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Après la crise, la guerre commerciale ?
10.11.2008 - 18:20
Bien sûr, l'histoire ne se répète pas - sinon sous la forme de farce, comme disait Marx. Bien sûr, la crise de 2008 ne ressemble que superficiellement à celle des années 30 : le monde ne souffre pas de surproduction. Et les Etats disposent désormais d'outils qui leur permettent d'empêcher la faillite en chaîne des banques. Pourtant, le scénario catastrophe qui fait s'enchaîner implacablement la montée des populismes au chômage de masse et à la ruine des petits épargnants, ce scénario-là nous hante. Avec son issue effrayante : le repli sur soi des blocs économiques derrière des barrières douanières qui redoublent les lignes Siegfried ou Maginot, la montée des tensions internationales, la guerre... C'est le moment de relire « la Grande Transformation » de Karl Polanyi qui replaçait la crise des années 30 et ses suites catastrophiques dans une histoire bien plus ample, celle de la montée et de l'autonomisation du marché auto-régulé. Une histoire qui, celle-là, pourrait bien nous rappeler le moment que nous vivons.
Tout le monde peut voir, en effet, que le sauvetage des banques européennes s'est effectué dans un cadre national et dans des conditions telles que les intérêts légitimes des autres pays membres de l'UE ont été largement ignorés. Tout le monde peut constater qu'au plan américain de soutien à l'industrie automobile (25 milliards de dollars), les Européens viennent de répliquer par un plan similaire pour soutenir les leurs. Tout le monde peut voir des Etats comme l'Allemagne ou l'Italie adopter à la hâte des dispositifs anti-OPA destinés à empêcher les fonds souverains des pays émergents mettre la main sur leurs fleurons industriels nationaux. Le président du Conseil européen, Nicolas Sarkozy, voudrait pousser les Européens à créer leurs propres fonds souverains pour entrer dans cette logique où les intérêts économiques peuvent relayer des stratégies politiques. Le retour des Etats dans l'économie se traduit inévitablement par une renationalisation des économies. La mondialisation, qui a rendu les économies nationales plus dépendantes les unes des autres, a accentué aussi les méfiances réciproques. Le candidat favori des sondages, Barack Obama, a promis aux cols bleus du Parti démocrate une renégociation des Accords ALENA, signés par Bill Clinton en 1993. Jusqu'où peut aller ce raidissement des Etats sur leurs intérêts nationaux ? Karl Polanyi peut-il nous aider à penser le sens de la crise que nous traversons ?
Invité(s) :
Françoise Nicolas, économiste
André Orléan
Valentin Petkantchin
Jean-Louis Laville, sociologue, professeur au CNAM et co-Directeur du laboratoire pour la sociologie économique au CNRS
Thème(s) : Idées

