L’affaire Woerth-Bettencourt
04.07.2010 - 11:00
L’affaire Woerth-Bettencourt
Le 16 juin dernier, le site Médiapart et l'hebdomadaire Le Point ont publié des enregistrements pirates réalisés entre avril 2009 et mai 2010, de conversations entre Liliane Bettencourt, héritière du groupe L’Oréal, et le gestionnaire de sa fortune, Patrice de Maistre. Ces enregistrements évoquent des opérations destinées à échapper au Fisc et des liens entre Liliane Bettencourt, le Ministre du travail Eric Woerth et sa femme Florence, employée par la société Clymène, gestionnaire de la fortune de l’héritière. Eric Woerth, anciennement Ministre du budget de mai 2007 à mars 2010, est soupçonné d’avoir fermé les yeux sur la situation fiscale de Mme Bettencourt, voire même de l’avoir protégée. Le Ministre du travail a dénoncé dès le lendemain des « allégations dénuées de fondement» et a affirmé dans une interview au Journal du Dimanche : « je ne connais pas les finances de Mme Bettencourt, je n'ai aucune information sur une quelconque évasion fiscale ».
Le 25 juin, le procureur de Nanterre Philippe Courroye, a affirmé avoir informé le fisc, en janvier 2009, d’une présomption de fraude à l’encontre de Mme Bettencourt alors qu’Eric Woerth était Ministre du budget et avait lancé un plan de lutte contre l’évasion fiscale. Le même magistrat avait requis un non-lieu dans l’affaire opposant la fille de Liliane Bettencourt à François-Marie Banier, bénéficiaire de la part de la milliardaire d’environ 1 milliard d’euros de dons en 10 ans, certains de ces dons portant sur des biens ou des sommes non déclarées au fisc. Eric Woerth a reconnu dimanche qu’il avait été informé d’un contrôle fiscal de Mr Banier. Néanmoins, dans un entretien accordé mardi au Figaro, le directeur général des finances publiques, Philippe Parini, a déclaré que les informations transmises par le procureur de Nanterre ne faisaient pas mention de Liliane Bettencourt, et a démenti toute intervention d’Eric Woerth à l’époque.
Le député socialiste Arnaud Montebourg a affirmé le 19 juin : « nous sommes là dans le conflit d'intérêt, qui s'il était avéré, serait pénalement répréhensible », et a demandé la démission d’Eric Woerth. Ségolène Royale, a qualifié mardi le « système sarkozyste » de « corrompu ». Elle a été approuvée par martine Aubry. Les députés du PS ont requis la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur l’affaire, requête déclarée recevable par le président UMP de l’Assemblée Bernard Accoyer.
Parallèlement, Eric Woerth, qui est trésorier de l’UMP depuis 2003, a été critiqué à propos du cumul de cette fonction avec ses postes de ministre. L’ex-premier ministre Alain Juppé a estimé lundi que Mr. Woerth « devrait choisir » l’une de ses fonctions. De leur côté, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont multiplié les déclarations de soutien au Ministre du Travail. Le Premier ministre a dénoncé mardi « une opération de déstabilisation caractérisée ». Le chef de l’Etat a parlé, lui, de « manœuvre politique » contre la réforme des retraites.
Selon un sondage CSA publié dans le Parisien jeudi, 42% des Français souhaiteraient qu’ Eric Woerth conserve son poste de ministre, tandis que 37% seraient favorables à une démission (21% ne se prononcent pas). Nicolas Sarkozy aurait annoncé au cours d’une réunion avec des parlementaires un remaniement ministériel pour le mois d’octobre.
Invité(s) :
Max Gallo
Jean-Louis Bourlanges
Denis Olivennes
Thème(s) : Information| Société| Justice


