« Vivaldi prima donna », récital d’œuvres d’Antonio Vivaldi par Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 (critique de Céline Doukhan) 0
Si Olympe de Gouges avait été chef d’orchestre…
Conclusion du premier festival Passions baroques à Montauban, le concert de Nathalie Stutzmann avec son ensemble Orfeo 55 a tenu toutes ses promesses.
Ce furent deux petites heures qui passèrent comme un souffle, réservant moult surprises, faisant vibrer la musique d’une vie incomparable, bien vite nourrie d’une intense connexion entre la scène et la salle. Le programme en était exclusivement vivaldien. Allergiques, s’abstenir… Plus précisément, Nathalie Stutzmann avait concocté un récital d’arias pour contralto (la voix de femme la plus grave) précédé, dans une première partie, du Concerto nº 2 en sol mineur pour 2 violons et orchestre-RV 578 et du Stabat mater-RV 621, cantate pour contralto et orchestre.
Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 © Jean-Jacques Ader
Première surprise : l’allure toute simple de Nathalie Stutzmann. Elle arrive sur le plateau d’un pas décidé, vêtue d’un pantalon et d’un chemisier noirs. Elle n’a même pas l’air maquillée. Son regard est résolu mais souriant, et des boucles brunes dansent autour de son visage… On sent très vite qu’on pourrait la placer dans ce panthéon des femmes fortes, généreuses et remarquables qu’on a envie d’admirer. Deuxième particularité : Nathalie Stutzmann non seulement occupe la fonction très peu féminisée de chef d’orchestre, mais elle chante aussi comme contralto, occupant les deux registres au cours d’un même morceau.
Le bijou et l’orfèvre
La première fois que s’opère cette mue, on est légèrement surpris. Dos au public, tout occupée à diriger l’orchestre, Nathalie Stutzmann se retourne lentement et fait alors entendre sa voix profonde, dont le timbre à lui seul est peu courant – d’ordinaire, ce sont plutôt les sopranes qui tiennent le haut du pavé. Chaleur, modulation délicate, expressivité de tout le corps : c’est un régal d’écouter cette chanteuse. Pendant ce temps-là, l’orchestre, nuancé, aux cordes subtiles ou tranchantes (comme à la fin de la trépidante aria Gemo in un punto e fremo), propose une interprétation pleine de vie.
Le même émerveillement se produit lorsque Nathalie Stutzmann, cessant de chanter, revient à la direction d’orchestre. Transitions aussi délicates que réussies, moments précieux… Pourquoi cette sensation ? La chanteuse s’offre au spectateur non seulement dans son merveilleux savoir-faire lyrique, mais aussi dans le rôle excellent de l’artisan, l’alchimiste qui fait naître la musique, en quelque sorte à la fois le bijou et l’orfèvre, abolissant la frontière entre la posture d’un chef d’orchestre muet, surplombant la direction de l’œuvre, et celle du chanteur d’opéra. Cette dualité se superpose à l’ambivalence masculin/féminin du chant lui-même : les contraltos étaient souvent employées pour incarner des personnages masculins, comme le prince Licida dans l’Olimpiade. Ces chanteuses n’étaient-elles pas considérées comme « les rivales des castrats » ?
Alors, certes, le style de direction de Nathalie Stutzmann n’est sans doute pas très académique. Pas un regard sur la partition, gestuelle de tout le corps qui semble faire appel aux forces vitales, souterraines de la musique plus qu’à une précision arithmétique. On est, en somme, plus proche du coup de pinceau fougueux et coloré de Delacroix que du dessin rigoureux d’Ingres, natif fameux de Montauban. Amples balancements des bras, sautillements à peine contenus sur la pointe des pieds… Cela a l’air très physique, sensuel et instinctif, mais jamais surfait. Au final, le résultat a beaucoup d’allure et de fougue ! C’est enthousiasmant. Et quelle heureuse chose que tout cela ait lieu dans le Théâtre Olympe-de-Gouges, femme remarquable de la fin du xviiie siècle, dont l’ombre tutélaire doit applaudir des deux mains. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Vivaldi prima donna, récital d’œuvres d’Antonio Vivaldi
Nathalie Stutzmann et Orfeo 55
http://www.nathaliestutzmann.com/
Avec : Nathalie Stutzmann et les musiciens de l’ensemble Orfeo 55
Théâtre Olympe-de-Gouges • 4, place Lefranc-de-Pompignan • 82000 Montauban
Réservations : office de tourisme 05 63 63 60 60, maison Midi-Pyrénées 05 34 44 18 18
Le 23 octobre 2011 à 16 heures
Durée : 2 heures
20 €
Thème(s): Arts & Spectacles| Musique| Céline Doukhan| critique| lestroiscoups| Montauban| musique| Nathalie Stutzmann| Orfeo 55| Passions baroques| salle| sortir| spectacle| théâtre| Vincent Cambier




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