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 Cultures d'islam

Cultures d'islam | 10-11

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Emission  Cultures d'islam

le dimanche de 6h10 à 7h, rediffusion de 22h10 à 23h

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De l’archéologie en Arabie

19.09.2010 - 06:10 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

A l’occasion de l’exposition Routes d’Arabie (Archéologie et histoire du Royaume d’Arabie saoudite) qu’abrite le musée du Louvre au hall Napoléon du 14 juillet au 27 septembre 2010, nous recevons deux des conservateurs qui ont organisé la manifestation, Mmes Béatrice André-Salvini et Carine Juvin et nous avons aussi invité Stéphane Lacroix pour nous éclairer sur le contexte politique de la péninsule Arabique ; car cette exposition porte en elle des considérations idéologiques, dogmatiques, sinon destinales pour le pays en question. Il faut rappeler ici que le Wahhabisme qui est au fondement de l’Etat saoudien ne reconnaît rien hors de l’islam, plus encore d’un islam réduit à l’abstraction unitariste qui annule toute activité humaine procédant du symbolique et de l’imaginaire. Cette exposition touche donc à au moins deux tabous. Le premier est celui qui renvoie l’histoire d’avant l’islam aux vanités de la jâhiliyya, à l’ère de l’ignorance qui fait que les stèles, les sculptures, les pierres dressées montrées dans cette exposition sont assimilées aux produits de l’idôlatrie contre lesquels se dresse le Coran. Cette exposition porte de même atteinte à un autre tabou, celui qui pense que l’Arabie est un lieu du retrait constitué par un monde clos sur lui-même, réduit à la non-histoire de laquelle il a été affranchi par l’avènement de l’islam. Or, les œuvres présentes dans cette exposition disent tout à fait le contraire : depuis l’époque préhistorique la plus reculée, l’Arabie n’a cessé de recevoir les échos des grandes civilisations qui ont éclos à sa périphérie et d’y répondre en adaptant les signes accueillis à son propre génie. C'est ainsi que bien des œuvres  qui jalonnent les siècles montrent sur quatre millénaires combien furent localement actives  les manières venues de Mésopotamie, d’Egypte, de Perse, de Grèce, de Pétra ou de Rome. Ce qui laisse entendre que l’islam est né dans un monde informé par les antériorités mitoyennes qu’elles soient judéo-chrétiennes, byzantines ou persanes. L’épigraphie aussi témoigne de la présence des langues étrangères et de la participation de certains sites arabiques au réseau de circulation par lequel les hommes se mêlent pour échanger leurs marchandises et croiser leurs signes. Et la partie islamique de l’exposition nous montre une belle perspective de stèles funéraires datant du VIIIe au XVe siècle, venant du cimetière d’al-Ma’la près de La Mecque et qui a été détruit par les Wahhabites par souci iconoclaste refusant toute forme de médiation et d’intercession, procédant à l’éradication de tout culte nourri par prestige et le charisme des saints. Cette exposition qui nous montre de très belles œuvres témoigne de la difficile adaptation des Saoudiens à la notion de patrimoine destinée à éclairer à élaborer des références et des figures d’identification qui débordent l’aridité de l’abstraction qu’instaure le dogme de l'Unicité exilant les humains de leur part divine. Nul doute que c’est là le signe de la lente allée vers la modernisation.

 

 

 

De l'archéologie en Arabie © DR

 

 

Bibliographie :


Routes d’Arabie, catalogue, Somogy éd. d’art et Louvre éd., ouvrage collectif sous la direction de Ali Ibrahim al-Ghabban, Béatrice André-salvini, Françoise Demange, Carine Juvin et Marianne Cotty, 624 p., juin 2010


Stéphane Lacroix, Les islamistes saoudiens. Une insurrection manquée, PUF, 2010.   

 

 

 

C'est par le colloque :  Histoires d’Arabie - Cultures et civilisations au royaume d’Arabie saoudite
(samedi 25 septembre -  de 10h à 18h30 - Auditorium du Louvre) que se clôture l’exposition  Routes d'Arabie





Statue Lihyanite, al-’Ulâ,

musée du département d’Archéologie, Université du Roi al Saoud,

inv. 134D2

© 2010 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

 

Stèle funéraire d'Al-Ghaliya, IXe s. ap. J.C.,

basalte,

musée national de Riyad, inv. 497A

© 2010 Musée du Louvre / Thierry Ollivier 

 

Porte de la Ka’ba au nom du Sultan

Murad IV avec sa base, 1635-1636,

argent doré sur âme en bois,

H. 342, L. 182 cm,

musée national de Riyad, inv. 1355

© Saudi Commission for Tourism

& Antiquities

 

Stèle anthropomorphe, IVe mill. av. J.C.,

grés, H. 57, L. 27 cm,

Ha'il-El-Maakir-Qaryat al Kaafa,

musée national de Riyad, inv. 998

© Saudi Commission for Tourism & Antiquities

 

Invité(s) :
Carine Juvin, conservateur, Département des Arts de l’Islam, Musée du Louvre
Béatrice André-Salvini, Directrice du département de l’Orient Ancien, Musée du Louvre
Stéphane Lacroix, politologue, de l' IEP, Paris

Thème(s) : Idées| Archéologie| Exposition| musée du Louvre