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L'Esprit Public

L'Esprit Public│09-10

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Emission L'Esprit Public

le dimanche de 11h à midi

Jean Daniel

01.08.2010 - 11:00

Vous êtes né en 1920 à Blida, en Algérie dernier d’une famille nombreuse; votre père, d’abord ouvrier, s’était, comme on disait à l’époque « fait lui-même ». Dans votre formation personnelle et intellectuelle, les écrivains ont compté beaucoup : Gide, Benda, Nizan, Giono, et tous ceux que publiait la revue « Vendredi ». Les revues, durables ou moins durables, ont toujours eu pour vous une importance certaine, et d’ailleurs, en 1947, après avoir participé aux combats de la Libération dans la 2ème DB et brièvement goûté aux maigres charmes de la vie d’un cabinet ministériel, celui du Président Gouin, vous avez fondé la revue Caliban, sous le parrainage d’Albert Camus. Vous la dirigez jusqu’en 1952, puis vous entrez en journalisme. Vous serez durant plusieurs années à L’Express un reporter très actif, vous couvrirez le conflit algérien, vous dénoncerez les brutalités de la répression et vous défendrez l'idée d'une négociation avec le FLN. Vous y dénoncez la pratique de la torture par l’armée française, avant de soutenir la politique du général De Gaulle. Vous quittez L’Express en 1964 et fondez la même année en compagnie de Claude Perdriel Le Nouvel Observateur, dont vous devenez le directeur et l’éditorialiste. Dans votre premier éditorial, le 19 novembre 1964, vous écriviez « si la gauche se cherche, notre simple ambition est de l’aider à se trouver : en favorisant les débats, en ne refusant aucune analyse et aucune information gênantes pour nos principes, en restituant les anciens problèmes dans le contexte moderne. C'est ainsi que nous pouvons le mieux, pensons-nous, réconcilier la gauche avec elle- même, et lui donner les véritables armes de l'action».

         Parmi les thèmes qui ont jalonné votre réflexion, on trouve donc la gauche, l’Algérie, le conflit israélo-palestinien, le journalisme et l’engagement intellectuel. C’est sur tous ces sujets que nous aimerions vous interroger, Jean Daniel.

         De la gauche, vous écriviez en 1979 dans L’ère des ruptures qu’elle « est une patrie : on en est ou en n’en est pas » diffère-t-elle de la gauche d’aujourd’hui ? « Je n'ai jamais eu le tempérament d'un militant » déclariez-vous au Monde en 1995. Votre rapport à la politique a-t-il changé ? Dans votre ouvrage La blessure (1992), vous affirmiez «à l'autre bout du monde, je refusais que de jeunes musulmans puissent être éduqués dans la haine des juifs, du fait de l'oppression subie par les Palestiniens», et en 1995 vous remarquiez « qu'il peut y avoir un intégrisme juif dont le danger serait aussi grand que l'islam radical s'il s'accompagnait de prosélytisme. » Quelle vision avez-vous aujourd’hui du conflit israélo-palestinien?

         Enfin, je souhaiterais connaître votre point de vue sur l’évolution du journalisme et des intellectuels. Dans le Journal du dimanche, Pierre Nora déclarait il y a deux mois « s’il y a bien deux choses qui ont caractérisé les intellectuels, c’est la lâcheté et l’aveuglement. La courtisanerie a été un des traits constitutifs de la catégorie intellectuelle. Seuls les grands intellectuels s’en distinguent, comme Rousseau et Voltaire se distinguaient des plumitifs de leur époque ». Il ajoute « il existait autrefois une organisation du paysage intellectuel, avec des groupes, des causes et des anti-causes, des saillances, à l’intérieur d’une réactivité forte à la tradition dont les penseurs étaient issus. On est aujourd’hui dans sa bulle. La sociabilité intellectuelle a disparu » Que pensez-vous des intellectuels de ce début de siècle ?

Invité(s) :
Max Gallo
Jean-Louis Bourlanges

Thème(s) : Information| Presse Ecrite