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Le cerveau, ce n'est pas 1 million de lignes de code 12

09.05.2014 - 08:45 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Quand on s'intéresse à ce que le monde du numérique dit du corps et de la vie, il y a des chances pour qu'on tombe assez vite sur des prédictions intimidantes : « bientôt, nous serons tous des cyborgs », « en 2045, nous aurons complètement fusionné avec les machines » et. Un des spécialistes de ce genre de déclarations, c’est un type du nom de Ray Kurzweil – dont je vous ai déjà parlé ici. Inventeur assez génial, homme d’affaire avisé, Kurweil est devenu depuis une vingtaine d’années le promoteur d’un courant qu’on appelle le transhumanisme – et qui considère que l’homme fusionnera bientôt avec les machines, donnant ainsi naissance à une posthumanité –, des idées que Kurzweil vend dans le monde entier à coup de livres et de conférences, des idées qu’il vend aussi à des entreprises sur-puissantes : Google l’a engagé pour diriger un programme sur l’apprentissage du langage par les machines. Le problème avec Kurzweil – et beaucoup de tranhumanistes – c’est leur force de conviction qui passe par un discours scientifico-techno-philosophique dont on sent bien qu’il cloche, sans qu’on sache bien où. Or, dernièrement, je suis tombé sur la preuve que Kurzweil racontait n’importe quoi. Ca m’a réjoui et je tiens à partager cette réjouissance avec vous.

Ca concerne un aspect important du tranhsumanisme : la conviction toujours répétée que très bientôt, nous pourrons dupliquer nos cerveaux dans des ordinateurs. Kurzweil pense que ce sera possible en 2020, et d’ailleurs, il a conservé le cerveau de son père décédé dans cette perspective. Et à l’appui de sa thèse, voici le type de discours que Kurzweil peut tenir : “Le design du cerveau est dans le génome. Le génome humain, c’est 3 milliards de paires de bases, soit six milliards de bits, ce qui fait à peu près 800 millions de bits après compression. En éliminant les redondances […], cette information peut être compressée en à peu près 50 millions de bits. Or le cerveau, c’est à peu près la moitié de ça, environ 25 millions de bits, soit un million de lignes de codes ». Et voilà, en une démonstration implacable et intimidante, Kurzweil nous prouve qu’un million de lignes de codes suffiraient à dupliquer le fonctionnement du humain. (Je dis « suffiraient » parce que c’est peu 1 million de lignes de code, à titre de comparaison, Microsoft Office 2013, c’est 45 millions de lignes de code).

Sauf que pour une fois, quelqu’un s’est manifesté pour expliquer que Kurzweil racontait n’importe quoi. Cette personne s’appelle Paul Zacharie  Myers, c’est un biologiste reconnu de l’Université du Minnesota, spécialisé en génétique du développement et il tient un blog du nom de Pharyngula. Et c’est sur son blog que Myers explique très calmement pourquoi Kurzweil raconte n’importe quoi. Voici sa démonstration. La prémisse du raisonnement de Kurzweil, est « Le design du cerveau est dans le génome ». Totalement faux, dit le chercheur. Le design du cerveau n’est pas encodé dans le génome. Ce qui est dans le génome, c’est une collection d’outils moléculaires, c’est la part régulatrice du génome, celle qui rend les cellules sensibles aux interactions avec un environnement complexe. Pendant son développement, le cerveau se déplie grâce à des interactions entre cellules, interactions dont nous ne comprenons aujourd’hui qu’une petite partie. Le résultat final, c’est un cerveau qui est beaucoup plus complexe que la somme des nucléotides qui encodent quelques milliers de protéines. On ne peut pas du tout déduire un cerveau des séquences de protéines de son génome. La manière dont vont s’exprimer ces séquences est dépendante de l’environnement et de l’histoire de quelques centaines de milliards de cellules, interdépendantes les unes des autres. Nous n’avons aucun moyen pour calculer en principe toutes les interactions et fonctions possibles d’une simple protéine avec les dizaines de milliers d’autres qui sont dans la cellule, qui serait la première étape essentielle à l’exécution de l’algorithme improbable de Kurzweil. A l’appui de sa démonstration, le chercheur prend quelques exemples de quelques protéines et on montre à quel point les interactions sont nombreuses, complexes et surtout, encore méconnues.

Ce qui est très intéressant, c’est que Myers tient bien  à préciser qu’il n’est pas hostile à l’idée que le cerveau est une sorte d’ordinateur, et qu’on pourra un jour reproduire artificiellement ses fonctions. Mais, explique-t-il, il ne faut pas pour autant raconter n’importe quoi, comme le fait Kurzweil, et bâtir ses raisonnements sur des prémisses fausses. Et pan dans ta gueule Kurzweil. Si seulement plus de chercheurs pouvaient prendre la peine d’apporter leur savoir pour interroger les discours transhumanistes, ça nous éviterait peut-être d’entendre bien des absurdités et d’assister à une autre marchandisation de la vie humaine, celle qui consiste à vendre du  rêve biotechnologique.

 

Thème(s) : Information| Biologie| Débat| Informatique| Innovation| Internet| Santé| Technique

12 commentaires

Portrait de Anonyme Nicolas Guionnet12.05.2014

Théorème de Guionnet :
(Pardonnez cette poussée de mégalomanie matinale mais il y a trop de caféine dans le café.) je disais donc ... Théorème de Guionnet :
Quand dans un domaine, l'imposture est viable, elle s'installe et prospère.
Or, l'intelligence artificiel est un milieu on ne peut plus accueillant pour l'imposture. Nous avons :
- la vision d'un grand nombre d'applications pratiques donc des crédits à pomper, ... des flots de pognon en réalité ...
- une relative complexité du problème qui fait que les non spécialistes peuvent aisément être abusés,
- l’existence de réalisations prometteuses (reconnaissance vocale, visuelle, etc ...) mais qui sont à la simulation du cerveau ce que l'avion en papier est au vaisseau spatial trans-galactique,
- le fantasme démiurgique de mes contemporain.
Dans le domaine, les imposteurs ont donc un avantage stratégique considérable sur les autres. (Avouez que l'étique est un sacré fardeau pendant une ascension.) Ne nous étonnons pas qu'ils soient célèbres et riches ...

Portrait de Anonyme paull whity09.05.2014

en gros certains scientifiques pensent qu'on peut transférer un cerveau dans une boite de conserve et le faire fonctionner tout pareil que quand il était dans une boite crânienne . juste une question bête : pourquoi mon ordinateur ne rêve pas lorsque je le laisse en veille ?

Portrait de Anonyme virginia09.05.2014

Bonjour, juste une question, peut on avoir le lien sur le blog de Myers où il critique de théorie de Kurzweil? Merci

Portrait de Anonyme Jf Omhover09.05.2014

Il y a bien des chercheurs qui apportent leurs savoirs pour interroger les perspectives de Kurzweil, mais ils le font par les canaux habituels du reviewing par les pairs, ce qui est très desavantageux par rapport à Kurzweil.

McDermott a fait un super article de commentaire sur le concept de Singularité, qui reste une de mes références préférées quand le sujet est abordé avec des étudiants.

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0004370206000877?via=ihub

Portrait de Anonyme telluor09.05.2014

Citation de Kurzweil (2012) :

"The basic unit of the neocortex is a module of neurons, which I estimate at around a hundred. These are woven together into each neocortical column so that each module is not visibly distinct. The pattern of connections and synaptic strengths within each module is relatively stable. It is the connections and synaptic strengths between modules that represent learning.

There are on the order of a quadrillion (10^15) connections in the neocortex, yet only about 25 million bytes of design information in the genome (after lossless compression),so the connections themselves cannot possibly be predetermined genetically".

Portrait de Anonyme telluor09.05.2014

Petit rappel :

1 bit = 1 bit ; 1 byte = 1 octet = 8 bits ...

Portrait de Anonyme telluor09.05.2014

Bonjour !

Monsieur de la Porte, avez-vous LU les ouvrages de Kurzweil, plutôt que de citer un post de 2010 ?!

"How to create a Mind", "The Singularity is near", etc. Je n'ai jamais lu "un million de lignes" ...

Connaissez-vous les puissances de 10 ? Confondez-vous 10^6 et 10^17 ?! Car ce dernier nombre est précisément la complexité évaluée d'un cerveau humain et que vers 2020-2025 (la "singularité"), on suppose que la puissance des calculateurs d'alors permettront d'émuler (on dit "émuler") une configuration neuronale humaine. Surfer c'est bien. Lire (et comprendre), c'est mieux...

Portrait de Anonyme Nicolas Guionnet12.05.2014

Absolument Hadrien !
Dénombrer les neurones ou les connexions n'est somme toute pas grand chose.
Cela fait un sacré bout de temps que l'on sait simuler un réseau neuronal ... C'est sans doute ce qui enflamme les transhumanistes et leur permet de vendre leur camelote.
Le problème est que ces simulations sont extrêmement simplificatrices.
Tenter de simuler un cerveau humain avec un réseau de neurones revient à tenter de simuler un humain en n'intégrant que la mécanique de son squelette.

Portrait de Anonyme Hadrien09.05.2014

Comment évaluez vous la complexité d'un cerveau humain ? Potentiellement tout peut influencer le traitement de l'information : de la longueur des dendrites jusqu'à la composition chimique des axones. Tous les 6 mois on fait de nouvelles découvertes qui viennent relativiser l'étendue de nos connaissances sur ce sujet, comme dernièrement le rôle de la matière blanche. Une fois déterminé ce qui est codant dans le cerveau, est-on sûr de pouvoir faire des mesures assez précises pour faire fonctionner correctement une simulation numérique ?
C'est pas gagné pour 2020.

Portrait de Xavier Xavier09.05.2014

En effet, incise rajoutée dans le feu de la diction, et fautive.

Portrait de Anonyme Marc Verprat09.05.2014

M. Delaporte, Microsoft Office n'est pas un système d'exploitation mais une suite bureautique.
Que penseriez-vous d'un chroniqueur gastronomique qui affirmerait que le Médoc est une marque de bière.
Ca a tendance à faire douter de sa bonne compréhension du sujet et à oblitérer l'ensemble de sa chronique, non ?
Essayez peut-être d'être moins lyrique et plus informatif ?
En vous remerciant

Portrait de ǝɹnʇןnɔ ǝɹnʇןnɔ09.05.2014

Cher Marc Verprat,

Touchez pas à mon X. de la Porte ! Ce cher ange dit : « service d’exploitation » et non pas système …
Vous devvez critiquer la chronique, mais s’il vous plait concentrez-vous sur de vrais arguments. Une petite erreur qui voulait expliciter ne suffit pas à jeter notre beau bébé avec l’eau du bain.

Très cordialement.

ɔnןʇnɹǝ

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