France - Allemagne : les divergences s'expliquent-elles par l'histoire économique des deux pays (inflation, déflation...) ? 1
22.06.2010 - 18:20
Souvenez-vous de l’époque où les économistes pouvaient, comme Michel Albert, opposer au modèle capitaliste dérégulé des Anglo-Saxons, le fameux « modèle rhénan ». Autour de ce modèle alternatif, dont l’idéal était incarné par « l’économie sociale de marché » de la République Fédérale d’Allemagne, convergeaient aussi bien les Néerlandais que les Scandinaves, les Belges que les Français. L’adoption d’une monnaie commune devait d’ailleurs accélérer cette convergence, permettant à l’Europe d’incarner le modèle économique et social le mieux adapté aux défis du XXI° siècle.
Aujourd’hui, il est clair que la monnaie unique n’a pas rapproché les cultures économiques. L’Allemagne mène un front de pays nordiques et d’Europe centrale, qui misent sur leur compétitivité pour réussir au commerce extérieur. La France, comme les pays du Sud de l’Europe, a une croissance largement tirée par la consommation intérieure.
Le chancelier social-démocrate Schröder a réformé l’Etat-providence allemand ; les lois Hartz, entre 2003 et 2005, ont permis de remettre deux millions de chômeurs allemands au travail. L’Allemagne a fortement augmenté sa TVA, de manière à alléger les charges sur ses entreprises. Tel n’a pas été le calcul de la France, qui se plaint à présent que la compétitivité retrouvée de l’Allemagne s’exerce surtout à ses dépends.
Face à la crise mondiale, les deux pays-clefs de l’Union Européenne ont réagi de manière symétrique. La France, par des plans de relance relativement vigoureux, qui ont permis de maintenir un semblant de croissance et l’emploi, mais ont contribué à dégrader encore plus l’état de nos finances publiques. Or, l’Allemagne s’inquiète du creusement des dettes publiques chez ses partenaires européens. La crise grecque lui apparaît comme un avertissement. Elle redoute que l’excès de masse monétaire en circulation, l’obligation où a été mise la BCE de monétiser la dette publique grecque, ne se traduise par un retour de l’inflation.
Les divergences dans le couple ne s’expliquent-elles pas, en dernier recours, par l’histoire de nos deux nations ? Les Allemands demeurent traumatisés par l’hyperinflation de 1923 et par la crise de 1929, par le creusement vertigineux de la dette publique par l’Etat hitlérien à la veille de la Guerre. Nous Français, avons au contraire, une culture de la dévaluation compétitive et nous avons plutôt bien profité des périodes d’inflation. Confronter nos mémoires, c’est expliquer ce qui nous sépare.
Invité(s) :
Marion Gaillard, historienne Spécialiste des relations franco-allemandes et des questions européennes. Maître de conférences à Sciences Po Paris
Anton Brender, economiste chez Dexia Asset Management
Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, en Allemagne.
Thème(s) : Information| Economie| Europe| France-Allemagne





1 commentaire
je suis pour le moins surpris par le ton de cette émission sur l'allemagne.A vous entendre l'allemagne est victime et les autres européens des coupables.Certe les grecs n'ont pas respecter les règles mais en matière de solidarité pour boucher les trous tout le monde doit participer à hauteur de sa richesse (pib) mais faudrait-il qu'il n'y ait que les pauvres qui paient ?
Une chose est clair ,c'est que lorsqu'il a fallu mettre la main à la poche ,l'allemagne a eu une très grosse hésitation ,celà m'amène à penser que la prochaine fois elle ne le fera pas .Donc y a-t-il encore une europe quand la solidarité n'existe plus ?
Donc le comportement récent de l'allemagne est très grave ,peut-ètre est-ce la réponse de l'allemagne au non au référendum français sur la constitution européenne
C'est le temps de la déconvenue sur le projet européen