La première biographie de Jacques Derrida vient de paraître chez Flammarion sous la plume de Benoît Peeters, ; une biographie classique, précise et passionnante parce que le parcours de Derrida est passionnant, de l’ambiance intellectuelle des années 1960 aux engagements politiques des années 2000. C’est l’occasion pour France Culture de vous proposer d’écouter à nouveau les grands entretiens qu’il a accordé à …… ; c’est tous les soirs de cette semaine à 20h. Et tout à l’heure, dans le Rendez-vous, Laurent Goumarre reviendra sur l’exercice de la biographie : comment écrire la biographie d’un philosophe à fortiori d’une philosophe comme Derrida.
Non moins ambitieux, nous voudrions entamer le débat sur la fécondité de sa pensée dans le monde des idées aujourd’hui. Pour cela s’il le veut bien, on prendra l’ouvrage de B. Peeters par la fin ; on commencera par cette citation qui clôt le livre, citation de Derrida, à la fin de sa vie, dans laquelle il dit éprouver un double sentiment : qu’à la fois, pour le dire « immodestement » (dit-il) on n’a pas commencé à le lire ; mais aussi que tout pourrait s’arrêter là quinze jours ou trois semaines après sa mort. Aujourd’hui, on peut dire qu’évidemment, ça ne s’est pas arrêté là, c’est une certitude, mais sa lecture a-t-elle commencé, où et comment ? La France, l’Université française, a longtemps laissé en marge ce penseur réputé américain pour avoir obtenu là-bas, outre-Atlantique, reconnaissance et influence. Cette situation est-elle dépassée ? Les départements universitaires de philosophie font-ils place aujourd’hui à la pensée de Derrida ? Est-ce à l’intérieur de la discipline qu’il a toujours revendiquée, la philosophie, que Derrida est en France le plus lu ? Il faudra se demander si ses exégètes les plus féconds ne se trouvent pas un peu ailleurs, un peu déplacés, du côté de la théorie littéraire, de la pensée de la technique, chez les queer studies ou même le post-colonial. Et si c’est le cas, il faudra se demander pourquoi la grande tradition philosophique française boude cet héritier qui disait être « infidèle par esprit de fidélité ».
Invité(s) :
Benoît Peeters, critique, essayiste, historien des lettres et des arts graphiques
Jean-Claude Monod, philosophe Chercheur au CNRS et enseigne à l’École normale supérieure
Frédéric Worms, philosophe, directeur du Centre international d'études de la philosophie française contemporaine et professeur à l'université de Lille III
François Noudelmann, philosophe et producteur de l'émission Je l’entends comme je l’aime sur France Culture
Thème(s) : Information| Philosophie





1 commentaire
Merci beaucoup pour cette émission de qualité! Bonne continuation.