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 Du grain à moudre

Du Grain à moudre | 10-11

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Emission Du Grain à moudre

du lundi au jeudi de 18h20 à 19h

Ecoutez l'émission 40 minutes

Les animaux font-ils les frais de l'humanisme? 10

18.01.2011 - 18:20 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Que reste-t-il du « propre de l’homme » si, comme nous l’expliquent les éthologues, les animaux apprennent à communiquer, comme les oisillons, ou le fameux bonobo Kanzi ; s’ils développent des outils et transmettent des savoir-faire acquis, comme les macaques laveurs de pomme de terre découverts par Jane Goodall ou les chimpanzés casseurs de noix du Parc de Taï ; s’ils manifestent un sens de l’humour, comme le pense Dominique Lestel de certains grands singes ; s’ils apprennent à jouer aux jeux vidéos, comme on l’a observé dans plusieurs zoos ; s’ils décorent leur habitat, comme l’oiseau à berceau d’Australie qui peint le sien… et j’en passe. Est-ce le prolongement des discussions en cours sur les responsabilités de l’homme envers son milieu naturel ? Est-ce la passion de l’égalité tocquevillienne qui fait que nous ne supportons plus que les animaux eux-mêmes puissent nous être inférieurs ? Depuis quelques semaines, nous sommes bombardés d’essais, de théories, de revues, sur ce qui est en train de devenir « la question animale ». Il faut dire que l’animal nous pose des questions sur nous-mêmes qui sont terriblement déstabilisantes. Comme elle semble lointaine, l’époque où l’homme, en traçant une frontière entre l’animal et lui-même, pouvait se proclamer maître de l’univers, élu de Dieu… ou de la sélection naturelle ! L’époque où l’humanisme cartésien assignait à l’animal un statut en rien différent de celui de l’automate…

Les rapports entre l’homme et l’animal posent en effet de multiples questions. Juridique : faut-il mettre les animaux et lesquels sous la protection du droit et des juges ? Morale : est-il légitime de produire des animaux de manière industrielle à seul fin de les tuer pour en manger la chair ? Philosophique : pouvons-continuer à prétendre que la capacité à l’abstraction, la raison, nous rendent supérieurs aux autres mammifères, nos cousins ? Sommes-nous des animaux comme les autres ? On voit que l’humanisme traditionnel est en ce moment mis au défi.

Invité(s) :
Jean-Baptiste Lecuit, théologien, chargé de la recherche à la Faculté de Théologie de Lille
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et politologue.
Yves Christen, biologiste
Damien Baldin, historien à l'EHESS, directeur et fondateur de la revue Geste

Thème(s) : Information| Philosophie| Sciences

10 commentaires

Portrait de Anonyme Wilfried22.01.2011

A O. Rigoulot :

Où avez-vous vu que la société avait permis aux humains d'échapper aux lois de la Nature ?

Votre approche de la personne (Ie. les caractéristiques dont vous demandez qu'elles soient prouvées pour les champanzés) montre bien que vous n'attribueriez pas cette qualification à un handicapé mental. Or force est de constater que nous les considérons comme des personnes...

Portrait de Anonyme Wilfried22.01.2011

Bonjour,

belle émission. Trop courte.
Un point négatif cependant : ce n'est pas parce que l'on ne comprend pas une position qu'il est permis de s'en moquer ou de la dénigrer (cf les allusions ou rires en "dessous de table" des animateurs - en cas de doute ré-écoutez l'émission).

Bravo aux quatre intervenants.

Portrait de Anonyme CedricA21.01.2011

La conclusion du commentaire de Bentley "une société qui ne fréquente plus la mort" est tellement vraie que cela à un impact direct sur notre relation aux animaux.

J'ai bien aimé le propos d'un des invité qui dit qu'il ne mange que les animaux qu'il se sent capable de tuer lui même. Dans un billet de blog je raconte les réactions des enfants lorsque j'ai tué un poulpe (pour le manger) : http://www.cedric-augustin.eu/index.php?post/2010/04/25/Poulpe-suicidaire
Si tout le monde assistait au moins une fois à la mort d'un animal qu'il mange, il y aurait peut être plus de respect de l'animal mort pour nous nourrir, plus d'humanité.

Portrait de Anonyme Elisabeth DEGUI21.01.2011

Bravo pour cette emission qui abordait un sujet sensible et difficile, je ne l'ai trouvée ni pleurnicharde, ni seulement tournée vers les élevages industriels, mais abordant le sujet par plusieurs portes toutes intéressantes et servies par des intervenants compétants et de qualité. Evidement une heure c'est un peu court pour faire le tour de la question et pour s'interroger, par exemple sur les abattages hallal, mais ce point n'est qu'un point particulier, et pourquoi opposer toujours les droits de l'homme et les droits de l'animal? Il me semble que l'interrogation essentielle est là, pourquoi ne pouvons nous pas aborder ce sujet avec sérénité?

Portrait de Anonyme Damien19.01.2011

Le propre de l'homme n'est-il pas d'être la seule espèce capable de s'auto-anéantir? ...

Portrait de Anonyme Anonyme18.01.2011

Félicitations ! 3/4 d'heure de pleurnichitude sur les animaux sans une seule allusion à la boucherie "hallal" ! Une performance ...

Portrait de Anonyme Bentley18.01.2011

Encore une émission abordant le problème des élevages industriels, de l'abattage des animaux et de la consommation de viande. Vaste sujet, certes.

En tant qu'éleveur de bovins et ovins viandes, je suis très agacée par l'impression que vous donnez à un public non averti que toute la viande est produite industriellement, que l'abattage est forcément une horrible tuerie, que tous les animaux sont mal traités, que les éleveurs sont des monstres, etc. La viande industrielle dont vous parlez concerne essentiellement les élevages de poulet bas de gamme et de porc.
Je vous invite donc à venir visiter les élevages bovins et ovins de la Nièvre, par exemple, puisque c'est de là que je vous écris, et les abattoirs. Il n'y aura pas de quoi faire tant d'émissions.
Quelques réflexions sur l'abattage:
- J'ai visité un certain nombre d'abattoirs (bovins, ovins, porc) et je n'ai jamais assisté à des scènes "horribles" comme dirait Louise Touret. Les animaux sont assomés de façon extrèmement rapide et efficace pour leur épargner toute souffrance (sauf dans le cas de la viande kascher, il est vrai - autre débat). Certes, voir un animal mourir vous "secoue", mais c'est parce que vous êtes alors confronté à votre propre mort.
- euthanasier un animal domestique en fin de vie est considéré comme un acte de compassion. Seuls les animaux sauvages et les humains n'ont pas ce privilège. La différence entre l'euthanasie et l'abbatage? (du point de vu de l'animal). La différence est au mieux subtile. La vache a l'avantage de ne pas être déjà moitié morte, et le chien qui arrive chez le véto est sans doute autant stressé que la vache qui arrive dans l'abattoir...

Pour conclure, je dirai que personellement, je préfèrerais la fin offerte à une vache de la Nièvre qu'à un vieux à l'hôpital. Mais il est difficile de débattre paisiblement de celà dans une société qui ne fréquente plus la mort...

Portrait de Anonyme O. Rigoulot18.01.2011

Je suis toujours surpris d'entendre ce genre de discours, qui essaient de nous embrouiller sur des mots comme "personne" et "droits". Ils sont d'ailleurs issu de l'idéologie utilitariste anglo-saxonne, qui nie les notions de "société" et de "droits de l'homme" élaborées par les Lumières (Bentham s'esclaffait déjà sur la Déclaration de 1789, et proposait à la Convention, après avoir libéré les esclaves noirs, de libérer les gorilles...)
Rappelons donc que les "droits" au sens de 1789 ne sont pas des droits à notre compassion (ça, c'est le programme social de la droite américaine: le "conservatisme compassionnel", envers les "pauvres" comme envers les chiens errants); que les animaux, par définition, vivent à l'état de nature (où les prédateurs mangent les proies, etc.), et non pas dans l'état de société, avec des membres responsables de leurs actes et organisant entre eux une économie productive, un environnement protégé, etc., leur permettant d'échapper aux lois de la nature. Je n'ai rien contre les chimpanzés, aucune envie de leur faire du mal, ça ne me gêne que tel ou tel les appelle des "personnes" (mot vague), mais en tout cas, quand vous aurez prouvé qu'ils peuvent devenir des "citoyens" autonomes, responsables, circulant dans nos rues, participant à l'économie productive, etc., refaites une émission, ça m'intéressera.

Portrait de Anonyme Laffont18.01.2011

Votre difficulté à tous deux d'entrer dans le débat illustre bien la pesanteur de notre éducation "humaniste", rarement remise en cause.

Merci de votre travail sur France Culture

Portrait de Anonyme C.arla Diratz18.01.2011

la compassion vis à vis des êtres sensibles, l'homme et l'animal donc, est un seul et même type de compassion - cela EST philosophique - il ne s'agit pas d'égalité mais d'équanimité, ceci EST philosophie