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 Du grain à moudre

Du Grain à moudre | 10-11

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Emission Du Grain à moudre

du lundi au jeudi de 18h20 à 19h

Ecoutez l'émission 40 minutes

Le multiculturalisme est- il mort ? 4

25.10.2010 - 18:20 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

C’est tombé comme un couperet, et c’est venu de la bouche de la chancelière allemande : « L’approche multikulti a échoué, complètement échoué ». C’est avec ces mots qu’Angela Merkel a enterré le week-end dernier ce qui a façonné pendant des années l’idée que nos voisins se faisaient d’un pays moderne ouvert à l’immigration ; le « multikulti », traduction gentille et ironique du concept de « multiculturalisme »,  avait été théorisé par les Verts à la fin des années 1980 comme le droit de chacun à conserver ses traditions religieuses et culturelles. Les débats du milieu des années 2000 sur la LeitKultur, cette culture de référence à laquelle les conservateurs allemands demandaient aux immigrés de se conformer, avait déjà brisé ce consensus. Mais depuis l’été, c’est une polémique enflammée et désinhibée, - inédite dans sa forme comme dans son fond -  qui traverse l’espace public allemand ; depuis deux mois, il ne se passe pas un jour sans un « talk show » où viennent s’affronter conservateurs, progressistes, intellectuels d’origine turque ou travailleurs sociaux sur la question de l’intégration ou de l’immigration.  Au cœur de cette agitation, se trouve un livre, devenu en quelques semaines un énorme best-seller, un livre signé par un ténor du Parti social-démocrate, Thilo Sarrazin, qui prétend que l’immigration fait courir l’Allemagne court à la perte. 

Par ailleurs, les revirements britanniques sur leur modèle multiculturel sont bien connus, les agitations du leader hollandais Geert Wilders visent au premier chef le prétendu refus des migrants à intégrer les us et coutume locales,…par ailleurs,  il est parfois difficile de faire la différence entre un mouvement de xénophobie qui traverse toute l’Europe, celle du Nord comme celle de l’Est, et la remise en cause d’un modèle politique. Echappons-nous aux difficultés et aux questionnements de toute sorte parce que nous avons opté, nous Français, pour un modèle républicain qui prône (en théorie) l’intégration et reste (en théorie) indifférent aux origines des citoyens ?

Invité(s) :
Anne Marie Le Gloannec, spécialiste de l'Allemagne Directrice de recherches au CERI
Julien Landfried, cofondateur et directeur de l'Observatoire du communautarisme
Béatrice Durand, enseignante au Lycée français et à la Freie Universität de Berlin

Thème(s) : Information| Sociologie| multiculturalisme

4 commentaires

Portrait de Anonyme Vu Tien Khang, Luxembourg26.10.2010

Votre émission m'a frappé. Une émission de votre collègue "Sur les docks" concernant la manifestation des chinois de Belleville illustre parfaitement votre discussion.

On se demande, après l'avoir écouté, si le principal moteur du communautarisme n'est pas dans le refus des autorités de prendre leurs responsabilités. Quand l'autorité publique ne fait pas régner l'ordre (qui est son devoir), les gens cherchent par nécessité à se trouver d'autres "protecteurs".

Le multi-culturalisme a sur-valorisé les minorités et laissé se développer des communautés. La police craint d'être mise à l'index et de provoquer des émeutes quand elle arrête des malfaiteurs issus de minorités. Par conséquence, les victimes se replient dans leurs propres communautés. Le reportage sur Belleville était vraiment frappant à ce sujet.

Portrait de Anonyme François Gournay26.10.2010

Je trouve contestable ce que Brice Couturier avance quant à l'impossibilité pour une personne d’origine algérienne de faire sienne une Histoire de France fondée sur des figures mythiques telles que Charles Martel ou Charlemagne. Si un individu choisit de prendre la nationalité française, il choisit d’adhérer à la nation française donc au destin collectif qui fédère le peuple français en prenant appui sur les racines que donnent à ce dernier son Histoire, qu’elle soit mythifiée ou non.

Dire qu’une personne est incapable d’adhérer au roman national à cause de ses origines revient à affirmer que celles-ci constituent une entrave à sa pleine adhésion à la communauté française. Si le roman national aux yeux de l’animateur ne compte pas suffisamment pour légitimer l’exigence assimilationniste qui requiert le sacrifice d’une part d’elle-même à la personne qui change de nationalité, en vertu de quoi les origines extra-françaises devraient-elles importer au point de renoncer à une grande part de l’héritage qu’incombe la prise de la nationalité en France ? J’ai le sentiment qu’il y a dans le point de vue de l’animateur une contradiction entre d’un côté le fait de refuser d’accorder au socle culturel et historique hexagonal une consistence justifiant les renoncements nécessaires à son adhésion de la part de l'immigré et de l’autre la propension à essentialiser les origines d'icelui au point de remettre en question sa capacité à embrasser une nouvelle mémoire collective, une nouvelle filiation historique, un nouvel enracinement civilisationnel et identitaire que devrait logiquement impliquer une naturalisation vis-à-vis de la France comme de n'importe quel autre pays.

Cela sonne comme un aveu quant à l’impossibilité d’intégrer des populations provenant de certains pays spécifiques. Brice Couturier donne raison au discours qui affirme que tous les peuples ne sont pas assimilables avec la même efficacité donc qu’il est légitime de sélectionner les immigrés en fonction de leur provenance, c’est-à-dire de dis-cri-mi-ner.

Portrait de Anonyme Henrietta26.10.2010

Que de contorsions intellectuelles dites donc !

Est-ce si dur que ça de reconnaître que des peuples de cultures différentes, voire antagonistes, ne sont pas miscibles ?

Un sage a dit (son nom m'échappe malheureusement): Quand les peuples sont trop éloignés, c'est la guerre. Mais quand les peuples sont trop proches, c'est la guerre aussi. Il est donc nécessaire de maintenir une stricte séparation, tout en entretenant de bonnes relations.

Après avoir touché à l'un des extrêmes durant les sombres événements du XXème siècle que l'on sait, je crois que nos élites sont en train de toucher au second...

Portrait de Anonyme Ataxerxes25.10.2010

Contrairement aux idées reçues, si la société américaine est multiethnique, elle n’est pas multiculturelle. Le multiculturalisme proposé par l’Union européenne, et ses dérives communautaristes, est aux antipodes de l’uniculturalisme de la société américaine.

Le melting-pot américain n’a fonctionné que parce qu’il proposait un modèle social uniculturel à ses citoyens. L’uniculturalisme américain est en effet fondé sur des valeurs matérielles, incarnant la réussite sociale, et sur des valeurs spirituelles, incarnant l’éthique judéo-chrétienne.

Rien n’empêche l’Europe de suivre ce modèle sociétal. Mais si l’Europe veut intégrer ses nouveaux citoyens comme les USA, elle doit d’urgence reconnaître les fondamentaux culturels des européens et ne pas se contenter de vagues principes onusiens.