Peut-être aurez-vous profité de ce long week end pour aller au musée ? Et bien ce soir nous y invitons dans le Grain à Moudre ; et ce pour parler d’une pratique naguère exceptionnelle dont on peut se demander si elle devient dominante : l'exposition temporaire au cœur de joyaux du patrimoine le plus classique d'oeuvres d'artistes les plus contemporains
Buren au Palais Royal fut la grande première en la matière… avec les polémiques que l’on sait. Au Louvre on a fait dialoguer les siècles avec Jan Fabre, ou pour parler d’aujourd’hui la plasticienne israélienne Michal Rovner. Au château de Versailles dans une atmosphère de scandale ce sont Jeff Koons, Murakami, Xavier Veilhan, aujourd'hui Bernar Venet à qui furent proposé de rivaliser avec les ors de la monarchie et les perspectives du jardin à la française.
A Chambord aussi c'est le peintre Djamel Tatah qui a installé ses toiles au cœur du symbole même de la Renaissance, nous allons l’entendre dans un instant.
Alors comment comprendre ce qui est visiblement beaucoup plus qu’une somme de hasard ? Ces cohabitations inattendues, ces mariages arrangés servent-ils à dépoussiérer le patrimoine quitte à le rendre branché? Le patrimoine est-il considéré comme un cadre privilégié pour les artistes contemporains d'aujourd'hui devenant un support pour les faire connaître du plus grand nombre dans une sorte d’opération gagnant-gagnant ?
L’intérêt artistique est-il à chaque fois un rendez-vous et la formule, en devenant systématique, ne risque-t-elle pas de s'essouffler ? S’essouffler ou plus subtilement de favoriser un type d'art et d'artiste capable de se confronter a l'Histoire et la monumentalité, des formes spectaculaires d'art censé en « mettre plein la vue » ?
Enfin, ces expos événements interrogent la relation art - médias, car au delà de leurs succès critiques et public, elles s'avèrent une formidable machine à faire parler ou un outil marketing puissant. A ce jeu là ce sont les dirigeants les plus habiles à communiquer qui sortiront gagnant d’une sorte de compétition à « l’évenementialité ».
Enfin dans le monde du temps raccourci et accéléré dans une économie de la culture, culture au sens large du terme, où la visite au musée peut aussi devenir une forme de loisir, de divertissement, en concurrence avec d’autres, et qui doit donc pouvoir toujours présenter l’attrait de la nouveauté, les institutions culturelles ne risquent-ils pas de s’engager dans une compétition stérile ?
Invité(s) :
Djamel Tatah par téléphone, artiste Exposé actuellement à Chambord (15 mai - 18 septembre 2011)
Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque de Paris
Paul Ardenne, critique d’art, Commissaire de l’exposition « Ailleurs » à l’espace culturel Louis Vuitton (jusqu’au 10 février 2011)
Jean-Philippe Domecq, ecrivain, Essayiste, Membre du comité de la rédaction d'Esprit
Thème(s) : Information| Débat| Exposition| Patrimoine



4 commentaires
Bonjour
je suis surpris que dans le cadre de votre émission sur "Patrimoine / art contemporain" vous ne parle pas du scandale du musée "Convergence-Coniste" de Lyon.
Bravo à Paul Ardenne, brillant et convainquant. Par contre, j'ai oublié le nom du réactionnaire qui répétait sans cesse le Beau, le Beau, le Beau. Sa mauvaise foi, son arrogance, son discours ampoulé, prétentieux, sectaire et limite hystérique a plombé une émission qui aurait dû être intéressante...
J'écoute votre émission et j'en conclus que les artistes contemporains à la mode produisent des œuvres qui ressemblent à des logos, des marques. Gormley et les gros bonhommes, Murakami et ses mangas 3D, Kapoor et ses ballons... Tiens en allant aux toilettes je me suis rendu compte que je portais un slip à rayures, je regarde l'étiquette sur laquelle je lis : "Daniel BUREN".
Bonjour
je suis surpris que dans le cadre de votre émission vous ne parle pas du scandale du musée Convergence-Coniste de Lyon.