du lundi au jeudi de 18h20 à 19h
Autour de Daniel Bell et Jean-Claude Michéa -Les contradictions culturelles du capitalisme-En direct et en public du Salon du Livre
17.03.2009 - 18:20
On serait bien en peine de citer un penseur français aussi radical dans sa critique de la société moderne et libérale que Jean-Claude Michéa. Cela tient à plusieurs raisons.
La première, c'est qu'à la différence de nombre de nos contempteurs contemporains du libéralisme, Michéa sait de quoi il parle. Là où la plupart des autres commencent par réduire la philosophie subtile du libéralisme à une caricature commode - une espèce d'anarchie de marché, régie par un darwinisme social sanglant - afin de l'exécuter plus aisément, Michéa prend le temps d'aller lire les textes fondateurs de la théorie qu'il critique. Il prend la philosophie libérale aux mots : oui, elle est bien cette théorie construite par des sociétés traumatisées par les utopies du Bien absolu (religieuses ou idéologiques), qui prétend faire désormais l'économie de tout horizon partagé de sens. Une théorie qui interdit à l'Etat d'imposer une quelconque idée du souverain Bien. Une théorie qui mise sur les mécanismes du droit pour réguler, dans un sens positif, le heurt des intérêts et des désirs individuels. Une théorie qui, misant sur l'économie de marché pour amener le bonheur universel, a une tendance naturelle à bouleverser les équilibres sociaux traditionnels, à transgresser les morales héritées, à refuser les frontières et à s'en prendre à l'idée même de limite. Contre elle, Michéa prône la common decency de son maître à penser, George Orwell.
Car la critique de Michéa vise simultanément les aspects économique et politique, mais aussi culturels du libéralisme. Ce qui le conduit à une satire véhémente du « bougisme » de notre « parti du mouvement » que n'aurait pas renié un Philippe Muray.
La critique culturelle du capitalisme est un genre qui n'a pas beaucoup alimenté la réflexion française, contrairement à l'Allemagne, avec l'Ecole de Francfort, ou aux pays anglo-saxons, où elle est alimentée par Daniel Bell, Christopher Lasch ou Zygmunt Bauman. Nous consacrerons l'émission de mardi prochain à Bauman. Mais tâchons de montrer, aujourd'hui, en quoi l'ouvrage de Daniel Bell, « les contradictions culturelles du capitalisme », écrit il y a plus de trente ans, éclaire la crise que traversent nos sociétés.
Invité(s) :
Alain Touraine
Jean-Philippe Vincent
Jean-Louis Laville, sociologue, professeur au CNAM et co-Directeur du laboratoire pour la sociologie économique au CNRS
Thème(s) : Idées





