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 Du grain à moudre

Du Grain à moudre│09-10

Syndiquer le contenu par Julie Clarini, Brice Couturier Le site de l'émission
Emission  Du grain à moudre

du lundi au jeudi de 18h20 à 19h

Islam, république, laïcité

20.07.2010 - 18:20

Emission enregistrée depuis la Cour du Musée Fabre à Montpellier de 13h00 à 13h40 et diffusée le soir même.

 

Chacun a intérêt à ce que la cohabitation, sur le sol de l’Europe, entre les populations autochtones et les nouveaux Européens issus des flux de l’immigration soit harmonieuse. L’une des conditions de cette harmonie tient à la réponse à la question : l’islam, religion de la majorité de ces immigrants, est-il compatible avec la modernité ? Est-il compatible avec la République ? Cette question est omniprésente dans le débat public. La réponse que lui apportent les deux auteurs que nous vous proposons aujourd’hui est positive. En effet, l’islam, écrivent-ils, chacun à sa manière, n’est pas une essence invariante, posée une fois pour toutes dans son origine inaltérée. Au contraire, comme toutes les religions, l’islam est une culture réaménagée en permanence par des histoires particulières. Le message d’origine est suffisamment riche pour autoriser les réinterprétations qui accompagnent le changement historique et permettent de l’interpréter. Pour Jean-François Bayart, la forme de l’Etat est déterminante. Il le montre en retraçant la lente métamorphose de l’Empire ottoman en Etat-nation turc, ou en analysant comment le « moment thermidorien » de la République islamiste d’Iran coïncide paradoxalement avec une dissociation progressive de la religion et de l’Etat. Nadine Picodou fait de son côté une archéologie du « moment moderne » qui traverse le monde musulman, confronté au défi de l’Occident, à partir du XIX° siècle jusqu’aux années trente du XX° siècle. Elle montre, en particulier, comment ce processus de modernisation est curieusement impulsé par un mouvement de retour aux sources, aux textes fondateurs. Ce revivalisme religieux permet, en effet, de dissocier la Loi et la morale, et de reconstruire ainsi les liens sociaux à partir d’un répertoire rationalisé de comportements. Il permet « d’objectiver » l’islam, jusque là « simple mode de vie » en matière d’enseignement.

En quoi l’islam politique d’aujourd’hui, tel qu’il s’incarne, par exemple, dans l’AKP au pouvoir en Turquie, la République islamique d’Iran, le Hezbollah libanais ou les partis d’opposition en Egypte ou en Tunisie, est-il ou non l’héritier du « moment moderne » entamé au XIX° siècle ?

Invité(s) :
Nadine Picaudou, historienne Professeur à l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne
Jean François Bayart, directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI)

Thème(s) : Information| Débat| Idées| Laïcité| Islam| République