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L'Essai et la revue du jour | 12-13

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Emission L'Essai et la revue du jour

du lundi au vendredi de 6h35 à 6h42

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La culture de l’égoïsme / Le salon du livre de sciences humaines

23.11.2012 - 06:35 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Christopher Lasch & Cornelius Castoriadis : La culture de l’égoïsme (Climats) / Le salon du livre de sciences humaines

 

 

 

 

Christopher Lasch & Cornelius Castoriadis : La culture de l’égoïsme (Climats)

 

Il s’agit d’un dialogue, animé par le philosophe et homme politique canadien Michael Ignatieff et diffusé sur la chaîne britannique Channel 4 le 27 mars 1986. Le thème – « la critique des effets moraux, psychologiques et anthropologiques qu’induit le développement du capitalisme moderne », comme le résume Jean-Claude Michéa dans sa postface – est de ceux qui ne pouvaient que rassembler les deux critiques de la civilisation capitaliste, qui se connaissaient et s’estimaient par ailleurs réciproquement. A une époque où s’amorçait le déclin de la conscience politique et la dissolution de la notion de bien commun sous l’effet d’un individualisme sans contenu réel, maintenu sous respiration artificielle par l’hédonisme de la consommation, les analyses esquissées au cours de cet échange sont frappantes de clairvoyance au regard de l’évolution ultérieure qui n’a fait que les confirmer.

 

Christopher Lasch relève que l’individualisme en question n’a plus grand chose à voir avec l’idéal d’autonomie qui s’est formé au long des XVIIe et XVIIIe siècles et qu’il s’apparente davantage au repli sur soi, sur ce qu’il a décrit ailleurs  comme le « moi narcissique », « vidé de tout contenu » et qui – je cite – « en est venu à définir ses buts dans la vie dans les termes les plus restrictifs possibles, en termes de survie pure et simple, de survie quotidienne ». Cornelius Castoriadis insiste sur le contexte de cette évolution sociétale : la désagrégation du mouvement ouvrier et du projet révolutionnaire qui lui était lié. Je cite : « Aujourd’hui personne n’ose plus exprimer un projet ambitieux ni même à peu près raisonnable qui aille au-delà du budget ou des prochaines élections. » Et dans son éclairante postface Jean-Claude Michéa prend la mesure de cette dégradation de l’individualisme dans l’égoïsme, qui aboutit de nos jours  à ce « moi minimal », « que son vide intérieur – je cite encore – oblige à s’épuiser psychologiquement dans des tâches de survie quotidienne ». Ici, on peut songer à la perte de sens qu’induit au travail, par exemple, l’injonction paradoxale à l’autonomie personnelle et à l’économie des moyens que prescrit le « nouveau management », ou encore à l’usure de soi engendrée par la flexibilité et la mobilité. Mais les auteurs rapportent ces évolutions à un contexte plus général de disparition de l’espace public et de dissolution du sens commun, d’une histoire et de valeurs partagées, dans un processus de privatisation initié par la dynamique du libéralisme et qui conduit à une forme radicale de déracinement des individus.

 

De ce point de vue, ce n’est pas le monde factice des technologies de la communication de masse qui pourrait se substituer à l’espace public désormais en voie de disparition. Christopher Lasch déplore le manque de « réalité solide » de ce monde virtuel et l’on pense ici à la « société liquide » de Zigmunt Baumann. Ce monde fait d’images fugitives qui tendent de plus en plus  à prendre un « caractère hallucinatoire » et qui sont conçues pour « faire appel à nos fantasmes », participe du mouvement général – expansion du marché, consommation, obsolescence programmée – qui aboutit aujourd’hui à une forme de culture dégradée qui s’impose à tous et ignore les frontières du public et du privé. Mais cette société de consommateurs ne fait pas sens, elle consiste juste en une agglomération aléatoire d’individualités sans substance et selon la jolie formule de Michael Ignatieff, « il n’y a personne sur le pont de ces petits navires ». De son côté Castoriadis dénonce la disparition des conflits, dont la dynamique, autant qu’elle est productrice de lien social et de projection dans l’avenir, assure la bonne marche et la santé du corps social, au lieu de cette errance immobile dans un monde d’objets toujours plus sophistiqués mais qui se résume en fin de compte à un « accroissement du rien ».

 

D’où le recours de beaucoup d’entre nous à des identités d’emprunt, qui conjuguées à la tendance générale au repli sur soi débouche sur les communautarismes de tout acabit. C’est là sans doute l’aspect le plus prophétique de ces réflexions croisées. La désagrégation du tissu social, la crise du sens commun et des valeurs partagées entraîne une profonde crise d’identité qui trouve sa compensation dans la reconstruction d’appartenances fermées sur elles-mêmes. Christopher Lasch observe que la politique devient de plus en plus une question de « groupes d’intérêts » et il prend l’exemple de la lutte des Noirs aux Etats-Unis. Dans les années 50 et 60, le mouvement pour les droits civiques en appelait à des valeurs universelles de justice, d’égalité, d’antiracisme qui pouvaient être partagées par tous. Mais le Black Power, qui accusait Martin Luther King d’être un bourgeois réactionnaire, et qui stigmatisait le racisme comme s’il était un phénomène réservé aux blancs a ramené les revendications dans l’orbite communautaire, allant jusqu’à annexer l’histoire et considérer que personne d’autre ne pouvait la comprendre à sa place. De même pour les néo-féministes ainsi que « la tendance croissante à recourir à la victimisation comme seul critère de justice susceptible d’être retenu ». Castoriadis rappelle une loi athénienne qui stipulait que lorsque la délibération à l’Assemblée pouvait déboucher sur une guerre avec une cité voisine, les habitants de la zone frontalière étaient exclus du vote.

 

Jacques Munier

 

 

 

 

Aux Editions du Sandre

Cornelius Castoriadis

ÉCRITS POLITIQUES 1945-1997, I et II

La Question du mouvement ouvrier

 

 

Édition préparée par Enrique Escobar, Myrto Gondicas et Pascal Vernay

 

TOME I :

 

I. L’EXPÉRIENCE DU MOUVEMENT OUVRIER, 1

¬ Sartre, le stalinisme et les ouvriers (1953)

¬ Réponse au camarade Pannekoek (1954)

¬ Postface à la « Réponse » et documents (1953, 1974)

¬ Les grèves sauvages de l'industrie automobile américaine (1956)

¬ Les grèves des dockers anglais (1956)

¬ Les ouvriers face à la bureaucratie (1956)

¬ Les grèves de l'automation en Angleterre (1956)

¬ Bilan, perspectives, tâches (1957)

¬ Comment lutter ? (1958)

 

II. LA SITUATION FRANÇAISE

 

¬ Mendès France : velléités d’indépendance et tentatives de rafistolage (1954)

¬ Les élections françaises (1956)

¬ La situation française (1957)

¬ Perspectives de la crise française (1958)

¬ Tract du 27 mai 1958 (1958)

¬ Crise du gaullisme et crise de la « gauche » (1961)

 

ANNEXES

¬ La situation française et la politique du PCI (1947)
¬ Phénoménologie de la conscience prolétarienne (1948)
¬ Le parti révolutionnaire (1949)
¬ La direction prolétarienne (1952)
¬ Postface au « Parti révolutionnaire » et à « La direction prolétarienne » (1949, 1952, 1974)

TOME II :

I. LE CONTENU DU SOCIALISME

¬ Sur le contenu du socialisme, I (1955)
¬ Sur le contenu du socialisme, II (1957)
¬ Ce que signifie le socialisme (1961)
Annexe
¬ Sur le programme socialiste (1952)

II. L’EXPÉRIENCE DU MOUVEMENT OUVRIER, 2

¬ Sur le contenu du socialisme, III : la lutte des ouvriers contre l'organisation de l'entreprise capitaliste (1958)
¬ Bilan (1958)
¬ Note sur Lukacs et Rosa Luxembourg (1958)
¬ Prolétariat et organisation, I (1959)
¬ Prolétariat et organisation, II (1959)
¬ Ce qui est important (1959)
¬ Les classes sociales et M. Touraine (1959)
¬ Les élections anglaises (1959)
¬ La signification des grèves belges (1961)

III. LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE SOUS LE CAPITALISME MODERNE

¬ Le mouvement révolutionnaire sous le capitalisme moderne (1959-1961, 1965, 1974)
¬ Appendices à la première édition anglaise (1965)
¬ Introduction à l’édition anglaise de 1974

 

 

 

 

Chez François Bourin

Collection Washington square

 

Christopher Lasch

Un refuge dans ce monde impitoyable La famille assiégée

 

 

Pourquoi la vie de famille est-elle devenue si difficile, le mariage si fragile, les relations entre parents et enfants si hostiles et acrimonieuses ? Inquiet devant la désagrégation de la cellule familiale, Christopher Lasch l’est tout autant face à l’essor des politiques publiques censées y apporter remède. L’histoire moderne de la famille est celle de l’emprise croissante de ces « médecins au chevet de la société », travailleurs sociaux, psychologues, spécialistes du développement de l’enfant et autres conseillers conjugaux venus s’immiscer dans l’éducation des enfants et la vie de couple. Christopher Lasch fustige ici avec une ironie cinglante l’idée que la famille puisse encore constituer un refuge : l’inviolabilité du foyer est une imposture dans une société fondée sur la marchandisation généralisée et les médias de masse.

L’étude de la famille moderne offre ainsi une formidable illustration de la perte d’autonomie du sujet, dont les traits de caractère – infantilisme, peur panique de la solitude, coupure avec le passé, absence de vie intérieure – semblent plus compatibles avec les régimes totalitaires qu’avec la démocratie.

Présentation de l’éditeur

 

 

 

Le Salon du livre de sciences humaines

Espace d’animation des Blancs-Manteaux

48 rue Vieille du Temple

75004 Paris

 

 

VENDREDI 23 novembre

 

14h : Ouverture au public

 

Formation des bibliothécaires et des libraires (EHESS-Enssib), ouverte au public

 

 14h30-16h : Roger Chartier, De l’oral à l’écrit, [séance plénière/Rencontre, espace Frantz Fanon]

 

 16h30-18h : Atelier 1 – Les archives ont-elles une voix ? [atelier, salle Lucien Jerphagnon]

 

 16h30-18h : Atelier 2 – La mémoire des savoirs [atelier, salle Jacqueline de Romilly]

 

Animations générales

 

 16h30-17h30 : Comprendre le monde contemporain avec la Documentation française [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 17h45-18h15 : Une radio à lire : France Culture Papiers [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 18h30-19h : Véronique Grandpierre, Histoire de la Mésopotamie, Éd. Gallimard [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

- 19h : Inauguration officielle

 

 19h-19h30 : Aurélie Helmlinger et les Steel Bands de Trinidad et Tobago [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 20h-21h30 : La diffusion des savoirs passe-t-elle par la radio ? [débat d’idées, espace Frantz Fanon]

 

SAMEDI 24 novembre

 

 11h-13h : Éditer les sciences humaines aujourd’hui au Québec, [rencontre interprofessionnelle, espace Frantz Fanon]

 

 14h-14h30 : Le Prix de l’écrit social, [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 14h30-15h : La veille éditoriale des Clionautes, [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 14h30-16h : Fin de l’euro, fin de l’Europe ? [débat d’idées, salle Lucien Jerphagnon]

 

 14h30-16h : Actualité de Michel Foucault [débat d’idées, salle Jacqueline de Romilly]

 

 15h-16h : Myriam Revault d’Allonnes et Tzvetan Todorov, Haines de la démocratie, [Rencontre, espace Frantz Fanon]

 

 16h-16h45 : Josepha Laroche, Les Prix Nobel. Sociologie d’une élite transnationale [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 16h30-18h : Où vont les classes moyennes ?, [débat d’idées, salle Lucien Jerphagnon]

 

 16h30-18h : Tous artistes ? [Rencontre, salle Jacqueline de Romilly]

 

 17h-18h : Jeanne Favret-Saada : Les jugements de blasphème et les États démocratiques, [Rencontre, espace Frantz Fanon]

 

 18h30-19h30 : Jean-François Lyotard, philosophe de l’art contemporain, [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

DIMANCHE 25 novembre

 

 11h-13h : L’Open Access est-il une chance pour l’édition ? [rencontre interprofessionnelle, espace Frantz Fanon]

 

 14h30-15h15 : Paris, métropoles en miroir. Stratégies urbaines en Ile-de-France [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 14h30-16h : L’invention de la France [débat d’idées, salle Jacqueline de Romilly]

 

 14h30-16h : Retour sur l’histoire coloniale [débat d’idées, salle Lucien Jerphagnon]

 

 15h15-15h45 : Jean-François Chevrier, à propos de L’Hallucination artistique [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 16h-16h45 : L’édition indépendante critique : engagements politiques et intellectuels [carte blanche, espace Frantz Fanon]

 

 16h30-18h : Faire des sciences sociales. Critiquer, comparer, généraliser. [débat d’idées, salle Lucien Jerphagnon]

 

 16h30-18h : L’action publique dans la crise [débat d’idées, salle Jacqueline de Romilly]

 

 17h-18h : Dialogue entre Florence Burgat et Éric Baratay : La condition animale : un autre point de vue sur nos sociétés et leur histoire, [Rencontre, espace Frantz Fanon]

 

 18h30-20h : « Penser global ». Sciences sociales et mondialisation [débat d’idées, espace Frantz Fanon]

 

20h : Fin du 6e Salon du livre de sciences humaines

 

 

Thème(s) : Idées| Histoire| Philosophie| Société| individualisme| sciences humaines| Cornelius Castoriadis