L’Europe va –t –elle rétrograder en deuxième division ?
15.07.2010 - 18:20
Le symbole est terrible : après la calamiteuse présidence espagnole, c’est le chef d’Etat démissionnaire pour cause de défaite électorale d’un pays au bord de l’éclatement qui a pris, le 1° de ce mois, la présidence de l’Union européenne. Il est vrai que celle-ci ne manque pas de présidents… Entre M. Barroso, qui préside la Commission et M. van Rompuy, un autre Belge, qui assume celle du Conseil, M. Leterne aura peut-être du mal à trouver ses marques… Tout cela serait anecdotique si notre Union européenne continuait à faire envie sur le plan des performances économiques. Or la croissance européenne s’essoufflait déjà avant 2008 ; et notre Union sort exsangue d’une crise dont elle n’est pas responsable. Dans la décennie 1990, la croissance mondiale a été de 3,1 % dans le monde et de seulement 2,2 % dans la zone euro. Dans les années 2000, le décrochage entre l’Europe et le reste du monde s’est aggravé : à peine 1 % chez nous, contre 3,6 % pour la moyenne mondiale. Résultat : selon le prix Nobel d’économie Robert Fogel, l’UE qui représente encore 21 % de la production mondiale devrait voir sa part divisée par quatre en une génération, à 5 % en 2040. Oui, l’Europe, il y a un siècle centre du monde, apparaît aujourd’hui en voie de marginalisation. L’Asie a cessé d’être seulement l’atelier de la planète. Avec ses ingénieurs et ses entrepreneurs, elle est en situation de disputer aux Etats-Unis le leadership en matière d’innovations techniques. De la tablette numérique au cinéma en trois dimensions en passant par les tours de plus de 500 mètres de haut, aucune des grandes innovations des dernières années n’a été made in Europe.
Plus grave encore : les valeurs dont l’Union européenne se veut la promotrice apparaissent aujourd’hui sur la sellette. Les Européens, aime à rappeler Hubert Védrine, s’obstinent à croire que le monde est devenu post-tragique et que le droit international va remplacer la puissance dans le règlement des conflits. Du coup, ils adoptent le profil bas dans l’espoir que tout le monde en fera autant. En vain, car « le monde n’est pas l’Europe », mais « une foire d’empoigne davantage tributaire de la loi de la jungle que de toute autre considération d’ordre moral ». Faut-il se résigner à ce que le football demeure le seul domaine d’excellence de notre Europe vieillissante et frileuse ?
Invité(s) :
Marc Clément, magistrat administratif
Dominique Moïsi, éditorialiste, spécialiste de géopolitique
Sylvain Kahn, professeur agrégé à Sciences Po et chercheur au Centre d'histoire de Sciences Po
Thème(s) : Information| Europe


