Jean-Pierre Jouyet
29.08.2010 - 11:00
Vous êtes né le 13 février 1954 à Montreuil-sous-Bois. Votre père, notaire, gaulliste, engagé dans la politique comme maire et conseiller général de l’Eure vous a transmis un goût de la chose publique qui vous a mené à Sciences-Po puis à l’Ena, dont vous êtes sorti en 1980 avec vos camarades de la célèbre promotion Voltaire qui fut l’héroïne d’un téléfilm et où vous côtoyâtes Dominique de Villepin, Ségolène Royal, François Hollande, Frédérique Bredin, Henri de Castries, et je n’oublie ni l’actuel président de la RATP, ni notre ambassadeur près du Saint Siège, ni notre représentant permanent aux Nations Unies, ni le préfet qui dirige le cabinet d’Eric Besson. J’ai nommé ces personnes ou ces fonctions parce que vous êtes souvent décrit comme un homme dont les réseaux sont exceptionnels. Vous sortez de l’ENA dans un rang qui vous permet d’intégrer l’Inspection des Finances, grand corps dont vous deviendrez plus tard le chef et que vous réformerez, ouvrirez et moderniserez. Mais, revenons à 1988 : vous êtes directeur de cabinet d’un rocardien venu de la société civile, Roger Fauroux, ministre de l’industrie dans le gouvernement de Michel Rocard et ancien PDG de Saint Gobain. En 1991 vous vous tournez vers l’Europe en devenant directeur adjoint puis directeur de cabinet de Jacques Delors, Président de la Commission européenne. Après une expérience dans le privé, comme avocat spécialiste en droit de la concurrence, vous revenez en 1997 dans les allées du pouvoir comme directeur adjoint d’un cabinet où vous retrouvez cinq de vos camarades de promotion, le cabinet du Premier ministre Lionel Jospin. Vous le quittez en 2000, date à laquelle vous êtes nommé directeur du Trésor. Au retour de la droite aux affaires en 2002, vous conservez ce poste et travaillez avec deux locataires successifs de Bercy, Francis Mer puis Nicolas Sarkozy. En 2007, après avoir signé pendant la campagne présidentielle l’appel des Gracques, qui préconisait une alliance PS-UDF, vous « franchissez le Rubicon » - ce sont vos mots – en devenant secrétaire d’Etat aux affaires européennes dans le gouvernement Fillon. Vous quittez ce poste au terme de la Présidence française de l’Union européenne, en décembre 2008, date depuis laquelle vous êtes Président de l’Autorité des marchés financiers (AMF).
Nous essaierons de vous interroger sur vous-même (vous avez déclaré que vous n’étiez pas un socialiste intellectuel, mais que vous étiez entré en politique par amitié » et aussi que vous étiez économiquement proche de DSK et affectivement de François Hollande, de vous interroger sur l’Inspection des Finances et son utilité à vos yeux, sur l’Europe, mais d’abord, sur la question du rôle, du pouvoir et des moyens de cette Autorité surnommée « le gendarme de la bourse » que vous présidez.
Le projet de loi de régulation bancaire et financière, qui reprend entre autres les engagements pris en avril 2008 par les membres du G20 pour éviter une nouvelle crise, a été validé au mois de juin par l’Assemblée nationale et passera devant le Sénat au mois de septembre prochain. Ce projet de loi prévoit un accroissement important des prérogatives de l’AMF, avec entre autres la possibilité de punir plus sévèrement les délits d'initié et de manipulations des cours, d’interdire les ventes à découvert « à nu », ou encore, en attendant la création d’une Autorité européenne, de superviser les agences de notation. Ma première question sera simple : l’AMF est-elle équipée pour assumer ces nouveaux pouvoirs et l’exposition accrue qu’ils engendrent ?
Invité(s) :
Max Gallo
Jean-Louis Bourlanges
Thierry Pech, directeur adjoint de la rédaction d'Alternatives Economiques
Thème(s) : Information| Economie


