Guy Verhofstadt, le président du groupe des libéraux et des démocrates se lève de son siège, se tourne vers un autre président, celui d’un pays cette fois, la Hongrie, et lui montre un cahier des doléances: le président de la Commission Européenne, le Secrétaire Géneral du Conseil de l’Europe, la Commission de Venise, l’OSCE, la Banque Centrale Européenne, le FMI, Madame Clinton, etc., etc., personne n’est content des récents développements de la démocratie hongroise. Tout cela s’est passé la semaine dernière, lors de la session plénière du Parlement de l’Union Européen, qui a décidé de tenir un débat sur la situation en Hongrie.
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2 commentaires
Bravo et merci pour ce commentaire,
Je suis heureux de voir que beaucoup de gens controversent sur Internet (seulement, malheureusement...) la pensée unique des médias, ou la diabolisation est maître mot
En France que savons nous de nos dirigeants européens? RIEN
On ne voit que le couple sarko-merkel en "sauveurs" à la télé.
Eveillons les consciences ce qui se passe est scandaleux
Force est de constater que la Hongrie reste un pays encore méconnu : méconnaissance de l’histoire, de la culture et des traditions, c’est-à-dire de ce qui forme la conscience collective d’un citoyen. Beaucoup se permettent, malgré cette méconnaissance et sans avoir lu ni la nouvelle constitution ni le rapport de la Commission de Venise, qui a passé au peigne fin tous les articles avant leur promulgation le 1er janvier 2012, de contribuer au concert d’invectives, qui souvent manquent de décence et de respect, à l’encontre des citoyens d’un pays membre de l’U E.
La première constitution hongroise écrite a été promulguée par le régime communiste en 1949 et est donc considérée comme imposée par une force étrangère et non comme une émanation de la volonté du peuple. Tous les autres ex-pays de l’Est se sont dotés d’une nouvelle constitution au lendemain de la chute du régime soviétique après 1989. Sauf la Hongrie. Sous couvert de consensus national et de transition pacifique, les anciens communistes ont partagé le pouvoir, puis sont revenus sous la bannière du Parti Socialiste hongrois. D’où leur peu d’intérêt à adopter une nouvelle constitution, d’autant plus que le nouveau texte pointe du doigt les crimes contre l’humanité organisés entre 1949 et 1989 par le régime communiste et demande des comptes aux anciens dirigeants ou collaborateurs.
Il est absurde d’affirmer qu’Orban aurait aboli la République. L’article B alinéa 2 stipule: "La Hongrie est une république." D’ailleurs, la Commission de Venise n’a fait aucune remarque sur ce point. Le nouveau nom officiel du pays est "Hongrie". Un pays n’a-t-il pas le droit de choisir son propre nom? Il est compréhensible que les Hongrois aient voulu supprimer toute référence à l’ancienne République populaire de Hongrie leur rappelant un passé douloureux. Les Français n’ont-ils pas une certaine répugnance envers le souvenir de „travail-famille-patrie” alors que chaque terme en soi devrait avoir une résonnance positive?
On a beaucoup reproché à la constitution hongroise de faire référence à Dieu dans son préambule. Dans l’intolérance religieuse ambiante , la réprobation est générale. Une radio (très écoutée) annonçait même qu’Orban invoquait la protection des dieux, comme s’il introduisait un retour au paganisme... Il s’agit tout simplement de confirmer , après toutes les humiliations subies par le passé, le choix de l’hymne officiel de la Hongrie dont le premier vers est : „Que Dieu protège le peuple hongrois!” . L’Eglise a été un centre d’opposition important et l’hymne hongrois résonnait sous les voûtes des églises alors qu’il était remplacé par l’Internationale dans les manisfestations officielles. Mais même la dictature d’après-guerre, si elle a remplacé l’emblème traditionnel du pays par l’étoile rouge, n’a pas osé supprimer officiellement ce premier vers de l’hymne hongrois. Sommes-nous donc encore plus intolérants que les dictateurs soviétiques? Organisons alors une cabale contre l’Angleterre (God save the Queen), la Suisse/hors U.E.(Au nom de Dieu tout puissant), l’Irlande (Au nom de la Très Sainte Trinité) et le serment du Président américain sur la Bible, etc... Quant à la prétendue suppression de la liberté de religion, il suffit de lire la Constitution pour constater qu’il s’agit d’une contre-vérité évidente. Les contestataires parient sur le fait que personne n’ira lire le texte d’origine.
La nationalité hongroise accordée aux minorités séparées de la Hongrie après le Traité de Trianon en 1920 qui a privé le pays des 2/3 de son territoire provoque la panique dans les états européens! Conscience politique mal à l’aise! Deux poids, deux mesures pour les minorités etniques. L’ Espagne p.ex. considère que la nationalité est un droit fondamental et inaliénable: (Article 11: „Nul Espagnol d’origine ne peut être privé de sa nationalité. ...dans ces pays [ibéro-américains] , même s’ils ne reconnaissent pas à leurs citoyens un droit réciproque, les Espagnols peuvent obtenir la naturalisation sans perdre leur nationalité d’origine”)
Quant au mariage homosexuel, il a été reconnu par seulement 7 pays de l’U.E. sur 27. La Hongrie ne se distingue donc pas particulièrement dans ce domaine et les experts de la Commission de Venise admettent que les lois peuvent évoluer en fonction des mentalités. Définir le mariage comme l’union entre un homme et une femme n’a donc rien d’ exceptionnel. Quelle est par ex. la définition du mariage dans le Code Civil français? « Le mariage est l'institution par laquelle un homme et une femme s'unissent pour vivre en commun et fonder une famille. »
Autre pomme de discorde : La constitution prévoit la protection du foetus dès sa création et interdirait de facto l’avortement. Il suffit de lire le texte pour voir qu’il est faux d’affirmer que le droit à l’avortement est remis en cause. Dans un pays où le taux de fécondité est très bas, il semble normal de se préoccuper de la natalité et de la protection de la femme enceinte. La possibilité d’avorter ne doit pas remplacer la contraception, qui reste un acte trop traumatisant pour les femmes pour ne pas essayer de l’enrayer par la prévention.
Tous ces reproches font-ils donc du premier ministre hongrois un „dictateur”? Soyons un peu plus modestes et acceptons que notre vision de la société et du monde peuvent ne pas être partagés par toutes les nations et que les Hongrois ont le droit inaliénable (ou qui devrait l’être) de décider selon quelles valeurs ils veulent organiser leur société, tant que ces valeurs ne constituent pas une atteinte directe au respect de la personne. Et surtout, laissons leur le droit d’accéder à la maturité démocratique en leur pardonnant quelques fautes (il y en a, bien sûr) car 60 ans de privation de démocratie ne se récupèrent pas du jour au lendemain.