En 1962 René Dumont écrivait L’Afrique noire est mal partie ; dix ans plus tard, Alain Peyrefitte faisait un tabac avec son livre Quand la chine s’éveillera. Presque 40 ans plus tard, la Chine s’est en effet éveillée, mais l’Afrique ne semble pas avoir pris un chemin meilleur. Durablement pauvre, à l’écart de la mondialisation, abonnée à la famine et à la faim, l’Afrique noire fait figure d’éternelle perdante. Les fêtes qui marquent en ce printemps l’anniversaire de la décolonisation ne font que souligner à quel point les « maladies infantiles » que René Dumont avait diagnostiquées continuent de ronger le continent.
Comment dans ces conditions, l’Afrique pourrait-elle s’éveiller ? Nos invités sont prêts pourtant à faire le pari qu’approche la fin de la longue somnolence. 2050, leurs essais s’arrêtent tous deux sur ce futur proche : en 2050, l’Afrique comptera 25% d’habitants de plus que la Chine, peut-être même 2 milliards d’individus, un saut démographique hors du commun. Aveuglés par la puissance asiatique, nous sommes peut-être incapables de voir la grande transformation à l’œuvre sous nos yeux. Pourtant ce jeune continent, ses forces vives et nombreuses, obligeront chacun à revoir son positionnement. L’Europe, notamment, devra en terminer avec son indifférence : ni complaisance, ni compassion, l’Afrique a besoin qu’on sorte des clichés à son égard. Mais s’il est facile d’abandonner la thèse de la malédiction africaine, un peu simpliste, le mystère de la sous-performance africaine reste entier : 31 pays des 35 les plus mal classés selon les indices de développement humain sont africains. Le niveau de vie d’un subsaharien est 3 fois plus faible que celui d’un asiatique, son espérance de vie (47 ans) est de 24 ans inférieure à celle d’un asiatique, de 32 ans inférieure à celle d’un habitant des pays de l’OCDE.
Comment expliquer ce triste palmarès ? Et pourquoi aucune explication n’a abouti sur des résolutions ? Comment croire que l’embellie économique actuelle peut être autre chose qu’un reflet trompeur et éphémère masquant la profondeur du désarroi ?
Invité(s) :
Jean Michel Severino, ancien directeur général de l'Agence Française du Développement
Moussa Konaté, editeur au Mali. Co-directeur du festival Etonnants Voyageurs
Erik Orsenna, economiste et écrivain
Thème(s) : Information| Afrique





