L'ESPRIT PUBLIC - Michèle TRIBALAT - L'immigration en France
25.07.2010 - 11:00
Michèle Tribalat – L’immigration en France
La France métropolitaine comptait 5 millions d’immigrés en 2006, soit 8,2 % de la population. Selon l’INSEE, l'immigré est une personne née étrangère, dans un pays étranger, mais qui vit en France. Après son entrée en France, il peut soit devenir français, soit rester étranger, suivant les possibilités offertes par le Code de la nationalité française. Ainsi, pour l’INSEE, tout étranger n'est pas nécessairement un immigré et tout immigré n’est pas forcément un étranger. Dans sa dernière grande étude de 2005, l’INSEE recense 2 millions d’ « immigrés de nationalité française » (soit 40 % du total des immigrés) et 2,9 millions d’« immigrés étrangers ». Entre 1982 et 2006, l’immigration a augmenté de 25% en France, et cette augmentation s’est essentiellement produite a partir de 1999. Malgré une augmentation de 37 % de l’immigration d’Europe de l’Est (hors UE), la part de l’Europe parmi les immigrés a diminué, passant de 57 % en 1975 à 40 % en 2005.
Le point d'équilibre entre immigrés hommes et femmes a été atteint en 2000, grâce au regroupement familial qui a succédé à l'immigration de travail, essentiellement masculine, fortement régulée à partir de 1974. L'étude de l'Insee relève qu’entre 1982 et 2005, « le niveau de formation des immigrants a fortement progressé ». Les immigrés détenant un diplôme de l’enseignement supérieur sont quatre fois plus nombreux. En 2005, près d'un immigré sur quatre (24 %) est diplômé du supérieur, un niveau comparable à celui des non-immigrés (29 %).
Michèle Tribalat, vous êtes démographe, spécialiste des flux migratoires et directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Vous avez publié en mars dernier un ouvrage intitulé Les Yeux grands fermés (Denoël), dans lequel vous vous insurgez contre l’ « antiracisme idéologique » français qui, selon vous, ostracise quiconque met en doute l’idée que l’immigration est bénéfique. En mai 2009, un rapport du Conseil d'analyse économique sur l'impact économique de l'immigration a été remis au Ministre de l’immigration, Eric Besson. Vous avez affirmé dans un entretien à L’Express que ce rapport « mettait en évidence la faiblesse de l'argument économique pour justifier l'immigration ». Vous expliquez son absence de médiatisation par le fait qu’une telle vérité est « trop dérangeante ».
Vous avez été membre du Haut Conseil à l'intégration, dont vous avez démissionné en 2000 à cause d’un désaccord concernant les méthodes de calcul de l’immigration. Dans Les Yeux grands fermés, vous déplorez les disparités de méthodes des différents organismes chargés de mesurer l’immigration. Vous dénoncez « l'insuffisance de l'appareil statistique français pour étudier l'immigration et les populations d'origine étrangère ». Vous contestez également le recours au solde migratoire (bilan des entrées et sorties d'étrangers et de Français) que vous qualifiez de « trompeur », car seules les entrées d’étrangers sont connues. Un règlement européen de 2007 a obligé les organismes nationaux à adopter la même définition de ce qu’est un immigré afin d’harmoniser les statistiques les flux migratoires. Il définit l’immigré dans l’UE comme la personne physique qui y établit sa résidence habituelle pour une période atteignant ou supposée atteindre au moins 12 mois. Michèle Tribalat, quelles sont selon vous les lacunes de l’appareil statistique français, et en quoi la définition communautaire de l’immigrant peut-elle aider à combler ces lacunes ?
Invité(s) :
Max Gallo
Jean-Louis Bourlanges
Michèle Tribalat, démographe Directrice de recherche à l'INED
Thème(s) : Information| Géopolitique


