2012 : année charnière pour une nouvelle industrie musicale 2
Les
bouleversements du numérique ont forcé l’industrie de la musique
à repenser son modèle économique et ses techniques commerciales.
Aujourd'hui, quelles sont les perspectives du marché musical dans un
contexte de plus en plus interconnecté et internationalisé ?
Gaudiramone©flickr.com
Après 8 ans de crise, le marché commence à revenir à la normale. Et notamment grâce aux ventes numériques et au travail de collaboration entre les labels et les acteurs des nouvelles technologies. Preuve en est avec l’International CES (Consumer Electronic Show), qui s’est déroulé à Las Vegas du 10 au 13 janvier dernier et qui a réaffirmé les liens de plus en plus solides entre la musique et les innovations technologiques. « Il y a vraiment des produits intéressants qui sont en lien avec la musique et avec l’engagement des fans . Nous voulons apprendre comment nous pouvons travailler main dans la main avec ces acteurs le plus vite possible ! » a déclaré au magazine Billboard Jon Vanhala, en charge du développement des nouveaux marchés chez les labels Universal Republic et Island Def Jam Music Group.
Ce nouvel intérêt des majors à l’égard des outils numériques est révélateur des orientations novatrices du marché de la musique. L’an dernier, on a par exemple vu Lady Gaga faire la promotion d’écouteurs customisés par la société spécialisée dans le matériel audio Monster. Les applications présentées lors du CES 2012 vont dans le même sens : le distributeur d’équipements électroniques Roku propose ainsi un boîtier permettant de relier sa télévision à Internet qui intègre de nombreuses chaînes musicales et un accès à la webradio Pandora, qui a atteint 40 millions d’utilisateurs actifs au mois de novembre 2011. De son côté, Justin Timberlake, qui est actionnaire du nouveau MySpace, a crée l’événement sur la scène du CES 2012 en annonçant un accord entre MySpace TV et Panasonic. Celui-ci permettra aux utilisateurs de l’application MySpace Companion d’écouter, de regarder et même de commenter les 42 millions de morceaux et les 100 000 vidéos du réseau social sur sa TV Panasonic.
Une conversion qui porte ses fruits...
Cette conversion numérique des labels semble commencer à porter ses fruits. Pour la première fois depuis 2004, le marché de la musique enregistrée est en légère hausse aux États-Unis (+ 1,3 % ), soit 330,6 millions d’unités vendues en 2011 contre 326,2 millions en 2010. L’institut Nielsen annonce même une hausse totale de 7 % en volume avec 1,6 milliard de titres écoulés. Plus qu'un retour aux « années folles » des maisons de disques, cette bonne nouvelle dénote plutôt d'un changement profond de la structure et du fonctionnement du secteur. En effet, toujours aux États-Unis, les ventes digitales ont dépassé pour la première fois les ventes physiques (CD et vinyles). La part en volume des ventes en ligne dans le marché global de la musique a atteint 50,3 % en 2011.
©D.R.
La dématérialisation du support et sa diffusion sur Internet permettent d'ailleurs à de plus en plus de plateformes et d’applications de s’exporter à l’international. Spotify, société suédoise de streaming musical, à par exemple réussi à récemment intégrer le marché américain, notamment grâce au partenariat signé avec Facebook. Le PDG de Deezer (qui a signé avec Orange) a quant à lui annoncé vouloir être présent dans 130 pays pour le début de l’année 2012. De son côté SoundCloud, qui se présente comme le « Youtube du son » berlinois, est allé se financer auprès de Kleiner Perkins Caufield & Byers, un fonds d’investissements à risques américain.
… mais des espoirs qui restent mitigés
Les observateurs de l’industrie demeurent néanmoins perplexes face à cette « sortie de crise ». Selon Billboard, qui dresse un bilan de l’année passée, le redressement du marché tient en deux mots : « l’interconnectivité » et « l’internationalisation ». En témoigne la tournée en Chine de Bob Dylan qui n’a pas eu besoin de respecter la censure de l’État comme certains rapports erronés ont pu le prétendre. Plus étonnant encore selon Billboard : le marché américain aurait pu retrouver la croissance grâce à une artiste anglaise, Adele, qui a vendu 17 millions de son dernier album intitulé 21.
Cependant, l’embellie américaine n’a pas entraîné le marché européen. La faillite de HMV en Angleterre et la difficile mise en place de la loi Hadopi en France peuvent être des éléments d’explication de ce retard. Car si le site de téléchargement illégal Limewire a été fermé en 2010, d’autres sites comme Megaupload ont pris la relève. C’est pourquoi, selon le rapport de l’institut Nielsen, les 2,2 millions d’internautes qui se seraient détournés de la technologie P2P (peer-to-peer) ne se sont pas forcément des acheteurs de musique sur des sites légaux. Force est de constater que le succès de Megaupload [qui vient d'être fermé par le FBI NDLR], qui a annoncé + 35 % de fréquentation en 2010 en France, en est sans doute leur nouveau refuge.
En France plus particulièrement, la tendance est toujours à la baisse. D’après les derniers chiffres publiés au troisième trimestre 2011 par le SNEP (Syndicat National de l’Édition Phonographique), le recul du marché hexagonal était de 5,6 %. Pourtant, à quelques jours de l’ouverture du MIDEM, Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France, a confié au quotidien Les Echos, que le marché français pourrait retrouver une situation de croissance à partir de 2013. Ce dernier appuie sans doute sa prévision sur la probable augmentation des ventes en ligne en 2012. Mais l’optimisme du défenseur de la loi Hadopi est déjà remis en question. Pour Sophian Fanen, les chiffres avancés par Pascal Nègre sont des approximations, trop souvent calquées sur l’évolution du secteur américain. Sans doute faut-il éviter d’indexer systématiquement le marché français sur celui des États-Unis pour prédire l’avenir de l’industrie. Toujours est-il que 2012 promet d’être une année déterminante pour la reconstruction du marché musical sous le signe de « l’interconnectivité ».
Matthieu Dartiguenave
–
Pour rester informé de l'actualité de Soft Power, des invités des émissions à venir et des publications sur le blog, n'hésitez pas à rejoindre la page Facebook de l'émission.
–
Crédit vignette : Gaudiramone/flickr.com
Thème(s): Information| Amérique| Europe| France| Internet| Multimédia| Entreprise| Musique| CES 2012| Deezer| digital| My Space| numérique| SoundClound




2 commentaires
Il semblerait que vous ayez commis une erreur dans l'émission "Soft Power" du 22.02 en expliquant que Megaupload comporte "une partie" dans laquelle chacun peut placer son contenu personnel. Cette "partie" est en réalité la totalité de Megaupload et Megavideo, ce qui explique que le site, qui ne partage rien mais laisse partager les films, musiques, et autres contenus, de facon légale ou illégale, ait pu opérer aussi longtemps sans problèmes.
Vous devriez aussi (à mon avis) rentrer plus au fond dans le débat sur l'avenir de l' "industrie du disque" (les industries de production culturelles) et leur urgente transformation.
Qui peut reprocher à un adolescent de télécharger un film au format Blu-Ray sur Bittorrent alors que le disque est vendu 45 voire 60€ ? Avec le quasi monopole des Block Busters et nouvelles productions sur les rayons disques des supermarchés, n'est il pas beaucoup plus pratique d'acquérir le fichier désiré en ligne plutot que de patienter trois jours en attendant que la FNAC commande le disque ? (L'initiative de René Chateau est ici digne d'intérêt) N'y a t il pas un discours mensonger de ces industries qui assimilent le Ctrl C Ctrl V à de la contrefacon ou a du vol (ce qui par définition est absurde) ou qui chiffrent des centaines de millions d'euros de "pertes" dues au piratage alors qu'il est connu (regardez les procès) que les plus gros téléchargeurs sont aussi les plus gros collectionneurs de disques et donc les plus gros clients, et que de toute facon leurs disques trop chers ne se vendent plus aux particuliers ?
A l'inverse de votre première phrase "Après 8 ans de crise, le marché commence à revenir à la normale", les évènements qui viennent de se dérouler ces jours-ci semblent pour moi révéler que 2012 sera en effet une année charnière pour l'industrie musicale, pour l'industrie de la culture même et plus généralement pour le monde du web.
Pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant : Une loi très puissante est à l'étude au parlement des USA + Megaupload, premier site de téléchargement (et de piratage), représentant 4% du trafique sur internet vient d'être fermé et ses créateurs arrêtés. D'autres grands représentants d'internet se battent contre ces projets de lois. C'est énorme et c'est confus à la fois. Mais c'est l'avenir du web qui se joue.
Megaupload voulait rentrer dans la "cour des grands" et venait à peine de lancer une campagne promotionnelle digne d'un Apple pour transformer son image jusqu'alors restreint au monde du téléchargement sauvage. De l'autre coté une contre-attaque soutenu par les institutions officielles américaine vient d'être lancée pour détruire la compagnie : censure de la vidéo promotionnelle sur youtube, fermeture du site, arrestation des créateurs.
L'affrontement est d'envergure et ce n'est pas anodin, on ne s'attaque pas seulement à une compagnie peu scrupuleuses, mais aussi à l'essence d'internet : de sa liberté sans contrôle...
Chaque camp essaye de faire valoir son intérêt et utilisera tous les moyens de propagande qu'il pourra. Au centre c'est notre utilisation du web, notre vie privé, notre accès à l'information, à la culture, le droit de s'exprimer, notre capacité à s'associer, à se mobiliser, a partager, à construire qui est en jeu.
C'est aussi les problèmes de la piraterie, les dangers de la circulation de contenu violent ou issue de violence réelles, de la facilitation de comportements mafieux qui se posent et qui doivent être pris au sérieux.
Google qui veut supprimer la notion de vie privé, Facebook qui se l'approprie sans que l'on puisse vraiment réaliser le profit abusif qu'il en tire, Apple qui remplace Microsoft dans le rôle obtus de celui qui détient le Monopôle. Tous ces acteurs nous rendent la vie facile et nous apporte progrès et plaisir, mais à quel prix ? A quelle contre-partie ?
Pour presque rien il nous semble, mais pour eux c'est le pactole et plus ils y goûtent plus ils se l'approprient : le jour viendra où l'on réalisera, mais il sera trop tard.
Quand allons-nous faire valoir notre Copyright sur nos propres vie ? Quand allons-nous recevoir nos "droits d'auteur" sur cette quantité d'informations personnelles que certaines compagnie utilisent à nos dépends pour faire profits ?
Non soyons sérieux, la vie en société n'est pas seulement qu'une question de profits.
Symbole, à mon avis, des défis qui marqueront ce XXIeme siècle, il faut s'en mêler ! et ne pas laisser d'autres (Grandes entreprises, Pouvoir financier, Pouvoir politique mal intentionné) s'en occuper à notre place sans s'assurer qu'ils prendront en compte nos opinions, ou qu'ils agiront dans NOTRE intérêt et non celui de quelques privilégiés.
http://www.dailymotion.com/video/xmx0xn_mega-song-the-megaupload-song_mu...
https://wikimediafoundation.org/wiki/SOPA/Blackoutpage
http://megaupload.com/
http://www.dailymotion.com/video/xnuroi_kim-dotcom-de-megaupload-arrete-...
Votre commentaire