Il y a quelques semaines, frappé par l’expulsion des Roms, un collectif de chercheurs faisait l’hypothèse d’un racisme d’Etat à l’œuvre dans l’Hexagone. Nul doute que ces chercheurs auront vu dans la circulaire du cabinet Hortefeux une confirmation de leur thèse. La fameuse circulaire exigeant l’évacuation systématique des campements illicites « en priorité ceux des Roms » peut en effet passer pour la traduction administrative d’une volonté de ciblage ethnique. Pour certains, l’analogie entre cette politique et celle, xénophobe et raciste menée à la fin des années 1930, voire sous Vichy, ne relève plus de l’anachronisme. Non que les expulsions de Roms puissent être comparées à des déportations, mais parce que la désignation comme bouc émissaire d’une fraction de la population déclenche la même infernale mécanique de stigmatisation. C’est bien ce qu’a tenté de dire la commissaire de la Justice et des Droits fondamentaux Viviane Reding.
Ce ne sont que d’absurdes parallèles, répondent d’autres, insistant bien sur le fait que c’est au nom de la sécurité que les Roms sont chassés et non d’une quelconque appartenance ethnique.
La Commission devrait comprendre, lisait-on dans les colonnes du Figaro, qu’en prônant le laxisme, elle fait le lit de la xénophobie qu’elle entend dénoncer… D’autre part, elle oublie que la situation française n’est que le reflet d’un embarras général de tous les pays européens.
Comment analyser cette crise ? S’agit-il de la suite logique et attendue du débat sur l’identité nationale ? Et pourquoi les Roms ? Pourquoi deviennent-ils justement l’objet du discours, le déclencheur de réactions en chaîne, de la pétition Touche pas à ma nation au souhait que le Luxembourg n’ait jamais existé ?
Invité(s) :
Eric Fassin, sociologue, Professeur agrégé à l'ENS
Roger-Pol Droit, philosophe, écrivain et journaliste
Malika Sorel, essayiste Membre du Haut Conseil à l'Intégration (HCI)
Thème(s) : Information| Idées| les Roms




