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« Youri », de Fabrice Melquiot (critique d’Ingrid Gasparini), Théâtre Hébertot à Paris 0

 

« Youri » : un fiasco textuel

 

Dans « Youri », Jean-Paul Rouve et Anne Brochet jouent le couple moyen « ramant » pour avoir un enfant jusqu’au jour où un étrange adolescent mutique s’immisce dans leur intimité. Ce joli postulat pinterien s’émousse dans les cinq premières minutes et nous laisse face à une comédie surjouée et une intrigue totalement vaine, où l’ennui succède à la consternation.

 

Fabrice Melquiot © D.R.

 

Youri est à ranger dans la liste des pièces embarrassantes, non pas par l’ambiguïté des sujets qu’elle traite, mais bien par la gratuité de son propos, qui relève plus d’une écriture automatique et brouillonne avec effets comiques lourdingues et personnages stéréotypés. Anne Brochet se retrouve à jouer les femmes au bord de la crise de nerfs, dans une version caricaturale de la quadra hystérique impossible à défendre, quand Jean-Paul Rouve hérite du rôle de Patrick, le mec ordinaire happé par une situation sans logique qui le dépasse totalement. L’auteur, Fabrice Melquiot, opère un mélange des genres raté et croise sans retenue théâtre de l’absurde, dialogues de boulevard, scènes obscènes et hallucinatoires.

 

On ne croit pas une seule seconde aux personnages

Avec autant de bruits parasites, il est bien difficile d’entendre ce que raconte la pièce. On sent malgré tout qu’il est question du désir d’enfant, de l’explosion du couple moderne face à l’intrusion d’une tierce personne dans le foyer et de l’éducation comme processus d’imitation, où l’enfant par un mimétisme poussé à l’extrême comble les failles narcissiques de ses parents. Bref, que des sujets dans l’air du temps et tout à fait passionnants. Le problème, c’est que l’argument se dissout dans un enchaînement sans queue ni tête autour de situations floues. On ne croit pas une seule seconde aux personnages qui parlent faux, et qui donnent du « bordel de chèvre ! » ou du « J’m’en tamponne les ovaires avec le dos de la cuillère » à tout bout de champ.

 

Ce fiasco textuel est à peine rattrapé par une scénographie bariolée et dynamique qui occupe plutôt bien le regard quand notre écoute s’égare. Un plateau circulaire ambiance « Tournez manège » dessine les différentes pièces de l’intérieur du couple. On passe d’un salon cyan avec son sofa ton sur ton, à une chambre à coucher au mobilier et aux murs magenta avant de déboucher sur une cuisine toute jaune. Un décor joliment impudique, à la fois « mondrianesque » et télévisuel, qui donne une impression de théâtre-réalité où l’œil du public traverserait les murs. On retiendra également la gestion habile et fluide des déplacements et les audacieuses transitions sonores. La mise en scène de Didier Long fait donc figure de bouée de sauvetage lancée hâtivement au spectateur au cœur du naufrage.

 

Les comédiens surnagent. Anne Brochet, d’habitude si délicate et nuancée, surarticule et sort les gros sabots pour jouer les foldingues shootées au médocs et obsédées par la maternité. Sa diction saccadée et traînante évoque celle d’une Marina Foïs à l’ère des « Robin des Bois ». Plutôt drôle les deux premières minutes, son phrasé devient vite très pénible. Jean-Paul Rouve s’en sort plutôt pas mal, engoncé dans son T-shirt « Super Daddy » jaune, toujours entier et crédible dans des états très différents. Malgré quelques fausses notes, c’est lui qui porte à lui seul les rares moments d’émotion. Troisième larron de la distribution, Jacques de Candé, très investi mais un poil en force, s’expose beaucoup dans le rôle de l’ado attardé qui urine sur les murs et laisse dépasser ses faux et interminables attributs du caleçon.

 

Dans la jolie salle de l’Hébertot, on surprend les regards égarés, les œillades désolées, cette discrète et imperceptible indiscipline du public qui vaque à ses pensées. Il ne restera rien de cette comédie, ou pas grand-chose : que l’écho gênant des applaudissements clairsemés et le plaisir inavoué de regagner l’air de cet été prolongé. 

 

Ingrid Gasparini

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Youri, de Fabrice Melquiot

Mise en scène : Didier Long

Avec : Jean-Paul Rouve, Anne Brochet, Jacques de Candé

Assisté de : Jeoffrey Bourdonnet

Décors : Jean-Michel Adam

Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz

Lumières : Laurent Béal

Illustration sonore : François Peyrony

Théâtre Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 43 87 23 23

http://www.theatrehebertot.com/

À partir du 14 septembre 2011, du mardi au samedi à 21 heures, matinée le samedi à 17 h 30, relâche le lundi

De 15 € à 48 €

Thème(s): Arts & Spectacles| Théâtre| Avignon| critique| Fabrice Melquiot| Ingrid Gasparini| lestroiscoups| Paris| salle| sortir| spectacle| théâtre| Théâtre Hébertot| Vincent Cambier

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