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La société du spectacle face à la révolution numérique / Revue Réseaux

13.03.2014 - 06:38 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Clément Sénéchal : Médias contre médias. La société du spectacle face à la révolution numérique (Les Prairies ordinaires) / Revue Réseaux N°182 Le sujet et l’action à l’ère numérique (La Découverte)

 

 

Avec les nouveaux médias et les possibilités qu’ils offrent d’une diffusion réticulaire, horizontale et interactive de l’information et des interventions citoyennes, la critique de la société du spectacle reprend du service. Clément Sénéchal fut pendant la dernière campagne présidentielle le community manager de Jean-Luc Mélenchon, c’est-à-dire, comme le préconise la Commission générale de terminologie et de néologie – en accord avec l’Académie française – son « animateur de communauté en ligne », bref le spécialiste des réseaux sociaux dans l’équipe – j’allais dire le staff – de com’ du candidat. Après avoir décrit – je cite « comment s’organise la circulation du pouvoir politique dans les divers appareils médiatiques qui concourent pour la définition légitime de la réalité », il s’emploie dans ce livre à « analyser le potentiel démocratique inscrit dans les usages d’internet et des réseaux sociaux ». L’un des labels d’authenticité qu’il délivre aux interventions des bloggeurs et autres usagers des tweet, c’est d’assumer leurs couleurs. Dont acte, pour ce qui concerne l’auteur de cet essai. Nous savons sans ambiguïté « d’où il parle », comme on dit.

 

Ce qui n’enlève rien à la pertinence de ses analyses, concernant notamment la différence entre le caractère « vertical » des mass media et « l’horizontalité interactive » des usages sociaux d’internet. Dans les premiers – je cite « le récepteur est toujours absent de l’expérience discursive, qui se constitue sans lui et ne se tourne pas spécialement vers lui mais vise, au hasard, dans la foule où il se trouve », en le privant des « moyens de s’immiscer dans l’aire d’énonciation », comme dans l’expression symbolique du pouvoir que recèle le discours. La communication étant « l’électricité du politique », la « mitraille désagréable » qui ouvre une brèche dans l’hégémonie du discours médiatique en provenance des réseaux interactifs et « horizontaux » du Web 2.0 est grosse de potentialités critiques voire, pour l’auteur, révolutionnaires. L’actualité récente en fournit de nombreux exemples, que ce soit du côté des printemps arabes, des médias citoyens qui relaient les manifestations altermondialistes ou des menées solitaires du soldat Bradley Manning qui diffuse sur la toile les images d’une caméra embarquée sur un hélicoptère Apache mitraillant à Bagdad un groupe de civils – un geste courageux qui lui a valu 35 ans de prison pour « espionnage », ou encore de l’audace pionnière des « lanceurs d’alerte » comme Edward Snowden, dont on peut désormais douter de la liberté de manœuvre depuis qu’il a bénéficié de « l’asile politique » dans la Russie de Poutine.

 

Mais contrairement à l’intention affichée, le livre de Clément Sénéchal peine à dépasser le stade où s’est cantonnée jusqu’à présent l’analyse critique du web interactif, celui de l’opposition entre les grandes compagnies de l’industrie du numérique et les hackers, soit entre Mark Zuckerberg et Julian Assange, et pour le dire avec ses mots, entre « capitaliste du troisième type » et « activiste nouvelle génération ». Même si l’on peut y lire aussi la dénonciation réjouissante de la vaste entreprise de « siphonage » des données personnelles à destination de la publicité ciblée, en quoi ce capitalisme sans complexes a trouvé son modèle économique sur la base d’un mensonge concernant la gratuité autoproclamée du net. À ce sujet la référence au récit que le bloggeur Cory Doctorow a consacré à Google est bien « incontournable ». Arrêté dans un aéroport américain, sans être coupable de rien d’autre que d’avoir été classé sur une liste de suspects potentiels par un logiciel informatique, un homme voit avec angoisse le policier fouiller son ordinateur. « Vous êtes en train de regarder dans mes recherches internet et mes mails ? » demande-t-il. Réponse goguenarde du policier : « Monsieur, calmez-vous, je ne suis pas en train de regarder dans vos recherches. Ce serait inconstitutionnel. Nous regardons uniquement les publicités qui s’affichent quand vous lisez vos mails ou effectuez vos recherches. »

 

Jacques Munier

 

 

 

Revue Réseaux N°182 Dossier Le sujet et l’action à l’ère numérique (La Découverte)

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_sujet_et_l_action_a_l_ere_numerique-9782707177599.html

 

Dossier coordonné par Franck Cochoy et Christian Licoppe

 

Les effets d’internet sur l’engagement et l’action

Le sujet qu’on a vu dispersé, aliéné et en manque de vraie présence dans les méandres des réseaux sociaux, les auteurs le disent au contraire engagé, témoignant d’un autre rapport au monde, « exploratoire plutôt que planifié », développant une économie de l’attention qui repose sur l’usage croissant de prothèses cognitives –GPS, assistant personnel etc. et dans une tension entre logiques de « présence » et d’interaction

 

Au sommaire :

Formes de la présence et circulations de l'expérience. De Jean-Jacques Rousseau au "Quantified Self", par Christian Licoppe

Au coeur de l'activité, au plus près de la présence, par Albert Piette
Mort de l'acteur, vie des clusters ? Leçons d'une pratique sociale très ordinaire, par Franck Cochoy et Cédric Calvignac

Travail sur soi et engagements multiples : le cas de salariés engagés dans une pratique ludique ou bénévole, par Alexandra Bidet et Manuel Boutet

L'exploration comme modalité d'ouverture attentionnelle. Design et régulation d'un jeu freemium, par Nicolas Auray et Bruno Vétel

 

 

Thème(s) : Idées| Internet| Médias| Politique