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 Du grain à moudre

Du Grain à moudre | 10-11

Syndiquer le contenu par Brice Couturier, Louise Tourret Le site de l'émission
Emission Du Grain à moudre

du lundi au jeudi de 18h20 à 19h

Ecoutez l'émission 40 minutes

En fait-on trop avec les séries télé? 5

14.07.2011 - 18:20 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Débat depuis le studio 167

Invité(s) :
Benoît Lagane, producteur délégué à France Culture
François Jost, spécialiste des médias Directeur de la revue Télévision
Thibaut de Saint-Maurice, philosophe

Thème(s) : Information| Débat

5 commentaires

Portrait de Anonyme David Delagneau18.07.2011

Cela va faire 4 ans que j'écoute (via le podcast) votre émission et je ne m'en lasse pas. Je tiens à vous féliciter d'avoir réussi à faire une émission quasi quotidienne d'une telle qualité.

Portrait de Anonyme Pierre Mounier16.07.2011

Bonjour,

j'ai été assez déçu par cette émission qui s'est enfermée dans un faux et mauvais débat sur la question du conformisme des séries. Le problème vient du fait que les spécificités du genre ont été très peu évoquées dans le débat. Reprocher à Mad Men de ne pas être fidèle à la réalité historique des années 60 me semble à peu près aussi pertinent que de reprocher à Notre Dame de Paris de ne pas être fidèle à la réalité historique du XVe siècle. Mad Men n'est pas une thèse d'histoire, c'est une série ; son objectif n'est pas de reconstituer l'histoire des années 60 mais de proposer une généalogie d'un certain nombre de traits de la société américaine contemporaine qui prendraient racine dans les années 60 (et c'est donc normal que la série soit remplie de ces obsessions très contemporaines). La subversion d'une oeuvre de fiction n'est jamais directement politique (sinon elle serait mauvaise), mais elle se joue à l'intérieur d'un horizon d'attente esthétique qu'elle subvertit ou non. Autrement dit, la subversion politique ou sociale attendue est toujours médiatisée par une subversion esthétique. Difficile de ne pas reconnaître à Mad Men, Lost, Deadwood, The Wire, Rome, Weeds, Breaking Bad, parmi bien d'autres, ce caractère subversif. Chacune d'elle reprend ou bien traite d'un sujet qui n'a jamais été abordé jusque là (ex : Six feet under, autour d'une entreprise de pompes funèbres !), ou bien reprend un genre classique pour en faire un traitement très original. Ce qui est une manière, par l'esthétique, de produire un autre discours sur la société, l'histoire, la culture.

Je précise que, comme beaucoup de mes contemporains, je n'ai pas de télévision chez moi et que je regarde ces séries uniquement en téléchargement. Ce qui invalide fortement la thèse des séries-comme-symptôme-de-l'idéologie-TF1.

Portrait de Anonyme Fred15.07.2011

Mr. Jost et Mr. Couturier sont d'un tel mépris qu'il faudrait les contenir tous deux dans une ignorance silencieuse (et qu'ils parlent de sujets plus "science po").

Avant tout, une critique équivoque, qui repose sur le problème idéologique : "Ah! il y a de l'idéologie dans ces séries!", pensée libérale s'il en est, qui voudrait que les séries soient idéologiquement neutres, tout comme leur public - voeu pieu mais évidemment hostile. Avec, en arrière pensée : "Ma critique, elle, est idéologiquement neutre". Ce que l'on appelle du libéralisme bien compris.

Que la fiction populaire repose sur des ressorts paranoïaques, narcissiques, populistes ou autres, cela reste de la fiction - quand ces Messieurs souhaiteraient (faussement) pour le peuple le luxe de l'Art ou de la Métaphysique. Pourquoi ce mépris (et cette hypocrisie)? Débat bien connu au XIXe siècle : les clercs, les maîtres à penser, les politiques (Sainte Beuve est bien connu pour cela), menacés par les roman-feuilletons, accusent ces derniers d'immoralisme (d'idéologie, de populisme, dirait-on aujourd'hui). Il va sans dire que la préférence du public pour les romans-feuilletons au détriment des universitaires tient du bon sens. Autrement dit, votre émission est le symptôme amusant de la concurrence entre les élites libérales et les séries populistes.

J'ajoute que le fait que des universitaires enthousiastes s'intéressent aux séries participe aussi de ce petit jeu, mais sous le signe du désaveu planqué : faire croire que l'universitaire a encore un rôle dans la compréhension du monde en louant la capacité des fictions télévisées à jouer ce rôle. C'est presque encore plus pervers que l'imposture libérale de Mr Couturier.

Dernière remarque : rien à propos des productions télévisées HBO.

Portrait de Anonyme Nathan14.07.2011

C'était bien de proposer un débat contradictoire sur le sujet, car on peut facilement imaginer un futur proche où le fait critiquer cette intellectualisation idolâtre sera vu comme irréductiblement ringard. Ces productions sont faites pour divertir et détendre, elles le font bien, et les astuces de storytelling font des réalisateurs de ces productions d'habiles artisans, mais de grâce cessons d'en faire des objets fondamentaux, universels, sociologiquement essentiels etc. Elles sont là pour faire de l'audience, en flattant les réflexes, attentes et instincts du télespectateur moyen.
Le débat est louable, donc, mais malheureusement, il ne nous préservera pas de la chronique un peu niaiseuse de Benoît Lagane cet été. Ce qu'il nous a proposé les années précédentes était assez faible, et suffit à me convaincre que ces séries ne sont qu'un art mineur. Pas d'élévation possible, et ce que nous entendrons cet été le prouvera!

Portrait de Anonyme Patrick, Marseille14.07.2011

on sait bien, surtout à France Culture, que le nombre des téléspectateurs qui suivent une série n'a rien à voir sa qualité artistique. J'adore certaines séries que quelqu'un vient de qualifier de séries d'élites et effectivement je ne pourrais même pas rester une minute devant Les Experts. Et concernant les Soprano, pour moi ça à toujours été clair, et pour les gens de mon entourage aussi, The Sopranos est une série sur la famille, la mafia étant un accessoire... Quand à la série (moderne) historique incontestablement c'est Twin Peaks.

Merci pour vos émissions

Patrick