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La Fabrique de l'humain | 06-07

Syndiquer le contenu par Philippe Petit Le site de l'émission

le jeudi de 21h à 22h

L'avenir appartient-il au sexe féminin ?

05.07.2007 - 21:00

L'idée selon laquelle il existe un continuum entre l'animal et l'homme n'est pas de celle qui surprend le biologiste. Elle n'est pourtant pas dénuée d'une certaine équivocité. Une chose en effet est de chercher à comprendre les sociètés animales, une autre est de réduire la sociabilité humaine à la sociabilité animale. Si cette idée se retrouve au principe du succés remporté par les sciences du comportement et en particulier de l'éthologie, ce n'est donc pas tout à fait un hasard. L'éthologie décrit l'animal mais explique l'homme. Car en faisant parler les bêtes, c'est à dire en en parlant comme si elles étaient des hommes, scientifiques et journalistes ne font pas que répéter le geste d'Esope, le précurseur de La Fontaine, ils le prolongent parfois par des considérations culturelles qui outrepassent leur domaine et fonction. Comment ne pas projeter nos passions sur le monde animal ? Comment ne pas projeter nos préjugés? « Le projet d'écrire, et donc de couvrir de phrases le mutisme écrasant des bêtes, ne laisse pas d'être inquiétant », souligne la philosophe Elisabeth de Fontenay. Cette mise en garde est juste, mais elle doit être nuancée. Car si les bêtes se taisent, leur image, voire leur apparition, ne laissent pas de nous impressionner. « C'est chez les animaux que la séduction prend la forme la plus pure, dans le sens que la parade séductrice semble chez eux comme gravée dans l'instinct, comme immédiatisée dans des comportements réflexes et des parures naturelles. Mais elle ne cesse pas pour autant d'être parfaitement rituelle. Ce qui caractérise l'animal comme l'être le moins naturel du monde, c'est que c'est chez lui que l'artifice, que l'effet de mascarade et de parure est le plus naïf. C'est au coeur de ce paradoxe, là où s'abolit la distinction de la nature et de la culture dans le concept de parure, que joue l'analogie entre féminité et animalité », écrivait Jean Baudrillard dans son livre « De la séduction » (1979). Que se cache-t-il derrière cette scandaleuse analogie? Car si dans la nature ce sont surtout les mâles qui sombrent dans la séduction, la biologie évolutive peut-elle nous éclairer sur l'avenir de la différenciation sexuelle et la fin de la domination masculine? Autrement dit, de quelle manière le futur sera-t-il féminin ?

Invité(s) :
Olivier Postel Vinay, directeur de la rédaction et de la publication du magazine Books
Thierry Lodé, professeur d'écologie évolutive à l'université d'Angers

Thème(s) : Idées