Inventaire avant élections à Strasbourg : Peut-on être à la fois laïc et pour le Concordat ? 11
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Jean Volff, Francis Messner ©Radio France
Roland Pfefferkorn ©Radio France
Nous sommes le 9 décembre 1905. A Paris, les parlementaires adoptent une loi qui fait basculer la République dans la modernité : c’est la fin du Concordat signé un siècle plus tôt entre la France et le Saint Siège : les Eglises sont séparées de l’Etat. Tout le territoire national entame son apprentissage de la laïcité. Tout…sauf 3 départements : les 2 Alsaciens et la Moselle. Il est vrai qu’à l’époque, ces 3 là ne sont pas français, mais allemands.
Nous sommes à présent en 1919. Le traité de Versailles a été ratifié. L’Alsace redevient française, mais pas laïque pour autant. Le régime du Concordat, qui rend obligatoire l’enseignement religieux à l’école publique, la rémunération des ministres du culte par l’Etat ou encore l’aide des municipalités aux paroisses (et aux synagogues), ce régime là est maintenu.
Un contemporain de la Grande guerre serait sans doute surpris de constater qu’aussi longtemps après (puisque nous sommes passés en 2012), rien n’a vraiment changé en Alsace-Moselle sur ce plan là. Ailleurs, la France laïque. Ici, le Concordat.
Et ça n’est sans doute pas près de changer, si l’on en juge par la très forte adhésion de la population locale à cette particularité : selon un article récent de Témoignage chrétien, 90% des citoyens alsaciens et mosellans se disent attachés au Concordat.
Mais attachés à quoi au juste ? En Alsace Moselle, les lieux de culte ne sont pas beaucoup plus fréquentés qu’ailleurs. L’assiduité aux cours de religion diminue considérablement au fil de la scolarité. Peut-être parce que le Concordat n’est pas une simple affaire de religion, mais bien davantage une question d’identité culturelle. Dès lors, on comprend mieux que certains, à l’instar du maire de Strasbourg, Roland Ries, puissent se revendiquer à la fois comme laïc et pour le Concordat. Cette approche fait-elle débat ?
Et le contrepoint de Julie Gacon.
Le Père Matthieu Rougé et, en peinture, Saint Thomas More, "Patron" des politiques.J Gacon ©Radio France
On l'appelle "l'aumônier de l'Assemblée nationale". Le Père Matthieu Rougé dirige le Spep, le Service pastoral d'études politiques. Dans sa paroisse de la cathédrale Sainte Clothilde, à trois minutes à pied de l'Assemblée nationale dans le VIIe arrondissement de Paris, il reçoit chaque jour des députés et sénateurs, catholiques ou non, venus partager leurs réflexions. Une entorse au principe de la laïcité? Plutôt l'une de ses applications.
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Invité(s) :
Roland Pfefferkorn, professeur de sociologie au Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe (CNRS/Université de Strasbourg)
Francis Messner, juriste
Jean Volff, avocat général honoraire de la Cour de Cassation
Thème(s) : Idées| Archéologie| Débat| Droit| Inventaire avant élections| Société| Laïcité| Religion
Lien(s)
Document(s)
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Dieu et Marianne: philosophie de la laïcité PUF. Collection Fondements de la politique, 2004 -
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11 commentaires
"Je ne fais pas de philosophie, je m'en tiens au droit", déclare un intervenant, qui juge d'autre part la loi de 1905 contraire aux droits de l'homme. "On s'efforce de régler les problèmes par la voie réglementaire, pour éviter les débats au Parlement", dit un autre. Le fait est que le concordat paraît prospérer surtout dans la pénombre, l'équivoque, le débat "philosophique" esquivé. Il faut rappeler, contrairement à ce que prétendait, après bien d'autres, un intervenant, que la laïcité institutionnelle n'est pas une particularité "folklorique" de la France, avec un mot intraduisible dans les autres langues: c'est un des principes cardinaux de la constitution américaine, et aux Etats-Unis il est même rigoureusement interdit de financer les écoles confessionnelles sur fonds publics! Car enfin, quand on adhère aux Lumières, on fait bien la distinction - une distinction DE PRINCIPE - entre l'enseignement et la propagande, et on n'essaie pas de brouiller cette frontière par un discours de floutage bonasse ("Oui, vous savez, le cours de religion, ce n'est plus du catéchisme au sens étroit, c'est une éducation à la religion en général, etc., etc."). On a bien sûr eu droit à l'argument de la culture qui se perd, des jeunes qui ne peuvent plus comprendre les oeuvres du passé, etc. Entre l'argument d'esquive ("Oui, vous savez, ce ne sont plus des prêtres, c'est n'importe qui, des bénévoles, enfin presque") et celui-ci, il faut conclure que des "mères catéchisme" sont plus qualifiées que des professeurs d'histoire diplômés pour faire découvrir aux jeunes la culture du passé. Pour quelle raison? au nom d'une "empathie" avec le passé que garantirait le partage d'une foi? On comprend que l'intervenant veuille éviter d'approfondir les présupposés philosophiques de son propos. D'ailleurs, il nous vient à l'idée que les discours d'esquive, d'arrondissement des angles, par lesquels le cléricalisme communautariste veut se déguiser en laïcité ("Voyez, ces cours de religion, plus de catéchisme, plus de prêtres, on dirait des cours laïques!"), ça ressemble à l'hommage du vice à la vertu. Pas de "philosophie"? non, de la combine, dans la pénombre intellectuelle, pour sauvegarder des privilèges.
pour aller dans le même sens que Agnès Cuzin, quant à l'orthographe de laïc et laïque et à la bourde du sénateur-maire Roland Ries, quoique ex-professeur de lettres, France-Culture aurait dû ajouter un "sic" après "laïc" repris du titre de l'article publié par Monde
Une fois de plus une émission qui honore France-culture.
Choix des intervenants équilibré
Bien des pendules ont été remises à l'heure.
J'étudie le droit des cultes en A-L depuis 20 ANS et je constate que les Alsaciens et les Mosellans sont très ignorants du Concordat.
Quant aux Parisiens et autres Français n'en parlons pas.
Roland PFEFFERKORN , sociologue émient a apporté une contribution majeure sur plusieurs points.Notamment sur l'impôt religieux payé par tous les Français (alors qu'il est facultatif en Allemagne)
Me Jean VOLFF a évoqué par allusion
le traitement très élevé des clerges concordataires.
Qui peut justifier qu'un curé alsacien en zone rurale gagne 2 fois et demi le salaire d'un curé de Seine St Denis en zone sinistrée (950€ / mois)
Le concordat est illégitime, il institue des privilèges abusifs. Il est discriminatoire
Des prêtres de la vallée de la Fench en Moselle ont demandé son abolition.
Le statut scolaire local viole depuis 92 ans la consciences des parents d'élèves d'A-L y compris celle de certains croyants.
Les Alsaciens sont abreuvé de mensonges sur l'école laïque française .
Cessons de l'insulter en parlant de "Vielle France.
Fasse le Ciel que " la vérité vaincra"
Amitiés à tous,
Paul BERGER
Je reprendrai la parole au besoin
Un conseil final
Relisez et méditez Roland Pffferkorn
Je précise, chère Cerise, que mon irregiliosité date d'avant mon addiction à France-Culture et d'après mon catéchisme ;) On peut posséder des "valeurs" disons humanistes sans béquille religieuse.
La religion ne manque a personne assumant sa volonté de penser par soi-même, sans se cacher derrière des idées préconçues pour un autre temps.
France Culture et la religion : simplismes, réductions, militantisme, bref, le commentaire d'Emmanuel, malheureusement très ignorant sur le sujet, montre à quel point ce mépris médiatique formate les esprits.
Je suis frappée par la méconnaissance de la laïcité dont témoigne l'orthographe même du titre de votre émission : un laïc est quelqu'un qui ne fait pas partie du clergé, est laïque quelqu'un qui souscrit au principe de laïcité.
Être laïque ne signifie pas être antireligieux (juste à la rigueur anticlérical !)
Le principe de l'école (laïque) française est d'être la même pour tous, de rassembler TOUS les enfants quelles que soient leurs croyances (celles de leurs parents). L'enseignement du fait religieux est bien sûr indispensable, mais je ne pense pas que des professeurs d'enseignement religieux soient les mieux à même de transmettre une vraie culture religieuse (qui ne s'adresserait qu'aux enfants de parents catholiques pour les uns, aux enfants de parents protestants pour les autres, aux enfants de parents juifs, etc ...).
Dernier détail : le cours de religion peut être dédoublé dès qu'il est suivi par 15 élèves. les professeurs (de langue en particulier) apprécieront !
Le titre que nous avons choisi pour cette émission était directement inspiré de la tribune du maire de Strasbourg, Roland Ries, publiée dans Le Monde le 12 février dernier, et intitulée (et orthographiée ainsi) : "Pourquoi je suis alsacien, laïc et pour le Concordat"
Vous pouvez d'ailleurs la lire ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/02/10/pourquoi-je-suis-alsacien-laic-et-pour-le-concordat_1641684_3232.html
je ne pense pas qu'il soit bon de décrier la religion comme il est fait, j'écoute votre émission et j'ai été obligé de couper car ça me retournait l'estomac. comment peut on avoir comme ligne de vie de vouloir empecher nos jeunes de connaitre la religion? je pense qu'on a fait de gros pas en arrière en france et plutot que de préserver ce qui est bon vous voulez le détruire. les gens n'ont pas besoin d'être pratiquant pour vouloir des religieux soulevait une personne. mais comment peut on vivre avec l'idée d'être français, et vouloir se dire bien aujourd'hui je nie la religion, je ne veux plus de 2000 ans d'histoires, qui nous a formé et qui explique pratiquement tout les conflits. la religion n'est pas sortie d'un chapeau de sorcier et est venue parce que l'homme en avait besoin, il y avait celui qui voulait diriger l'autre, mais il y avait surtout un manque qui a construit notre façon de pensée et qui ne pouvait que s'expliquer par la religion, ce n'est pas le propos ici. bref, on supprime la religion, qu'est ce qui va se passer pour nos jeunes, nous avons eu la religion, donc nous n'avons pas connue ce manque, et bien nos jeunes ne connaissant pas la religion, vont la remplacer. et par quoi? les gourous, la drogue, le sexe?? je pense que si on peut dire à nos jeunes, comme nous le demande le traité des droits de l'homme, vous avez la religion, il y en a une qui dit ça, l'autre ceci, vous avez des personnes formidables au cœur de toutes les religions, comme des personnes très mauvaises, mais vous savez que ça existe et vous avez le choix d'en faire parti et de changer si ça vous va. pourquoi vouloir empêcher nos jeunes d'apprendre et surtout d'avoir le choix?? le plus grand malheur de notre moment c'est sous une idée de protection, choisir pour l'autre et se donner bonne conscience.
hélas nos enfants seront pas des enfants de cœur, mais l'environnement dans lequel ils vont vivre ne va pas leur faire de cadeaux, et la seule solution, c'est de leur expliquer qu'ils ont le choix, bref on peut s'éterniser aussi sur ce sujet
antoine 30 ans
Chers amis de France culture,
Le livre de Jean Baubérot n'est pas aux éditions du CNRS mais à celles de La Découverte.
Bien à vous.
Evidemment les religions monothéistes encouragent un enseignement commun : elles se soutiennent pour continuer d'exister. La foi de nos jours n'a plus aucune justification, c'est un obscurantisme qui n'a donc pas à être encouragé. En tant que "culture religieuse", rien ne justifierait un enseignement à part, il faudrait les englober dans une histoire de la pensée avec les autres religions, l'athéisme, l'agnosticisme, les philosophies, les sciences... ce qui serait par contre vraiment intéressant.
Il faut arrêter de considérer les religions comme positives comme le font généralement par connivence les autres pouvoirs ou autorités soucieuses de brider les individus.
Ce concordat quant à lui n'a plus de sens depuis 1917. Si on peut être laïc et en sa faveur, c'est bien entendu par simple intérêt électoral, pourquoi poser la question ?!