Y a-t-il encore une classe ouvrière pour réindustrialiser la France ? 3
La formule était séduisante. La plupart des journalistes y avait succombé. L’entreprise moderne, celle de demain, serait une entreprise sans usines : c’était la prophétie du patron d’Alcatel au tout début des années 2000.
Serge Tchuruk n’avait pas tort sur un point : la France a bien fermé des usines, mais aussi et surtout perdu des emplois : 750 000 dans l’industrie en 10 ans, sans que ceux-ci soient compensés par des créations massives dans d’autres secteurs.
Jean-Pierre Mercier, Benoit Kermoal et Gwendal Ropars J-C F © Radio France
La désindustrialisation est un fait avéré. La réindustrialisation est devenue, ces derniers mois, un impératif politique. Longtemps considérée comme une force déclinante, l’industrie est à nouveau au cœur de la politique économique du gouvernement. Le rapport que Louis Gallois a remis la semaine dernière au premier ministre s’intitule d’ailleurs : pacte pour la compétitivité de l’industrie française.
Mais il ne suffit pas de défendre et de créer de nouvelles usines pour se sortir d’affaire. Encore faut-il les bras nécessaires pour les faire tourner. Les bras ? : des ouvriers, cette catégorie sociale qu’on croyait quasi moribonde à force de ne plus en entendre parler. Pourtant, ils représentent encore près d’un quart de la population active française.
Les efforts de réindustrialisation vont-ils redonner du souffle et de la visibilité aux ouvriers ? Et d’ailleurs, « y a-t-il encore une classe ouvrière pour réindustrialiser la France ? »
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Invité(s) :
Benoît Kermoal, professeur d’histoire-géographie, doctorant à l'EHESS
Gwendal Ropars, secrétaire national à la communication et aux relations extérieures à la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne)
Henri Eckert, professeur de sociologie à l’Université de Poitiers
Jean-Pierre Mercier, délégué CGT sur le site de PSA Aulnay
Thème(s) : Idées| France| Sociologie| Industrie| Technique| ouvrier






3 commentaires
Quel que soit l’endroit au monde où ils vivent, les hommes ont besoin de manger, de se vêtir, d’avoir un logis, d’élever leurs enfants, etc., et, à ces fins, de travailler à leur réalisation. Sur une île déserte, ils n’auraient pas besoin des industriels pour retrousser leurs manches et survivre, puisque la plupart ne font que ça. Ce faisant, comme ils travaillent aussi à joindre l’agréable à l’utile, ne serait-ce que parce l’intelligence des rapports sociaux les y convie de fait, ils tendent naturellement à ce que cette nécessité soit sinon un plaisir, du moins la chose la moins pénible et la plus rationnelle possible. Bien entendu, tous les travaux ne se valent pas et certains sont plus contraignants que d’autres, mais même ceux-là, s’ils se déroulent dans des conditions acceptables, négociées, établies sur le respect de ceux qui les accomplissent, peuvent être sources de satisfaction.
Quant à savoir si la réindustrialisation de la France ira en ce sens, faut pas pousser mémé dans les orties ! je veux dire : il ne faut pas confondre travail et salariat. Le profit et l’altruisme n’ont jamais gardé les cochons ensemble. En langage clair, réindustrialiser ne veut pas dire donner aux gens la possibilité d’envisager équitablement le nécessaire — on ne donne rien (en tout cas pour rien) —, réindustrialiser veut dire redonner des ailes à compétitivité économique. La compétitivité n’est pas, en tout cas pas dans le sens où l’on voudrait nous le faire accroire, l’affaire de la classe ouvrière. Celle-ci ne vaut qu’à être roulée dans la farine. Au prix de la concurrence de plus en plus âpre, réindustrialiser ça veut dire rouvrir des bagnes industriels qui fassent concurrence à ceux des pays du Tiers-Monde, ça veut dire trimer pour la peau. Vous imaginez si demain l’on découvrait de nouvelles veines de charbon ? Oh, les jeunes, venez mater par ici le beau métier qui vous attend !
Réindustrialiser, maître mot censé mettre le holà au bordel, mais le bordel pour qui ? Pour ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre quand l’heure est à la vente, à foutre à la poubelle quand l’heure est aux fermetures d’usines, ou pour ceux qui envisagent déjà de tirer les marrons du feu ? Bordel pour bordel, je me range à l’avis de Joseph Tournel interpellant les jeunes mineurs du Pas-de-Calais : n’y allez pas ! Barrez-vous ! Privez-vous de Renault, de Peugeot, de Citroën, privez-vous de congés payés aux Baléares, privez-vous de cet organe de propagande des puissances d’argent qu’est la télé, privez-vous de montre, privez-vous de chips au supermarché, privez-vous de tout ce qu’il faut de superflu pour faire ce qu’ils appellent « réalité », mais n’y allez pas, c’est fini, on a compris, ne bradez plus rien ! Sur votre île déserte, prenez le risque d’exister par vous-mêmes et pour vous-mêmes, même si cela vous semble plus dangereux que de vous fier à ce que de toute façon vous savez être des balivernes. Bonimenteurs, maquignons, alchimistes de mes deux, faites votre or avec le plomb de votre mérite distinctif, ça fera de belles cheminées d’usines.
Comment appelle-t-on en rethorique l'art de présenter la conséquence comme la cause?
Mais qui donc a systématiquement détruit notre potentiel industriel : Le 1°avion civil La Caravelle ainsi que le 1° supersonnique Le Concorde que nos braves partenaires €péens se bien gardé d'acheter... A qui nous avons offert sur un plateau la codirection & la coconstruction & avec la technologie à la clef...
Ballade des firmes du temps jadis
Dites-moi où en quel pays
Est Matra la belle française,
Poclain, Huret & Lejaby
Qui furent placés en cimaise
Par les Média sur tous les tons.
Et les fleurons Thomson, Chausson?
Qui beauté fut plus que vendue à l'encan.
Mais où sont passées les bottines Kélian?
Mais où sont passées les firmes d'antan?
A l'écoute de votre émission plusieurs références me sont revenues :
Les temps moderne et plus récemment le documentaire "Putain d'usine (2006)".
On oublie sont que la classe ouvrière est née avec la civilisation...Ce sont des ouvrières qui ont construit les pyramides et La forme même des pyramides d'Egypte montre que déjà les ouvriers avaient tendance à en faire de moins en moins (WILL CUPPY).
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