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La Chronique de Brice Couturier

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Le Chronique de Brice Couturier

du lundi au vendredi de 8h16 à 8h19

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Claude Hagège en croisade 4

25.01.2012 - 08:16 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Evoquant la Résistance à l’occupant nazi, vous nous appelez, Claude Hagège, à une nouvelle résistance contre ce que vous appelez « l’entreprise mondialisatrice d’initiative américaine ». A vos yeux, la domination actuelle de l’anglais dans le monde des affaires, de la science et dans les industries de la communication et du divertissement, est le fruit d’un véritable complot.
Vous voyez dans la mondialisation de la culture et de l’économie, un moyen imaginé par les idéologues de la suprématie américaine pour supprimer la diversité afin de mieux écouler, avec ses modes de vie et ses façons de penser, ses productions frelatés.


Les métaphores véhiculées par votre anti-américanisme renvoient à une vision du choc des cultures imprégnée de darwinisme social. Je vous cite : « L’oligarchie politico-économique des Etats-Unis est semblable à une espèce vivante dominatrice et prédatrice… dans la mesure où ces recettes lui ont valu un avantage biologique expansionniste… etc. (p. 137, 138).
Mais j’ai l’impression que cette vision d’un monde où, pour vous citer encore, « l’exportation de l’anglais joue un rôle essentiel dans la diffusion de l’idéologie américaine », (p. 59), date quelque peu.

D’abord, parce que, me semble-t-il, s’il y a bien eu, jusque dans les années 60 en tous cas, avec de De Gaulle, un « message de la France », unique, conforme à nos intérêts de puissance et qui se confondait avec ceux de notre Etat, je me demande comment on pourrait définir cette fameuse « idéologie américaine » dans les Etats-Unis d’aujourd’hui ? Par le paléo-marxisme radical des Noam Chomsky et autres Michael Moore ? Par le populisme anarcho-capitaliste du Tea Party ? Par le réalisme libéral de Barack Obama ? Il n’y a pas, il n’y a plus, depuis la fin de la guerre froide au moins, « d’idéologie américaine », utilisée par l’Etat fédéral à des fins de projection de puissance, telle que vous la décrivez.


Ou plutôt, si, mais elle est minimale : la volonté d’ouverture des nations aux échanges, économiques et culturels. Vous la condamnez, cette ouverture, au nom du droit des Etats à contrôler ce qui circule entre eux. Vous écrivez que « le souci d’abolir les barrières qui filtrent et dissimulent l’information », (selon les mots d’un ex-président du Federal Communications Office, en pleine guerre froide) témoigne d’une volonté perverse – je vous cite – « de récuser la maîtrise que chaque Etat doit légitimement posséder sur toute information qu’il reçoit et envoie, prérogative d’un Etat libre. » (fin de citation) (p. 57).

 

Ainsi, au nom de ce que vous appelez la « souveraineté culturelle », vous vous opposez explicitement à la « libre circulation de l’information », dont vous faites une revendication « libérale » et « américaine ». Or, c’est au nom de ces principes que la Chine tente de contrôler internet et censure les productions culturelles qui lui déplaisent. Approuvez-vous ses dirigeants ?

En outre, la révolution numérique, internet, les réseaux sociaux, les antennes satellitaires rendent l’exercice de cette « souveraineté culturelle » de plus en plus illusoire. Les "lignes Maginot" dressées par les Etats dans le but de bloquer aux frontières les images, les idées, les sons qui leur déplaisent, tombent une à une. Qui s’en plaindrait ?


D’ailleurs, les grands gagnants de la mondialisation, je ne vous l’apprends pas, ne sont pas les Américains, mais les Chinois, les Indiens, les Brésiliens. La balance commerciale des Etats-Unis témoigne assez de ce fait.

Enfin, en ce qui concerne les effets désastreux que l’usage de l’anglais aurait sur les savants qui sont nés avec d’autres langues maternelles, je voudrais vous opposer la cas de ces esprits supérieurs éduqués en allemand et qui, à cause de persécutions nazies, ont trouvé refuge aux Etats-Unis pendant la guerre et y ont poursuivi, en anglais, leurs travaux. Leo Strauss, Eric Voegelin, Hannah Arendt, Judith Shklar, Hans Kohn, Theodor Adorno et tant d’autres. Je n’ai pas l’impression que leur pensée s’en soit trouvée ni formatée, ni appauvrie. Au contraire.

Thème(s) : Idées| Sciences du Langage| Essai| anglais| domination| liberté de communication

4 commentaires

Portrait de Anonyme Bruno11.02.2012

Monsieur Hagège , ce qui dérange les tenants de la francophonie ce n'est pas qu'il y ait une langue hégémonique (à savoir , l'anglais) qui soit en train de bouffer toutes les autres. Ce qui les dérange c'est que cette langue-là ne soit pas le français ! L'époque où la langue française était la langue hégémonique est d'ailleurs considérée par cette étrange secte dont vous faites partie comme "l'âge d'or" , l'état "normal" , "naturel " "allant de soi" ...etc... qui n'aurait jamais dû disparaître et qui a été "scandaleusement" "usurpé" par l'anglais ! Voilà quel est le véritable discours névrotique qui sous-tend votre prétendue conversion à un éloge de la diversité dont il n'a jamais été question dans le schéma jacobiniste parisien qui s'est employé à exterminer la diversité linguistique de l'hexagone. Non seulement en éliminant les variétés dialectales du français comme le picard ou le normand , mais également les langues européennes autres que le français , comme l'occitan , le basque , le catalan ou le breton. Langues que vous considérez d'ailleurs avec un paternalisme condescendant en les reléguant au même titre que des variations dialectales amusantes et savoureuses du français , qu'il serait bon de "préserver" comme un vivier à l'enrichissement du français! Un peu comme si un linguiste américain décrétait que "le français de Louisiane qui , "comme chacun sait"(!) n'est qu'une variante dialectale de l'anglais devrait être conservé comme un vivier contribuant à l'enrichissement de l'anglais." Je tiens à vous rappeler que cette "éradication" des langues que vous dites "régionales" et que pour ma part j'appelle nationales se poursuit toujours (j'attend vos protestations sur le refus de la France de ratifier la loi européenne sur les langues "minoritaires" ) sans faillir quels que soient les gouvernements. Qu'ils soient de droite ou de gauche , ils sont avant tout jacobinistes parisiens (voir à ce point de vue la trahison de la gauche en 81 qui avait beaucoup promis et qui une fois au pouvoir a "oublié" ses engagements vis à vis des langues "régionales"). L'actuelle défénestration de la langue française au profit de l'anglais n'est qu'un juste retour des choses et ne peut que réjouir l'occitan que je suis .
PS : And I really just don't care about your fucking french nationalism from "Paris".
Sincerelly , Bruno , from Montpellier , deep down in south Occitania.

Portrait de Anonyme LORREYTE30.01.2012

à Monsieur Brice Couturier
suite émission Matins de France Culture
du lundi 30 Janvier

J'ai apprécié votre intervention sur La France économique et la place de
l'Allemagne sur notre avenir.
Vous avez bien rattrapé la discussion.
L'équipe qui était avec vous était particulièrement inquiète sur "la perte de la France".
Comme vous, je pense qu'il ne faut pas avoir peur de l'Allemagne qui gère très bien son économie. On fait beaucoup moins bien que eux, alors suivons leur exemple. Cela ne veut pas dire que la France va y perdre.
Essayons d'apprendre quelque chose de l'Allemagne.

Portrait de Anonyme PP27.01.2012

Bravo, Brice Couturier : voici encore une chronique brillante qui met en pièces des idées extraordinairement dangereuses. Claude Hagège, linguiste distingué s'il en est, est aveuglé par une idéologie liberticide - rejoignant par là-même nombre de grands esprits qui ont sombré dans la défense de l'indéfendable, des tyrans d'extrême gauche à ceux d'extrême droite tout au long de l'histoire moderne. Il rejoint cet autre grand linguiste, Noam Chomsky, qui lui aussi, dès qu'il est sorti de son domaine de compétence, a écrit des horreurs - par exemple en défense des génocidaires Khmers Rouges ! Sans parler de Badiou, capable contre vents et marées de défendre encore et toujours le régime maoïste, sa révolution culturelle et ses dizaines de millions de morts...

Comment peut-on évoquer comme Hagège la Résistance à l'occupant nazi tout en reprenant au mot près la dialectique des totalitaires de tous poils ? Car ce qu'il dit sur les Américains est exactement ce qu'on lisait dans la presse collaborationniste française pendant cette même occupation qu'il prétend condamner, ce qui est tout de même un comble !

Ce qu'Hagège attaque, ce sont bien les fondements de la démocratie. Oui, la libre circulation de l'information - et des idées - est un des piliers de la démocratie libérale - ce qu'il appelle une "fausse liberté". Cette démocratie libérale qui est née au Royaume Uni au XVIIè siècle (habeas corpus, Bill of Rights...), qui a été couronnée lors de la Révolution américaine ("Nous tenons ces vérités comme allant d'elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés." Etc...) en s'inspirant des idées de Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Constant, Beaumarchais, Platon... excusez du peu !, qui a été confirmée par la Révolution française ("Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression." Etc...). C'est à cette démocratie libérale - qui a inventé le concept inouï dan toute l'histoire de l'humanité d'égalité en dignité et en droits de tous les êtres humains, qui donc a inventé l'abolition de la pratique multi-millénaire qu’était l'esclavage, par exemple - qu'aspirent les peuples opprimés dans le monde entier. Et s'il est vrai que depuis 1944 et le débarquement en Normandie c'est essentiellement par l'anglais qu'elle est véhiculée - puisque les co-inventeurs français l'avaient largement trahie sous Pétain - on a bien l'impression que c'est ce que hait Hagège, au travers de la langue anglaise.

Sans compter qu'on a du mal à comprendre, du pur point de vue scientifique, qu'un linguiste se fasse "militant" contre une langue particulière et se raidisse contre le phénomène naturel et indispensable à la santé d'une langue qu'est sa nécessaire évolution - sous peine de devenir une langue morte...

Portrait de Anonyme Rodolphe26.01.2012

Au fil de ses chroniques, Brice Couturier continue dans la surenchère en dépassant cette fois allègrement le point Godwin. Quel rapport peut-on en effet sérieusement établir entre des penseurs allemands persécutés par les nazis et expatriés aux Etats-Unis et la domination incontestable de la langue anglaise ? A trop vouloir pourfendre des adversaires qu'il accuse trop rapidement d'anti-américanisme (et bien souvent de communisme, insulte suprême dans sa bouche), Brice Couturier se discrédite et France Culture avec lui malheureusement.