise en lumière reste très littérale également, avec une abondance de rouge et de violet pour les scènes sulfureuses. À la mise en scène, Christophe Lidon se prend les pieds dans le tapis. Après un premier tableau plutôt sage, il bascule dans un onirisme bon marché et criard aux accents très « boulevard ». Usant de procédés m’as-tu-vu souvent dissonants, il surligne la thématique du double féminin à grand renfort de chorégraphies saphiques et de strip-tease impromptu quand il ne joue pas la carte du travestissement grotesque tendance Cage aux folles.

Il y a comme une forme d’embarras à retrouver des comédiens de cette pointure dans une pièce aussi faible. Une forme de curiosité également. Un comédien de talent peut-il tout transcender ? Se saisir de n’importe quel objet et le sublimer ? En bons alchimistes, Claude Rich et Nicolas Vaude s’y sont attelés, avec souplesse et frémissements pour le premier, avec nervosité et malice pour le second. Ils se sont débattus avec souffle et finesse, jouant l’émotion à contre-courant d’une direction générale lorgnant vers la grosse comédie. Se posant sur un registre parallèle à celui des autres comédiens au jeu plus appuyé (Delphine Rich, Jean-Claude Bouillon). Marchant vaillamment sur un fil invisible avec cette belle constance qui, toute fascinante qu’elle soit, ne parvient pas complètement à changer le plomb en or. 

Ingrid Gasparini

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

L’intrus, d’Antoine Rault

Mise en scène : Christophe Lidon

Avec : Claude Rich, Nicolas Vaude, Jean-Claude Bouillon, Delphine Rich, Chloé Berthier

Assistante mise en scène : Sophie Gubri

Décor : Catherine Bluwal

Costumes : Claire Belloc

Lumières : Marie-Hélène Pinon

Son : Michel Winogradoff

Comédie des Champs-Élysées • 15, avenue Montaigne • 75008 Paris

Réservations : 01 53 23 99 19

http://www.comediedeschampselysees.com

Du 8 septembre au 31 décembre 2011 à 19 h 30, du mardi au samedi à 21 heures, matinée dimanche à 16 h 30

De 18 € à 53 €

– 26 ans : 10 € (du mardi au jeudi selon disponibilités)

Thème(s): Arts & Spectacles| Théâtre| Avignon| Claude Rich| critique| Ingrid Gasparini| lestroiscoups| Nicolas Vaude| Paris| salle| sortir| spectacle| théâtre| Vincent Cambier

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