D’ici la mi-juillet, la directrice de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait convoquer une nouvelle réunion d’experts afin d’évaluer une possible levée de l’alerte pandémique H1N1. Décriée comme "l'un des plus grands scandales médicaux" par certains, la gestion de la grippe A H1N1 a mis à mal la réputation de l'instance intergouvernementale. Les questions posées sont multiples. Elles concernent essentiellement le rôle des laboratoires pharmaceutiques, accusés de s'être enrichis grâce à cette crise, et la délicate justification des dépenses engagées par les gouvernements pour les achats de vaccins. Vendredi dernier, le président du comité d'évaluation de l'OMS, chargé d'examiner la gestion du plan de lutte contre la grippe H1N1, a estimé à l'issue de trois jours d'audition qu'il serait difficile de faire la lumière sur le sujet tant les opinions divergeaient. "Certaines des personnes entendues ont soutenu l'OMS, tandis que d'autres ont soulevé des questions très critiques", a-t-il expliqué. Parmi les voix les plus acerbes, se trouve Fiona Godlee, rédactrice en chef de British Médical Journal, l’un des titres les plus prestigieux : dans un de ses éditoriaux, elle a enjoint l’OMS à restaurer sa crédibilité avant qu’une nouvelle épidémie ne se déclare.
L’enquête historique que Gérard Jorland a publiée cette année chez Gallimard sur la naissance de l’hygiénisme permet une nouvelle hypothèse, non pas contradictoire mais complémentaire : en s’érigeant en instance protectrice dictant des recommandations sensées protéger la population mondiale, l’OMS aurait été victime de l’air du temps, de sa culture du risque zéro, de son refus des responsabilités individuelles. Elle aurait fait vivre à nouveau une sensibilité hygiéniste, toujours présente dans nos pratiques.
Alors l’OMS n’est-elle pas, plutôt que coupable de dérive affairiste, un simple reflet des croyances de notre époque ?
Invité(s) :
Gérard Jorland, philosophe et historien des sciences Directeur d'études à l'EHESS Directeur de recherche au CNRS
Rony Brauman, essayiste, professeur à Sciences Po et ancien président de Médecins sans frontières
Jean-Claude Ameisen, médecin et chercheur en immunologie
Thème(s) : Information| Sciences


