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Nicolas Herpin, Jean-Baptiste Soufron ©Radio France/Pierre Lepoutre
Ca ne va pas fort depuis le début de la semaine pour les propriétaires de Blackberry. 3 jours sans pouvoir envoyer ni recevoir d’emails sur leur téléphone. La faute à une grosse panne sur « un commutateur de cœur du réseau ». Sur les réseaux sociaux, les adeptes de l’Iphone, le concurrent de BlackBerry, affichent un grand sourire.
Faut-il voir derrière cette défaillance une manœuvre posthume de Steve Jobs ? Après tout, pourquoi pas, tant l’on prête depuis sa mort au fondateur d’Apple des pouvoirs surhumains, pour ne pas dire surnaturels. Steve Jobs : l’Imortel titre même cette semaine les Inrockuptibles.
Les autres titres de presse ne sont d’ailleurs pas en reste, jonglant avec le vocabulaire mystico-religieux. Pour l’Express, Steve Jobs était un « Moïse de noir vêtu » Un « Ipape…à l’origine d’une véritable religion » selon Télérama. Dans Le Monde, en fin de semaine dernière, la génération Macintosh pleurait « son gourou ». Une forme de « béatification » qui fait s’interroger le Nouvel Obs cette semaine autour de « La mystique Jobs ».
Steve Jobs : personnage fascinant, voire inquiétant si l’on en juge par les réactions de ses nombreux adeptes. Passons sur celles des utilisateurs anonymes des produits de la marque, venus transformer les enseignes du groupe en mausolée, posant ici des bougies, là des pommes, ailleurs des messages, pour le remercier d’avoir changé : et leur vie, et le monde.
Mais quand Martine Aubry se fend d’un communiqué pour saluer un « créateur de génie », quand Nicolas Sarkozy salue « l’une des grandes figures de notre temps », quand le président russe Dmitri Medvedev estime sur Twitter que « les gens comme Steve Jobs changent notre monde ». Quand Barack Obama (on arrêtera là la liste) va jusqu’à reprendre le slogan d’Apple pour évoquer la disparition d’un homme « assez courageux pour penser différemment », il y a de quoi être circonspect.
Jobs restera sans doute comme un personnage important de la culture numérique, inventeur de nouvelles formes, au sens propre comme au figuré. Mais ce deuil collectif et mondial a aussi quelque chose d’effrayant. Sommes-nous à ce point dépendant d’Apple qu’il faille se prosterner devant la dépouille de son créateur ?
Faut-il canoniser Steve Jobs ? C’est notre débat du jour.
"Steve Jobs a transformé l'informatique comme Bush a transformé les droits de l'homme." Richard Stallman ©Radio France/Bill Ebbesen
Ecoutez le contrepoint de Julie Gacon. Richard Stallman, dont les propos tenus suite à la disparition de Steve Jobs ont été à l'origine de départs au sein de sa propre association, la Free Software Foundation, s'exprime sur le modèle économique d'Apple, une "prison cool" selon ses termes.
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Invité(s) :
Jean-Baptiste Soufron
Milad Doueihi, philosophe
Nicolas Herpin, sociologue et directeur d'études à l'INSEE
Thème(s) : Idées| Internet| Multimédia| Apple| Steve Jobs








5 commentaires
Je suis un peu surpris du manque de perspective historique de l'emission. Au debut de celle-ci, Hervé Gardette s'étonne de la célébration actuelle de S.Jobs en remarquant que l'on n'en a pas fait autant pour l'inventeur de l'automobile.
C'est partiellement inexact. Joseph Cugnod, inventeur du fardier, préfiguration de l'automobile actuelle est mort pensionné par Napoléon.
Le personnage le plus proche historiquement de Jobs est sans doute Thomas Edison. L'inventeur du phonographe et de l'ampoule électrique a été considéré de son vivant comme l'un des personnages les plus considérables de sa nation. Comme Jobs il a fondé un empire industriel en créant General Electric. Une ville porte son nom, un deuil national a été prononcé à sa mort, il a été couvert d'honneurs par ses comtemporains.
Chaque génération a souhaite incarner une rupture technologique majeure dans une ou plusieurs personnes, considérées comme des magiciens, des gourous. Sans doute, comme pour ses predécesseurs on pourra trouver d'autres personnes ayant jouer un rôle éssentiel dans le développement des technologies informatiques. on pourra même contester le rôle fondamental de Jobs. Mais la célébration actuelle est tout sauf surprenante.
Comme les précédentes grandes ruptures technologiques, la révolution numérique devrait avoir son incarnation, et Jobs n'était pas le plus mal placé pour cela. Cela ne signifie pas que cette révolution n'aurait pas eu lieu sans lui (lévènement le dépasse incontestablement, et d'autres personnes comme Dennis Ritchie, Bill Gates ou d'autres pourraient avoir le même culte. Mais nous ne savons pas communiquer sur la tehcnologie sans l'incarner dans une personnalité emblématique, qu'elle s'appelle, Cugnot, Palissy, Edison, Diesel, enstein ou maintenant Jobs.
Non seulement il n'y a pas lieu de canoniser Steve Jobs, mais il est regrettable de ne pas rendre hommage à Dennis Ritchie, mort le week end dernier. Il est l'un des pères de l’informatique moderne, concepteur du langage C et du système d’exploitation UNIX.
"Décès de Dennis Ritchie, inventeur du langage C et développeur de Unix" :
http://www.siteduzero.com/news-62-42759-p1-deces-de-dennis-ritchie-inven...
"De ce fait il est à l'égal de Gutenberg."
C'est ce genre de raccourcis totalement faux qui fonde la mythologie autour de Steve Jobs. Bientôt, on va pleurer Steve Jobs, l'inventeur d'Internet !
Steve Jobs en tant qu'individu n'était pas forcément quelqu'un de très agréable. Il a souvent été décrit comme particulièrement tyrannique. Pour autant son influence dans la vie quotidienne de millions de personnes dans le monde est elle bien réelle; Que ce soit en regardant son téléphone, allumant son ordinateur ou bien en lisant un livre électronique. L'homme était un grand industriel avec une vision de la société d'information. De ce fait il est à l'égal de Gutenberg. Ces produits ont fait de lui une sorte de rock star, après tout pourquoi pas.