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Agriculture mondiale : un désastre annoncé / Revue Tiers Monde

15.10.2012 - 06:35 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

 

André Neveu : Agriculture mondiale : un désastre annoncé (Autrement) / Revue Tiers Monde N° 211 Dossier Les évolutions récentes des cours des matières premières agricoles (Armand Colin)

 

 

 

 

André Neveu : Agriculture mondiale : un désastre annoncé (Autrement)

 

 

L’auteur est ingénieur agronome et économiste et il s’inquiète des conséquences d’une évolution à bas bruit, récente mais rapide, celle qui amène aujourd’hui les détenteurs mondiaux du grand capital à investir dans la terre agricole, dépossédant les petits propriétaires, détruisant les cultures vivrières en axant la production sur la monoculture, bouleversant les écosystèmes et la biodiversité et pour finir, épuisant et polluant la terre par une production et des traitements intensifs. S’ajoute à cela la montée en puissance des agrocarburants, dont la culture occupe des surfaces de plus en plus importantes, et qui sont produits à partir de canne à sucre au Brésil, d’huile de palme en Malaisie, de colza en Europe ou de maïs aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, 40% de la production de maïs est consacrée à la production d’éthanol, ce qui contribue par ailleurs à l’augmentation des cours de cette céréale, dont le pays est le premier producteur et exportateur mondial. Votre invitée, Sylvie Brunel, est certainement sensible à la question, elle qui vient de publier une Géographie amoureuse du maïs. Et rien de moins amoureux que cette invasion du capitalisme dans les terres nourricières de pays souverains.

 

La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, dont vous allez examiner la 39e session du Comité de la sécurité alimentaire mondiale à Rome, la FAO estime que pour satisfaire les besoins de la population mondiale en 2050 la production agricole devrait augmenter de 70%. Or la croissance des surfaces des terres cultivées est lente. Avec un total de 1530 millions d’hectares en 2008, l’augmentation annuelle n’est que d’environ 4 millions d’hectares, soit 0,26%. Car si 12 millions d’hectares sont nouvellement mis en culture chaque année, 3 disparaissent par ailleurs à cause de l’urbanisation et 5 sont abandonnés en raison de l’érosion ou de la désertification. Et l’accroissement de la production est surtout fonction de l’augmentation des rendements, qui tend à se tasser. Pour le blé, par exemple, on est passé de 2% d’augmentation par an à un peu plus de 1% ces dernières années. L’auteur pointe également la fragilité du système qui s’instaure et qui repose sur le maintien d’une rentabilité élevée des capitaux investis. Que cette conjoncture favorable s’éloigne, et avec elle les perspectives de profit, et ceux-ci iront ailleurs, d’autant que les contrats de location des terres sont souvent de courte durée. L’auteur cite le cas de l’Espagne, qui a employé massivement des travailleurs étrangers sous-payés, logés dans des conditions indignes, pour exploiter ses grandes « latifundias » de 1000 hectares en Andalousie et qui se trouve aujourd’hui supplantée par le Maroc, lequel offre des conditions encore plus favorables aux investisseurs. Les plaines côtières espagnoles, gravement polluées par des années de traitements intensifs semblent désormais promises à la friche.

 

Dans les grands massifs forestiers équatoriaux, en Amazonie, Amérique centrale ou dans le Sud-Est asiatique, les opérations débutent généralement par une exploitation massive du bois, qui assure un excellent apport financier initial. Puis, comme au Brésil, des pâturages sont créés, qui cèdent bientôt la place aux cultures de maïs et de soja. Dans le Sud-Est asiatique, ces défrichements ouvrent d’immenses plantations de palmiers à huile pour approvisionner le marché chinois ou produire des agrocarburants. Dans ces conditions, on peut prévoir la disparition rapide de la plus grande partie de ces forêts, de même que celle des mangroves, ces espaces de végétation tropicale des bords des océans où se reproduisent de nombreuses espèces de poissons. Dans les pays du Sud-Est asiatique mais aussi en Equateur, c’est par centaine de milliers d’hectares qu’elles sont détruites pour faire place à des bassins d’élevage de crevettes. Outre le fait qu’elle prive les pêcheurs locaux de leur ressource traditionnelle, cette destruction provoque une grave pollution par les déchets déversés dans la mer, une détérioration des nappes phréatiques et la salinisation des sols, qui les rend impropres à toute culture.

 

André Neveu évoque les mesures et ripostes à mettre en œuvre pour protéger les petits et moyens agriculteurs, mais aussi les consommateurs. Lors du sommet organisé par la FAO à Rome en 1996, les altermondialistes avaient mis en avant le concept de « souveraineté alimentaire », en rupture avec les principes libéraux de l’OMC et pour mettre en place des politiques agricoles favorables à l’agriculture familiale et aux consommateurs pauvres qui, si elles ne constituent pas une entrave totale, pourraient être un frein à l’implantation de très grosses unités de production agricole. Il donne l’exemple du microcrédit organisé en pays Dogon, au Mali, qui a permis au paysannat de se maintenir et de se développer. A un niveau régional, il rappelle le modèle abouti que constitue la PAC, la politique agricole commune de l’Union Européenne, qui est une politique de souveraineté alimentaire qui a réussi dans les cinq objectifs qu’elle s’était fixés : l’accroissement de la productivité, un niveau de vie équitable pour la population agricole, la stabilisation des marchés, la sécurité des approvisionnements et enfin des prix raisonnables pour les consommateurs. Des consommateurs qui peuvent également contribuer à assurer une protection à cette agriculture vivrière et qui sont une partie de la solution, comme le montre l’exemple de l’agriculture biologique, qui se développe tant en Europe qu’en Amérique du Nord et qui est associée à une agriculture de proximité. L’auteur cite notamment le réseau des Amap, l’association pour le maintien de l’agriculture paysanne, qui connaissent un succès grandissant et où, par un système d’abonnement, chaque agriculteur livre régulièrement des paniers garnis à ses clients urbains.

 

Jacques Munier

 

 

 

Revue Tiers Monde N° 211 Dossier Les évolutions récentes des cours des matières premières agricoles (Armand Colin)

 

Enjeux de développement et de sécurité alimentaire

Sous la direction d’Elodie Maître d’Hôtel et Vincent Geronimi,

Qui rappellent que la FAO a estimé que le nombre de personnes sous alimentées serait passé de 915 millions à plus d’un milliard dans la vague des hausses de prix alimentaires de 2007-2008…

Sur le court terme, l’évolution des prix agricoles a des effets directs sur les ménages pauvres, en cas d’augmentation par une difficulté accrue à se nourrir et en cas de diminution par une diminution corrélative des revenus des ménages ruraux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thème(s) : Idées| Agriculture| Environnement| alimentation