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La Chronique de Brice Couturier

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Dangereuse partie de poker en Grèce 2

08.02.2012 - 08:16

Comme l’écrit Jean Quatremer sur son blog, « Coulisses de Bruxelles », ce qui est en train de se passer à Athènes ressemble à une partie de poker. Une partie bien dangereuse, puisque la faillite grecque, qui se profile, pourrait avoir des effets collatéraux dévastateurs sur les autres pays surendettés de l’Eurozone - à commencer le Portugal.


Nous avons donc d’un côté les représentants des prêteurs, la « troïka » Commission, BCE, Fmi, qui se demande si les 130 nouveaux milliards d’aide que la Grèce lui réclame ne vont pas disparaître à leur tour dans les sables d’un pays mal géré. De l’autre, des dirigeants grecs, électoralement dépendants des secteurs les mieux protégés de la population, qui traînent des pieds devant des réformes douloureuses, certes, impopulaires, forcément, mais qui devront bien être mises en œuvre un jour. D’un côté, un ministre des finances allemand, qui est prêt à laisser plonger Athènes ; de l’autre, des dirigeants grecs qui sont un peu trop persuadés que l’Europe n’a pas le choix et qu’elle finira bien par payer encore une fois.


Lu dans Les Echos, ces propos d’un négociateur de la troïka : « La Grèce a dérivé. Plus elle attend et plus elle s’enfonce. A l’avenir, sans réformes structurelles, qui va investir dans un pays où le coût du travail reste élevé, où le secteur public reste hypertrophié, et où les professions sont encore protégées par des conventions collectives byzantines ? »

La Grèce, dont l’économie est l’une des moins productives d’Europe, souffre de nombreux blocages : professions fermées, marché du travail verrouillé, avantages sociaux non financés, hypertrophie d’un secteur public sous-productif. 20 % des salariés grecs travaillent dans le secteur public, où les salaires, avant la crise, étaient supérieurs de 60 % à ceux du privé. (390 000 fonctionnaires et 660 000 dans les entreprises publiques). En moyenne, chaque ministère compte 440 départements dont 20 % n’ont d’autre employé… que leur directeur ! Les administrations sont réparties dans 1 500 différents immeubles et ne communiquent entre elles que très mal… Un ancien ministre des finances admettait récemment que l’Etat aurait intérêt à fermer ses 300 centres de perception, puisque leur entretien lui coûte plus cher que l’argent qu’ils collectent ! Les députés de ce pays au bord de la faillite se sont votés des salaires plus que doubles de ceux de leurs collègues du Bundestag. On prétend que le pays compte davantage de Porsche que de contribuables déclarant au fisc des revenus supérieurs à 50 000 Euros…


La Grèce a utilisé la monnaie unique pour s’endetter à bon marché. Mais elle a préféré investir dans les piscines plutôt que dans les usines. Résultat : ses exportations sont nulles, les salaires – qui ont progressé sans que la productivité du travail ait suivi – ont servi à consommer des produits importés. Aucun pays ne peut vivre que du tourisme. Les dirigeants politiques, de gauche comme de droite, ont fait preuve de lâcheté en faisant croire le contraire.

Le 20 mars, le gouvernement grec devra rembourser une première tranche d’intérêts sur sa dette de 14 milliards d’euros. Athènes n’a pas le premier centime. Si les Allemands disaient « nein », le pays se retrouverait illico en faillite. Or, les Européens veulent bien payer, à condition que les douloureuses réformes acceptées soient effectivement mises en œuvre et non remises aux calendes grecques.

Je sais qu’il est plus payant sur le plan médiatique de mettre en accusation la mondialisation, la finance internationale, l’agressivité commerciale des Chinois, l’ultra-libéralisme et la dérégulation. Mais qu’on m’explique pourquoi, face aux mêmes défis, face à la même cruauté des marchés, certains pays européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède ou la Finlande affichent des succès si impressionnants... Je n’ignore pas que la doxa veut que la dépense publique apporte la croissance et l’austérité la récession. Dans ce cas, il faudra m’expliquer pourquoi un pays qui a déjà tant dépensé se débat, au bord du gouffre.


Les leçons grecques, en tous cas, seront à méditer.

Thème(s) : Idées| Mer| Débat| compétitivité| déficit| Grèce

2 commentaires

Portrait de Anonyme stelios13.02.2012

Vous avez raison de reprocher les hommes politiques grecs; mais if faut aussi reflechir sur la demarche du capitalisme boursier et banquaire et de l'esprit du neoliberalisme qui cherche a imposer la deregulation, l'austerite, le chomage, etc aux pays faibles.
Si on ne comprendre pas le contexte globale et europeen nous ne pourrions pas comprendre les enjeux economiques et sociales en ce qui concerne la fallite ou la sauvetage de Grece, du Portugal, de l' Irlande.
Evidement comprendre ce n'est pas tout pardoner; mais comprendre c'est toujours expliquer mieux le particularite d'un pays dans le systeme regionale et globale.

Voila

Portrait de Brice Couturier Brice Couturier08.02.2012

Voici le texte de la chronique que l'incapacité de la SNCF à assurer le fonctionnement normal du trafic en hiver m'a empêché de venir lire au micro ce matin. J'ai vécu en Pologne pendant trois ans. La température, chaque hiver, tombait jusqu'à moins 15. Tous les trains roulaient et partaient à l'heure. Je ne sais pas ce qui se passe, en France, pour que le service public des transports en Ile-de-France soit tombé au niveau d'un pays du tiers-monde.