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 Cultures d'islam

Cultures d'islam | 10-11

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Emission  Cultures d'islam

le dimanche de 6h10 à 7h, rediffusion de 22h10 à 23h

Ecoutez l'émission 49 minutes

Tunis 1900

12.09.2010 - 06:10


Avec Charles Bilas, architecte et Thomas Bilange, photographe

C’est un retour vers le Tunis colonial pour en reconsidérer la mémoire architecturale qui appartient au patrimoine national. Patrimoine en péril et qu’il convient de réhabiliter avant de procéder à sa préservation et s’il le faut à sa restauration. Les Français, après la signature du traité du Bardo en 1881 instaurant le Protectorat, ont décidé de bâtir une ville nouvelle en voisinage immédiat de la ville historique médiévale. Cette fondation a investi le vaste espace qui va de la Porte de la Mer au lac. Le principe urbanistique choisi fut la rigueur du damier ordonnancé sur l’orthogonale composée par l’axe est-ouest (d’abord dénommée Avenue de la Marine avant d’être baptisée Avenue Jules Ferry appelée depuis l’indépendance – 1956 – Avenue Habib Bourguiba) et l’axe nord-sud (Avenue de Carthage prolongée par l’Avenue de Paris reliant la colline du cimetière historique le Jallâz et la colline du Belvédère, qui accueille le plus grand parc de la ville). Ce terrain était particulièrement marécageux , d’où le rôle des ingénieurs pour sa viabilisation ; il fallait assainir cette terre récupérée sur les limons du lac asséché et consolidé ; c’est l’une des première fois dans le monde que l’usage à échelle industrielle du béton armé fut systématique par le recours au procédé Hennebique consistant à fabriquer en série des piles porteuses, des poutres en T, des dalles, etc. Ce fut là un vaste champ d’expérimentation technologique. Pour ce qui concerne les formes, il faut rappeler que l’élément occidental et européen était déjà historiquement présent dans la cité islamique, laquelle disposait depuis le XVIIe siècle d’une architecture ayant intégré l’idiome européen dans un processus d’hybridation qui mêle à la tradition locale de multiples influences méditerranéennes, notamment hispano-mauresques, ottomanes et siciliennes. Et cette tendance se renforce au XIXe siècle avec le processus d’occidentalisation qu’a connu la ville et le pays à partir d’initiatives locales entamées bien avant le Protectorat, dans le sillage des tanzimat ottomanes. En témoignent les palais du ministre réformateur et occidentaliste Kheireddine ou le palais bâti à la Manouba par Ali  Zarrouk. On peut aussi signaler le palais italianisant construit intra-muros par le magnat de l’export d’origine italienne Gnecco, demeure qui accueillit Garibaldi en 1834. Le patrimoine architectural accumulé par les Français se répartit dans ses premières vagues sur trois vecteurs.

1. L’architecture éclectique prisée au XIXe siècle en Europe est très présente ; ainsi la cathédrale dédiée à Saint Vincent de Paul ressemble-t-elle au Sacré-Cœur de Paris. A ce romano-byzantinisme s’ajoute une touche d’arabisme qui s’épanouira dans la Primatiale Saint Louis commanditée par l’archevêque Charles Lavigerie sur la colline de Byrsa à Carthage ; bâtie en pierre de malte aux tonalités douces ocre rosé, décorée par des artisans venus d’Alep et de Venise, elle répertorie sur ses murs blancs les blasons des 234 familles descendants des nobles croisés compagnons de Saint Louis (mort ici même) ayant souscrit à l’édification du temple.

2. L’orientalisme a été aussi très actif, notamment à travers les monuments administratifs construits sur le boulevard qui ceint la médina dans le quartier de la Kasba ; cette tendance orientaliste investira aussi certaines banques, des lycées et collèges, des hôpitaux ainsi que l’habitat privé (comme la maison de Neila B. bâtie bien plus tard par Victor Valensi à la Marsa). L’amour de l’architecture orientale s’est manifesté dès le commencement avec le transport vers le parc du Belvédère pierre par pierre de la koubba bâtie dans le palais de kheireddine à la Manouba ; ce petit et beau pavillon  a été classée au préalable en 1893 pour être remonté d’après le relevé d’Henri Saladin ; les vitraux et les stucs en furent restaurés par les deux artisans maîtres sculpteurs et verriers Ali Sakka et Mustapha Tordjman.

3. Enfin Tunis regorge de monuments Art Nouveau. La ville  a même eu son Guimard à travers la figure de l’architecte Jean-Emile Resplandy, né à Perpignan en 1866 et installé à Tunis en 1894. On lui doit un vaste ensemble occupant tout un segment urbain à l’angle de l’Avenue de la Marine et de l’Avenue de Carthage, dans ce carrefour cardinal, segment composé du Tunisia Palace, du Palmarium, du Casino et du Théâtre Municipal, le seul de cet ensemble à avoir échappé à la destruction.

Par la suite Tunis a participé à l’aventure internationale de l’Art déco des années 1930 comme en témoigne magistralement le complexe du Colisée bâti en 1932 par Royer et Piollenc. Cet ensemble combine un immeuble de rapport, une salle de cinéma de 1700 places et une galerie marchande.

Nous ajouterons à ces effervescences créatrices le groupe qui a agi à la fin des années 1940 et le long de la décennie qui suit, représenté notamment par Bernard Zehrfuss et Jacques Marmey dont l’option pour la modernité avait le souci d’être respectueuse de la tradition vernaculaire et de l’environnement. Cette tendance sera prolongée par les architectes de l’ère postcoloniale.

 

Bibliographie :

Charles Bilas et Thomas Bilanges, Tunis, l’Orient de la modernité, Editions de l’Eclat, 2010

 

Invité(s) :
Thomas Bilanges, photographe
Charles Bilas , architecte

Thème(s) : Idées| Architecture| Ville| 20e siècle| Tunis