Jean Genet : Traversées. Troisième émission Genet politique : l’engagement d’un captif amoureux.
Jean Genet : Traversées
Un cycle de trois émissions de fiction
Coordonné par Laurence Courtois
Comment célébrer Genet aujourd’hui, pour ses 100 ans ? Comment parcourir son œuvre, riche et multiforme, et en donner un aperçu qui laisse entendre aussi bien des textes clés, mais fasse aussi place à d’autres œuvres plus confidentielles ? Et comment traiter l’œuvre d’un homme qui s’est toujours senti en dehors, exclu, abandonné : sans l’institutionnaliser ? Qui faisait l’éloge de la trahison, était fasciné par l’illusion et les relations de pouvoir : tout cela, sans le trahir ? Mais peut-être en l’institutionnalisant, s’agit-il de le trahir pour mieux lui rendre hommage et lui reconnaître une place, singulière, parmi les plus grands écrivains du XXe siècle.
La fiction de France Culture propose une traversée de son œuvre, axée sur quelques lignes de force thématiques et qui marque les différentes étapes de sa vie, allant des premiers écrits aux derniers textes, explorant aussi bien la poésie que l’essai en passant par le théâtre et les articles politiques, et avec le regard d’Albert Dichy, directeur littéraire de l’IMEC et spécialiste du fonds Genet pour nous introduire dans cette œuvre à facettes.
Une première émission est consacrée à l’expérience de la prison, de la première écriture dramatique, avec les tous premiers textes écrits par Genet, de la poésie avec le montage proposé par Gauthier Morax Le condamné à mort, Chant d’amour, Marche funèbre ; et du théâtre avec la rediffusion de la pièce Haute Surveillance, enregistré à la RDF en 1948, qui fut donc la toute première création publique de cette œuvre.
Une deuxième émission se penche sur des écrits dramatiques posthumes, composés dans la maturité de l’écrivain de théâtre, dans les années 1950, avec Splendid’s, pièce quasiment cinématographique, qui s’inspire encore du monde des reclus et des marginaux
Enfin, une troisième émission consacrée aux écrits politiques de Jean Genet et à son engagement qui l’occupa les vingt-cinq dernières années de sa vie, auprès des Black Panthers aux Etats-Unis et auprès des Palestiniens : l’Introduction aux Frères de Soledad, qui relate ce qui est devenu l’affaire George Jackson ; Quatre heures à Chatila, un texte politique d’une grande puissance littéraire ; enfin, des extraits du dernier livre de Genet, Un captif amoureux, composés par Albert Dichy et qui proposent comme une synthèse d’une œuvre, d’une vie, d’une quête.
Jean Genet : Traversées. Troisième émission
Genet politique : l’engagement d’un captif amoureux.
12 décembre 2010, 20h - 22h
Réalisation Christine Bernard-Sugy
Le premier article spécifiquement politique de Jean Genet date de 1968 : il est consacré à Daniel Cohn-Bendit. 1968 marque en effet le début de son engagement politique, et la révélation d’appartenir à la société par la révolte. 1968 marque le début des écrits politiques de Jean Genet, qui seront dominés par deux pôles : le mouvement pour la Palestine et le parti des Panthères Noires aux Etats-Unis. Une grande majorité d’articles de l’Ennemi déclaré sont consacrés à l’un ou à l’autre ; et c’est autour de ce double engagement, qui débuta en même temps, au cours de l’année 1970, que nous avons construit cette émission.
L’affaire George Jackson aux Etats-Unis, d’un côté, le passionnera : il lui consacrera le plus grand nombre d’articles. D’un autre côté, la cause des Palestiniens le mobilisera pendant de longues années : il restera d’abord deux ans auprès des feddayin, les combattants armés, sur le bord du Jourdain. Et il y retournera en 1982, se trouvant par hasard à Beyrouth au moment des massacres de Sabra et Chatila. Cet électrochoc le remit à sa table d’écrivain. Après son article « Quatre heures à Chatila », il se remit à écrire ce qui sera son dernier livre, une synthèse de ces deux engagements, mais qui dénoue aussi, dans un ton plus apaisé, la longue quête de sa vie. Un captif amoureux paraîtra quelques mois après sa mort.
« L’espace mesuré entre les mots est plus rempli de réel que ne le sera le temps nécessaire pour les lire. Mais peut-être l’est-il de ce temps compact et réel, serré entre chaque lettre de la langue hébraïque ; et quand j’ai observé que les noirs étaient les caractères sur la feuille blanche de l’Amérique, ce fut une image trop vite advenue, la réalité étant surtout dans ce que je ne saurai jamais précisément, là où se joue le drame amoureux entre deux Américains de couleur différente. La révolution palestinienne m’aurait donc échappé ? Tout à fait. Je crois l’avoir compris quand Leila me conseilla d’aller en Cisjordanie. Je refusai car les territoires occupés n’étaient que du drame vécu seconde par seconde par l’occupé et par l’occupant. Leur réalité était l’imbrication fertile en haine et en amour, dans les vies quotidiennes, semblable à la translucidité, silence haché par des mots et des phrases. »
Un captif amoureux, Gallimard 1986,
- « Introduction aux frères de Soledad ». Extraits lus par André Dussollier.
Article publié dans l’Ennemi déclaré, éditions Gallimard.
- « Quatre heures à Chatila ». Extraits lus par Michel Hermon.
Article publié dans L’Ennemi déclaré, éditions Gallimard
- Un captif amoureux. Extraits choisis par Albert Dichy et lus par André Marcon.
Paru aux éditions Gallimard, disponible en folio.
Equipe de Réalisation : Olivier Dupré, Alison Ascrizzi, Cécile Laffon.
Thème(s) : Création Radiophonique| Littérature


